‹ Chanson de RolandChapitre 122 sur 323 · CLXII · texte numérisé non relu

CLXII

Le roi Charles chevauche en très grande colère ;

Sur sa cuirasse s’étale sa barbe blanche.

Et tous les barons de France d’éperonner vivement;

Car il n’en est pas un qui ne soit plein de douleur De n’être point avec Roland le capitaine,

Qui, en ce moment meme, se bat contre les Sarrasins d’Espagne.

Si Roland était blessé, un seul des siens, un seul survivrait-il? Mais, Dieu! quels soixante hommes il a encore avec lui! Jamais roi , jamais capitaine n’en eut de meilleurs.

Tant que durent les défilés , Charles chevauche Quelle douleur ? quelle rage en son cœur!

« Sainte Marie , » s' écrie-t-il , « aidez-nous.

« Voici que Ganelon m'a jeté en grande tristesse .

« Il est écrit y dans une vieille geste y « Que les ancêtres de Ganelon furent des félons ;

« Les félonies y chez eux , étaient une habitude .

« Ils en firent une à Rome , au Capitole y « Quand ils assassinèrent le vieux César .

« Mais ces maudits finirent mal « Et moururent en feu ardent et angoisseux «

« Ganelon est bien de leur nature .

« Rollant ad mort, ma gent ad cunfundue ,

« Si m'ad de V chief la curune tolue.

« Par chevaliers rCiert France défendue ! » Pluret des oüz , trait sa barbe canue .

Lient Franceis : « Dolent! Mare net sûmes. » Brochent avant, tant cume li port durent: N'i ad celui la resne ait retenue ;

Einz que la gent de France seit venue , Avrat Rollanz la bataille vencue,

Le rei Mar si lie e sa gent mis en fuie .

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