‹ Chanson de RolandChapitre 150 sur 323 · CCXL1II · texte numérisé non relu

CCXL1II

L’Empereur fait mettre à part et garder les corps de Roland, D’Olivier et de l’archevêque Turpin.

Il les fait ouvrir devant lui ;

On dépose leurs cœurs dans une pièce de soie ;

Puis on les met dans des cercueils de marbre blanc.

Ensuite on prend les corps des trois barons,

Et on les enferme en des cuirs de cerf,

Après les avoir bien lavés avec du piment et du vin.

Le roi donne l’ordre à Thibaut et à Gebouin ,

Au comte Milon et à Othon le marquis,

De conduire ces trois corps sur trois voitures Où ils sont recouverts par un drap de soie de Glasa.

GGXLIV

Quand il a fait enterrer ses barons ,

Sauf les trois qu'il voulait transporter jusqu'à Blaye, L’empereur Charlemagne se dispose à partir,

Quand, tout à coup, apparaît à ses yeux l’avant-garde des païens. Deux messagers se détachent du front de cette armée,

Et, au nom de l’Émir, annoncent la bataille à Charles :

« Roi orgueilleux, tu ne peux plus nous échapper.

« Baligant est là qui chevauche sur tes traces ; cc L’armée qu’il amène d’Arabie est immense :

« On va bien voir aujourd’hui si tu es vraiment un vaillant. »

corps étaient enfermés en des outres de cuir, etc.

2973. Pâlie galazin. De Lajazzo, que Marco Polo appelle Olaza. (Cf. F. Michel, Étoffes de soie, d’or et d’argent, 1 , 329.)

2974. Venir s’en voelt, etc. La Karlamagnus Saga et la Keiser Karl Ma gnus’s kronike omettent ici tout l’épisode de Baligant, pour en arriver immédiatement au récit des dernières

funérailles des héros morts à Roncevaux et au jugement de Ganelon. = Le manuscrit de Lyon passe également sous silence tout l’épisode de Baligant et la grande bataille de Saragosse, pour raconter sur-le-champ la rentrée de l’Empereur en « douce France », et l’histoire du message près de Girart et de Gilles. = Cf. la note du v. 3680.

Caries li reis en ad prise sa barbe,

Si li remembret de V doel e de T damage Qu'en Rencesvals reçut en la £a taille .

Mult fièrement tute sa gent reguardet;

2985 Pois , si s’escriet à sa voiz grant e halte :

« Baruns franceis, as chevals e as armes! s

Li Emperere tut premereins s’adubet :

Isnelement ad vestue sa brunie,

Lacet sun helme, si ad ceinte Joiuse 2990 Ki pur soleill sa clartet nen escunset ;

Pent à sun col un escut de Girunde ,

Tient sun espiet ki fut faiz à Blandune,

En Tencendur sun bon cheval pois muntet (Il le cunquist es guez desuz Marsune;

2995 Si ’n getat mort Malpalin de Nerbune);

Laschet la resne, mult suvent l’esperunet,

Fait sun eslais veant trente milie humes : Recleimet Deu e l’apostle de Rume.

Après cest mot ri ad paür de cunfundre ;

E Franceis dient: « Tels deit porter curune. »

Par tut le camp cil de France descendent, 3000 Plus de cent miiie s’en adubent ensemble ; Guarnemenz unt ki bien lur atalentent, Chevals curanz e les armes mult gentes ; Cil gunfanun sur les helmes lur pendent. Pois, sunt muntet e unt grant escience.

3005 S’il troevent o , bataille quident rendre.' Quant Caries veit si beles cuntenances ,

Si ’n apelat Jozeran de Provence,

Naimun le duc, Anteime de Maience :

« En tels vassals deit hum aveir fiance ; 3010 « Asez est fols ki entr’els se dementet.

Aoi.

Aoi.

Le roi Charles s’arrache la barbe

Au souvenir de sa douleur et du grand désastre

Qu'il a subi à Roncevaux dans la bataille;

Puis sur toute son armée il jette un regard fier,

Et, d’une voix très haute et très forte, s’écrie :

« A cheval, barons français; à cheval et aux armes! »

L’Empereur est le premier à s’armer :

Vite, il endosse son haubert,

Lace son heaume et ceint Joyeuse, son épée,

Dont la clarté lutte avec celle du soleil Puis à son cou il suspend un écu de Girone,

Saisit sa lance qui fut faite à Blandonne,

Et monte sur son bon cheval Tencendur,

Qu’il a conquis aux gués sous Marsonne,

Lorsqu’il fit tomber raide mort Malpalin de Narbonne.

Charles lui lâche les rênes, et l’éperonne vivement.

Devant cent mille hommes il fait un temps de galop, Réclamant Dieu et l’Apôtre de Rome.

Après cette prière , il n'a plus peur d'être vaincu .

Et tous les Français s'écrient : « Un tel homme est fait pour porter couronne. »

GCXLVI

Dans toute la vallée , les Français sont descendus de cheval , Et plus de cent mille hommes s’arment ensemble.

Comme leurs armures leur siéent bien !

Leurs chevaux sont rapides , leurs armes belles ;

Leurs gonfanons pendent jusque sifr leurs heaumes.

Les voilà qui montent en selle , avec quelle habileté !

S’ils trouvent Parmée païenne, certes ils lui livreront bataille. Quand Charles voit si belles contenances,

Il appelle Josseran de Provence,

Le duc Naimes et Anthelme de Mayence :

« En de tels soldats qui n’aurait confiance?

« Désespérer serait folie.

« Se de venir Arrabit ne s’ repentent,

« La mort Rollant lur quid chièrement vendre. » Respunt dux Naimes : « E Deus le nus cunsentet!

Caries apelet Rabel e Guineman ;

3015 Ço dist li Reis : « Seignurs, jo vus cumant;

« Seiez es lius Olivier e Rollant :

« L’uns port Fespée , e Faltre Folifant ;

« Si chevaichiez eF premier chief devant,

« EnsembFod vus quinze millier de Francs,

3020 « De bachelers, de noz meillurs vaillanz.

« Après icels en avrat altretant :

« Si ’s guierat Gibuins e Loranz. »

Naimes li dux e li quens Jozerans Icez eschieles bien les vunt ajustant.

3025 S’il troevent o, bataille i iert mult grant :

Il i ferrunt des espées trenchanz.

Page 1