VI. Du DIALECTE AUQUEL APPARTIENT
la Chanson de Roland
18. On peut diviser en plusieurs groupes les dialectes de la langue française : wallon, — picard, — normand et anglo-normand, — français ou central, — lorrain, — bourguignon, — comtois, — poitevin, — romand, etc.
19. Au moment où fut écrite la Chanson de Roland , le principal foyer de la littérature française était peut-être dans les pays anglo-normands,
20. Le texte que copiait le très médiocre scribe du manuscrit d'Oxford appartenait au dialecte normand.
21. Les deux principaux caractères de ce dialecte sont l’emploi des notations u et ei dans tous les cas où le dialecte de France emploie o et oi.Voy. le tableau suivant , qui est consacré à la phonétique de notre texte.
Fig. 18. — Un jongleur. — D’après le ms. lat. no 7 de la Bibliothèque nationale, £° 125 (xi® siècle).
PHONETIQUE
FORMES ET NOTATIONS DU
ROLAND
d’oxford
ORIGINE DE CHACUNE DE CES FORMES ET NOTATIONS
OBSERVATIONS
A. Voyelles et Diphtonguaisons
1° De a en position latine :
Castel , anguisables, false, part, magnes, etc.
2° De a atone : amur, aveir, Babilonie, caeignun , etc. etc.
3° De a tonique long: leail, etc. On ne peut citer qu’à titre d’exceptions les mots Juliane et Sulians qui ne sont point des formes populaires.
40 De a tonique bref : mal.
Ce cas est rare.
5° De e devant une liquide :
par (de per) ; parjurez, parvient, etc. (V. Gaston Paris, Saint- Alexis, p. 47.)
1° De a latin tonique suivi immédiatement d’une consonne et d’un i atone (ou d’un e ramené à l’i) : Sauves, vailiet ( va liât), Blaive, raiet , ai (habio), ait ( habiat ), etc.
2° De a latin devant une gutturale , et c’est la gutturale même, devenue semi - voyelle, qui produit Vi : plait, fait, fraite , pais , mais , etc.
Certaines laisses féminines sont assonancées purement en a. (V. le couplet xm.) D’autres, plus nombreuses, ont leurs assonances en a mêlées d’assonances en ai. (V. les couplets xxi, cccxvii . Cf. le ch. III de notre Rythmique ,)
Cet î a sauté, pour ainsi parler, au-dessus de la consonne et est venu modifier le son de la voyelle dans la syllabe précédente. C’est ce phénomène que l’on désigne sous le nom de « passage de l’i ».
* Dans pâlie et dans tous les mots à désinence ie posttonique, la consonne se mouille :
pâlie ne se prononce pas paile, mais paille .
* La notation ei vient se substituer dans le texte d’Oxford à la notation ai. Ex. : paleis, greisle. « Ai s’est confondu avec
FORMES ET NOTATIONS DU
ROLAND
d’oxford
an.
ain.
ORIGINE DE CHACUNE DE CES FORMES ET NOTATIONS
De la notation latine an :
devant, chant, France, etc.
= Les participes des trois dernières conjugaisons ont été ramenés à ceux de la première :
vaillant, récréant, cunquerant, etc.
lo De a latin devant la nasale : main ( manus ); main ( mane ) ; altaipne; mxmtaigne, etc.
2° De an latin modifié par le passage de l’i post- tonique :
graindre; Espaipne.
1° Do a latin tonique : amer, geter, amée, emperere, mer, quel, hostel, etc. etc.
2° D’e latin en position :
feste, pesme, enfer, cerf, bel.
OBSERVATIONS
ei en normand ; il en est resté distinct beaucoup plus lontemps en français. » (G. Paris , saint Alexis, p. 42.)
Il convient de remarquer que les assonances en an et celles en en sont admises, dans le Roland, à faire partie des mêmes laisses. C’est un des caractères auxquels M. G. Paris a reconnu la postériorité du Roland, par rapport au saint Alexis. = Cependant, comme nous aurons lieu de le montrer plus loin dans notre petit Traité de Rythmique, il existe des couplets assonancés purement en an (lxxv, cxciv, etc.).= A joutons que les mots en an assonnent quelquefois avec ceux en ai et en a (cccxiv, etc.) — On ne trouve pas une seule fois dans le manuscrit d’Oxford la notation auni, qui est presque toujours le propre des copistes anglais.
Les assonances en ain sont admises dans les couplets en an, en , et celles en ain -f- e, dans les laisses en an + e.
Ces mots , comme on l’a fait observer avant nous , n'assonnent pas avec les précédents : feste ne consonne pas avec emperere , ni cerf avec hostel. En revanche , bel et enfer riment, dans notre Roland, avec les mots en ai tels que frait,forsfait, etc.
FORMES ET NOTATIONS DU
ROLAND
ORIGINE DE CHACUNE DE CES FORMES ET NOTATIONS