II. - L’HISTOIRE
Le 15 août 7781 2, au fond d’une petite vallée des Pyrénées qui est encore aujourd’hui connue sous le nom de Roncevaux, il se passa un drame terrible, dont le retentissement devait être incomparable, et qui allait, durant plusieurs siècles, inspirer les poètes de toutes les nations chrétiennes.
Le roi des Francs, Charles, revenait de cette expédition d’Espagne où il n’avait été qu’à moitié vainqueur. Attiré là-bas par les divisions des princes musulmans , il s’était généreusement proposé de délivrer l’Église du joug des Sarrasins ; mais il n’avait point poussé au delà de l’Èbre. Il avait réussi devant Pampelune , mais échoué devant Saragosse. Et il s’en revenait assez tristement, ayant mille projets en tête.
1 Comme nous le verrons plus loin , l’assonance porte uniquement sur la dernière voyelle accentuée (justise, ire, vie, reine , crient , vile, caitive, etc.). La rime , au contraire , porte à la fois sur cette dernière voyelle sonore et sur ce qui vient après elle, et vie ne rime qu’avec finie, enemie, mie, estultie, flurie, etc.
2 Cette date a été tout récemment établie. M. Dümmler a découvert (dans le manuscrit latin de la Bibliothèque nationale 4841 ), l’épitaphe d’un des guerriers francs morts à Roncevaux , du sénéchal Eggihard :
Qui obiit die xvm kalendas seplembrias.