‹ Chanson de RolandChapitre 134 sur 323 · LA DERNIÈRE BÉNÉDICTION DE L’ARCHEVÊQUE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE BÉNÉDICTION DE L’ARCHEVÊQUE

Païens s’enfuient, courroucés et pleins d’ire;

Ils se dirigent en hâte du côté de l’Espagne.

Le comte Roland ne les a point poursuivis,

Car il a perdu son cheval Veillantif.

Bon gré, mal gré, il est resté à pied.

Le voilà qui va aider l’archevêque Turpin ;

Il lui a délacé son heaume d’or sur la tête;

Il lui a retiré son blanc haubert léger;

Puis il lui met le bliaud tout en pièces,

Et en prend les morceaux pour bander ses larges plaies.

Il le serre alors étroitement contre son sein Et le couche doucement, doucement, sur l’herbe verte. Ensuite, d’une voix très tendre, Roland lui fait cette prière : « Ah 1 gentilhomme, donnez-m’en votre congé.

« Nos compagnons, ceux que nous aimions tant,

« Sont tous morts; mais nous ne devons point les laisser ici. « Écoutez : je vais aller chercher et reconnaître tous leurs corps ; « Puis je les déposerai à la rangette devant vous.

« — Allez, » dit l’Archevêque, « et revenez bientôt.

« Grâce à Dieu, le champ nous reste, à vous et à moi ! »

CXGI

Roland s’en va. Seul , tout seul , il parcourt le champ de bataille ; Il fouille la montagne, il fouille la vallée;

Il y trouve les corps d’ivon et d'ivoire;

11 y trouve Gerier et Gerin ,, son compagnon ;

E si truvat Engelier le Guascuin ,

E si truvat Berengier e Otun;

Iloec truvat Anseïs e Sansun ,

Truvat Gerart le vieil de Russillun.

2190 Par un e un i ad pris les baruns.

A TArcevesque en est venuz atut :

Si ’s mit en reng dedevant ses genuilz.

Li Arcevesques ne poet muer n’en plurt Lievet sa main, fait sa beneïçun.

2195 Après, ad dit : « Mare fustes, seignurs.

« Tûtes vos anmes ait Deus li glorius!

«.e En pareïs les metet en sein tes flursl « La meie mort me rent si anguissus :

« Ja ne verrai le riche Empereür. » Aoi.

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