‹ Chanson de RolandChapitre 7 sur 323 · V. l’article de Gaston Paris, dans la Romania f II · texte numérisé non relu

V. l’article de Gaston Paris, dans la Romania f II

INTRODUCTION

Dans son arrière-garde se trouvaient Roland, le préfet de la Marche de Bretagne; Anselme, le comte du palais; Eggihard, le « prévôt de la table royale » ; toute l’élite de -sa cour, tous les chefs de son armée.

La Grande Armée avait passé sans encombre.

Mais tout à coup, au moment où l’Arrière-garde arrivait en ce passage étroit de la montagne qu’indique la petite chapelle d’Ibagneta1, un bruit formidable se fit entendre dans les bois épais dont cette partie des Pyrénées est encore couverte. Des milliers d’hommes en sortirent et se jetèrent sur les soldats de Charles. Ces agresseurs inattendus, c’étaient les Gascons, que tentait l’espoir d’un gros butin et qui, d’ailleurs, — comme tous les montagnards , — n’aimaient pas que l’on violât ainsi leurs montagnes. Ils précipitèrent les Francs dans le petit vallon qui est là tout près, afin de se donner la joie de les égorger tout à leur aise. Et, de fait, ils les égorgèrent jusqu’au dernier,,

C’est ainsi que mourut Roland.

L’histoire ajoute que les Gascons se dispersèrent , que leur crime demeura impuni, et que Charles en ressentit une longue et cruelle douleur.

Tel est le fait que raconte Eginhard au chapitre neuvième de sa Vie de Charlemagne . On en trouve également le récit dans les célèbres Annales qui ont été si longtemps attribuées à ce même Eginhard, comme aussi dans les vers du Poète saxon et dans la chronique de l’Astronome Limousin2.

1 V. la vue de cette chapelle, dans notre septième édition, p. 401.

2 Voici les textes très importants sur lesquels s’appuie toute notre Légende et d’où notre Chanson est sortie :

I. « Hispaniam quam maximo poterat belli apparatu adgreditur Karolus, saltnque Pyrinei superato, omnibus quæ adierat oppîdis atque castellis in deditionem susceptis, salvo et incolumi exercitu revertitur, prœter quod , in ipso Pyrinei jugo , Wasconicom perfdiam parumper in redeundo contigit experiri. Nam cum , agmine longo, ut loci et angustiarum situs permiitebat , porreclus iret exercitus, Wascones , in summi montis ver Lice positis insidiis, (est enim locus ex opacitate silvarum , quarum ibi maxima est copia, insidiis ponendis opportunusj , extremam impedimentorum parlem et eos, qui, novissimi agminis incedentes , subsidio præcedenles tuebantur, desuper incursantes , in subjectam vallem dejiciunt , consertoque cum eis prœlio, usque ad unum omnes interficiunt ac, direptis impedimentis , noctis beneflcio quæ jam inslabat protecti, summa cum celeritate in diversa disper guntur. Adjuvabat in hoc facto Wascones et levitas armorum, et loci in quo res gerebatur situs; econtra Francns et armorum gravitas et loci ini -

INTRODUCTION

Malgré les réticences de tous ces narrateurs, il est aisé de voir que ce désastre fut considérable. L’intensité de la légende prouve assez clairement que les historiens ont atténué l’importance de la défaite : un simple accident d’arrière-garde n’aurait jamais produit un tel dégagement de poésie.

Quoi qu’il en soit, voilà le fait qui a donné lieu a toute notre légende; voilà le fait qui en a été le germe.

Car toute légende a rigoureusement besoin d’un germe historique ;

Et la légende de Roland est sortie, tout entière, de ces huit

quitas per omnia Wasconibus reddidit impares. In quo prœlio Eggihardus régies mensœ prœpositus, Anselmus, cornes palatii , et Hruodlandus, Brr tannici limitis præfectus , cum aliis compluribus inter ficiuntur. Neque ho% factum ad præsens vindicari poterat, quia hostie , re perpetrata , ila disper. sus est , ut ne fama quidem remaneret ubinam gentium quœri potuisset. » (Eginhard, Vita Karoli, ix. Un certain nombre de manuscrits de la Vita Karoli ne renferment pas l’épisode de Roncevaux ; mais on estime que les quarante -sept manuscrits où ce fait est rapporté dérivent du véritable texte d’Éginhard.)

II. « Tune Karolus, ex persuasione Sarraceni, spem capiendarum quarumdam in Hispania civitatum haud frustra concipiens, congregato exercitu, profectus est, superatoque in regione Wasconum Pyrinei jugo, primo Pompelonem, Navarrorum oppidum, aggressus , in deditionem accepit. Inde,Hiberum amnem vado trajiciens , Cæsaraugustam , præcipuatn illarum partium civitatem, accessit, acceptisque quos Ibinalarbi et Abuthaur quosque alii quidam Sarraceni obtulerant obsidibus. Pompelonem revertitur. Cujus muros, ne rebellare posset , ad solum usque destruxit ac, regredi statuens, Pyrinei saltum ingressus est. In cujus summitate, Wascones , insidiis collocaiis , extremum agmen adorti , totum exercitum magno tumultu perturbant. Et licet Franci Wasconibus, tam arrnis quam animis , prœstare viderentur, tamen et iniquitate locorum et genere imparis pugnæ inferiores effecti sunt.In hoc certamine plerique aulicorum quos Rex copiis prœfecerat , inter fecti sunt , direpta impedimenta , et hostis, propler notitiam locotvum , statim in diversa dilapsus est. Cujus vulneris acceptio magnam partem rerum féliciter in Hispania gestarum in corde regis obnubilavit. » [Annales longtemps attribuées à Éginhard et qui ^ont l’œuvre d’Angilbert, ann. 778. Reproduites par le Poète saxon, Historiens de France , V, 143.)

III. « Karolus... statuit, Pyrinæi montis superata difficultate, ad Hispaniam pergere laborantique Ecclesiœ sub Sarracenorum acerbissimo jugo , Christo fautore, suffragari.Quï mons, cum altitudine cœlum contingat, asperitate cautium horreat, opacitate silvarum tenebrescat, angustia viæ vel potius semitœ commeatum non modo tanto cxercitui, sed paucis admodum pene intercludat, Christo tamen favente, prospero emensus est itinere... Sed hanc felicitatem transits, si dici fas est, fœdavit infidus incertusque fortunæ ac vertibilis successus. Dum enlm quæ agi potuerant in Hispania peracta essent et prospero itinere reditum esset, infortunio obviante, extremi quidam in eodem monte regii cœsi sunt agminis. Quorum, quia vulgata sunt, nomina dicere supersedi. » (L’Astronome Limousin, Vita Hludovici, dans Perti , Scriptores, II, 608.)

INTRODUCTION

mots d’Eginhard : In quo prælio Hruodlandus , Bmtannici limitis præfectus, inlerficüur. O petits commencements d’une grande chose !

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