‹ Chanson de RolandChapitre 76 sur 323 · L XXXII · texte numérisé non relu

L XXXII

Plus loin est un autre païen, Estorgant,

Avec un sien compagnon , nommé Estramarin : Mercenaires, traîtres et félons.

« Seigneurs, » leur dit Marsiie, « avancez.

exploit est le midi de l’Italie. = 6° Nous n’avons point à parler ici de tous les autres exploits que Roland accomplit avec cette arme glorieuse. Il les énumère luimême en un passage célèbre de notre chanson (v. 2322 et suiv.). = 7° Les qualités de Durendal sont merveilleuses, et, suivant le Karl Meinet, elle assure à son possesseur le royaume i d’3spagne. Son acier est, d’ailleurs, célébré par tous nos poètes. Charles l’avait fait essayer sur le fameux perron qui se trouvait au seuil de son palais : elle avait résisté, ainsi qu’Almace, l’épée de Turpin. Mais Courtain,

l’épée d’Ogier, moins heureuse , fut alors écourtée d’un demi -pied : de là son nom. (Voir Renaus de Montauban, édit.

Michelant, p. 210, et la Karlamagnus So,ga, i, 20.) = 8° Au portail de la cathédrale de Vérone, Roland est représenté tenant une forte épée, sut laquelle Iç mot Durindarda est écrit en caractères qui sont peut-être postérieurs à la statue. Voir la reproduction de cette statue dans notre Éclaircissement II, qui est consacré à l’Histoire poétique de Roland.

« En Rencesvals irez as porz passant,

945 « Si aiderez à cunduire ma gent. »

E cil respundent : « Sire, à vostre cumant.

« Nus asaldrum Olivier e Rollant ;

« Li duze Per n’avrunt de mort guarant ;

« Kar noz espées sunt bones e trenchanz :

950 « Nus les ferum vermeilles de cald sanc.

« Franceis murrunt, Caries en iert dolent « Tere majur vus metrum en présent ;

« Venez i, reis, si V avrez veirement :

« L’Empereür vus rendrum récréant . » Aoi.

955 Curant i vint Margariz de Sibilie,

Cil tient la tere entresqu’à la marine.

Pur sa beltet dames li sunt amies ;

Femme ne V veit vers lui ne s’esclargisset ;

Voeillel o nun, ne poet muer ne riet.

960 N’i ad paien de tel chevalerie.

Vint en la presse, sur les altres s’escriet,

E dist à P Rei : « Ne vus esmaiez mie,

« En Rencesvals irai Rollant ocire,

« Ne Oliviers n’enporterat la vie.

965 « Li duze Per sunt remés en martirie.

« Veez m’espée ki d’or est enheldie :

« Si la tramist li amiralz de Primes ;

« Jo vus plevis qu’en vermeill sanc iert mise.

« Franceis murrunt e France en iert hunie.

970 « Caries li vielz à la barbe flurie,

« Jamais n’iert jurz qu’il n’en ait doel e ire.

« Jusqu’à un an avrum France saisie, ce Gésir purrum el’ bure de Seint- Denise. »

Li reis paiens parfundement l’enclinet. Aon

973. El’ "bure de Seint - Denise. Ail- I est représenté comme le siège de l’Emleurs, dans notre Chanson , c’est Aix qui | pire. = Cette partie du poème a sans

« Vous irez tous deux aux défilés de Roncevaux « Et m’aiderez à conduire ma gent.

« — Sire, » répondent-ils, « à vos ordres.

« Nous nous jetterons sur Olivier et sur Roland;

« Rien ne garantira les douze Pairs de la mort.

« Nos épées sont bonnes et tranchantes;

« Elles seront bientôt rouges d’un sang chaud.

« Français mourront, Charles en pleurera,

« Et nous vous ferons présent de la grande Terre.

« Sire, vous la posséderez : venez,

« Et nous mettrons l’Empereur à votre merci. »

Voici venir en courant Margaris de Séville,

Qui tient la terre jusqu’à la mer.

Pour sa beauté les dames lui sont amies ;

Pas une ne peut le voir sans que son front s’éclaircisse;

Pas une alors , qu’elle le veuille ou non , ne peut s’empêcher de rire.

Nul païen n’est aussi chevalier.

Au milieu de la foule il s’avance, et, d’une voix plus forte que tous les autres :

« Ne craignez rien, » dit-il au Roi.

« A Roncevaux j’irai tuer Roland ,

« Et Olivier n’en emportera pas sa vie.

« C’est pour leur martyre que les douze Pairs sont demeurés « là- bas.

< Voyez cette épée à la garde d’or, ^ '-LJ-

« Que je tiens de l’émir de Primes;

« Elle sera bientôt, je vous le jure, plongée dans le sang rouge « Français mourront, et France en sera honnie.

« Quant au vieux Charles à la barbe fleurie,

« Sa douleur et sa colère n’auront plus de fin.

« Avant un an nous aurons mis la main sur la France,

« Et nous coucherons à Saint- Denis. »

Le roi païen s’incline profondément.

doute son origine dans une légende ou I rieur d’enyîron deux siècles aux plus dans un chant lyrique qui est posté- ! anciens éléments du Roland.

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