‹ Chanson de RolandChapitre 74 sur 323 · Fust chrestiens te. Cf. le v · texte numérisé non relu

Fust chrestiens te. Cf. le v

Et qui, dès qu’il est monté sur son cheval,

Est tout glorieux de porter ses armes.

Son courage est renommé ;

S’il était chrétien, ce serait un vrai baron.

Il vient devant Marsile, et, de toute sa voix :

« A Roncevaux !» dit- il ; « j’y veux aller ;

« Et, si je trouve Roland, il est mort.

« C’en est fait aussi d’Olivier et des douze Pairs ;

« Et tous les Français périront dans le deuil et la honte. « Quant à Charlemagne^, il est vieux, il radote :

« Il renoncera à nous faire la guerre ,

« Et l’Espagne, en toute liberté, nous restera. »

Le roi Marsile vingt fois lui en rend grâces.

Il y a là un aumaçour de la terre des Maures ;

Dans toute la terre d’Espagne il n’est pas un tel félon.

Il vient devant Marsile, et fait sa vanterie :

« A Roncevaux ! » dit-il. « J’y veux mener mes gens ,

« Vingt mille hommes avec lances et écus.

« Si je trouve Roland, je lui garantis la mort;

« Les Français mourront dans la douleur et dans la honte , « Et, tous les jours de sa vie, Charlemagne en pleurera. »

D’autre part est Turgis, de Tortosa;

C’est un comte, et cette ville lui appartient.

Faire du mal aux chrétiens , voilà son rêve.

Devant le Roi , il s’aligne avec les autres :

« Pas tant d’émoi, » dit-il à Marsile.

« Mahomet vaut mieux que saint Pierre de Rome ;

« Si vous le servez, l’honneur du champ est à nous.

S'il fust leials, bien resemblast barun.

916. Turteluse. C’est Tortosa, qui joue un rôle si considérable dans tout le cycle de Guillaume. Historiquement parlant, cette importance est justifiée.

Louis, fils de Charlemagne, fit, en 809-810, le siège de Tortosa, et s’en empara en 811. ( Annales faussement attribuées à Éginhard, année 809. — L’astronome Limousin, 14-16.)

« En Rencesvals à Rollant irai juindre,

« De mort n’avrat guarantisun pur hume.

925 « Veez m’espée ki est e bone e lunge,

« A Durendal jo la métrai encuntre,

« Àsez orrez la quel irat desure.

« Franceis murrunt, se à nus s’abandunent ;

« Caries li vielz avrat e doel e hunte ,

930 « Jamais el' chief ne porterat curune. » Aoi.

D’altre part est Escremiz de Yalterne ;

Sarrazins est, si est sue la tere.

Devant Marsilie s’escriet en la presse :

« En Rencesvals irai l’orgoill desfaire ;

935 « Se trois Rollant, n’en porterat la teste,

« Ne Oliviers ki les altres cadelet :

« Li duze Per sunt hoi turnet à perte ;

« Franceis murrunt, e France en iert deserte.

« De bons vassals avrat Caries suffraite. » Aoi.

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