‹ Chanson de RolandChapitre 87 sur 323 · XCVI1I · texte numérisé non relu

XCVI1I

1170 Dist Oliviers : « N’ai cure de parler.

« Vostre olifant ne deignastes suner,

« Ne de Carlun mie vus nen avrez;

« Il n’en set mot, n’i ad culpe li ber.

« Cil ki là sunt ne funt mie à blasmer. 1175 « Kar chevalchiez à quanque vus puez,

« Seignurs baruns , el’ camp vus retenez. « Pur Deu vus pri , bien seiez purpenset « De colps ferir, e receivre e duner.

cc L’enseigne. Carie n’i devum ublier. * 1180 À icest mot unt Franceis escriet.

Ki dune oïst Munjoie demander,

ÂOIo

Aoi.

« Quant au roi Marsile, il a fait marché de nous,

« Mais c’est avec nos épées qu’il sera payé. »

Aux défilés d’Espagne passe Roland Sur Yeillantif, son bon cheval courant.

Ses armes lui sont très avenantes ;

Il s’avance, le baron, avec sa lance au poing

Dont le fer est tourné vers le ciel

Et au bout de laquelle est lacé un gonfanon tout blanc.

Les franges d’or lui descendent jusqu’aux mains.

Le corps de Roland est tout gaillard, son visage est clair et riant. Sur ses pas marche Olivier, son ami ;

Et ceux de France, le montrant : « Voiià notre champion, » s’écrient-ils.

Sur les Sarrasins il jette un regard fier,

Mais humble et doux sur les Français ;

Puis, leur a dit un mot courtois :

cc Seigneurs barons , allez au petit pas.

« Ces païens, en vérité, viennent ici chercher grand martyre « Le beau butin que nous aurons aujourd’hui!

« Aucun roi de France n’en fit jamais d’aussi riche. »

A ces mots, les deux armées se rencontrent.

« Point n’ai souci de parler; » dit alors Olivier. k Vous n’avez pas daigné sonner de votre cor,

« Et voici que le secours de Charles vous fera défaut.

« Certes il n’est pas coupable: car il n’en sait mot, le baron, « Et ceux qui sont là -bas ne sont point à blâmer. k Maintenant, chevauchez du mieux que vous pourrez, Seigneurs barons, et ne reculez point.

« Au nom de Dieu, ne pensez qu’à deux choses:

« A recevoir et à donner de bons coups.

« Et n’oublions pas la devise de Charles. »

A ce mot, les Français ne poussent qu’un seul cri :

« Monjoie! » Qui les eût entendus crier de la sorte

De vasselage li poüst remembrer.

Pois, si chevalchenfc, Deus! par si grant fiertet! Brochent ad ait pur le plus tost aler;

1185 Si vunt ferir, — que fereient-il el? —

E Sarrazin ne’s unt mie dutez.

Francs e paiens as les vus ajustez... Aoi.

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