‹ Chanson de RolandChapitre 105 sur 323 · CXXX1X · texte numérisé non relu

CXXX1X

Grandonies fut e prozdum e vaillant E vertuus e vassals cumbatant.

1595 En mi sa veie ad encuntret Rollant.

Enceis ne V vit, si T conut veirement A T fier visage e à T cors qu’il out gent,

E à T reguart et à V cuntenement.

De Durendal veit il V acier sanglent ,

Ne poet muer qu’il ne s’en espaent :

1G00 Fuir s’en voelt, mais ne li valt nient.

Li Quens le fiert tant vertuusement,

Tresqu’ à 1’ nasel tut le helme li fent, Trenchet le nés e la bûche e les denz ,

Trestut le cors e l’osberc jazerenc,

1605 De 1’ orie sele les dous alves d’argent E à 1’ cheval le dos parfundement .

Ambur ocist seinz nul recoevrement.

E cil d’Espaigne s’en cleiment tuit dolent. Dient Franceis : « Bien fiert nostre guarant. »

GXL

1610 La bataille est merveilluse e haslive,

Franceis i fièrent par vigur e par ire : Trenchent cez puignz , cez costez, cez eschines,

1602. Nasel. C’est la partie du heaume destinée à protéger Je nez.

Voir Y Éclaircissement 111 , sur le costume de guerre. = Voici , d’après le sceau de Matthieu III, comte de Beaumont-sur-Oise , en 1177, un exemple de l’effet produit par le nasel :

« Que Dieu, » s’écrie-t-il, » t’accable de tous maux!

« Celui que tu viens de tuer, je te le ferai payer chèrement. » Là-dessus il éperonne son cheval, qui prend son élan.

Quel que doive être le vaincu, voici Grandoigne et Roland en présence.

CNXXIX

Grandoigne était un homme sage el vaillant,

Intrépide et sans peur à la bataille.

Sur son chemin il rencontre Roland :

Jamais il ne l’avait vu, et cependant il le reconnaît sûrement, \ Rien qu’à son fier visage et à la beauté de son corps,

Rien qu’à sa contenance et à son regard.

Ses yeux tombent sur V acier rougi de Durendal,

Et le païen ne peut s’empêcher d’en être épouvanté :

Il veut fuir : impossible !

Roland le frappe d’un coup si vigoureux Qu’il lui fend le heaume jusqu’au nasal.

Il coupe en deux le nez, la bouche, les dents;

Il coupe en deux tout le corps et le haubert à mailles ;

Il coupe en deux les auves d’argent de la selle d’or ;

Il coupe en deux très profondément le dos du cheval :

Bref, il les tue tous deux sans remède.

Et ceux d’Espagne de pousser des cris de douleur.

Et les Français : « Notre champion, » disent -ils, « frappe de « bons coups. »

Merveilleuse est la bataille et rapide.

Les Francs y frappent vigoureusement, et, pleins de rage, Tranchent les poings, les côtes, les échines,

1604. Jazerenc. Le jaseran ou jaseron, c’est, encore aujourd’hui, de la maille ou de la chaînette. Un osherc jazerenc est donc « un haubert à mailles », et notre poète oppose sans doute cette armure perfectionnée à l’ancienne bmnie de cuir.

1605. Aires. Les auves sont les côtés de la selle , bien distincts des arçons. (Voir les notes des y. 1229 et 1331.) On lit dans Flore et Blanchefleur : Sele ot de mult riche façon ; — Les auves sont d'autre manière, etc.

Cez vestemenz entresque as cars vives ;

Deus ! tantes testes i ont par mi parties ,

Tanz osbercs fraiz e brunies desarties !

Sur Therbe verte li clers sancs s’en afilet.

1615 Dient paien : « Nus ne V suffrirum mie .

« Tere majur, Mahummet te maldiet!

« Sur tute gent est la tue hardie. »

Cel n'en i ad ki ne criet : « Marsilie !

« Chevalche, reis, bosuign avum d’aïe. » Aoré

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