‹ Chanson de RolandChapitre 92 sur 323 · CXI · texte numérisé non relu

CXI

Parmi la bataille chevauche Olivier ;

Le bois de sa lance est brisé, il n’en a plus qu’un tronçon au poing. Alors il va frapper un païen , du nom de Mausseron.

Il lui brise l’écu , qui est couvert d’or et de fleurons ,

Il lui jette les deux yeux hors de la tête,

Et la cervelle du païen lui tombe aux pieds.

Bref il le renverse mort avec sept cents de sa race.

Puis, il a tué Turgis et Estorgous;

Mais cette fois sa lance se brise en éclats jusqu’à son poing :

« Que faites -vous , compagnon? » lui crie Roland,

« Ce n’est pas un bâton qu'il faut en telle bataille,

« Mais il n’y a de bon que le fer et l’acier.

« Où donc est votre épée qui s’appelle Hauteclaire?

« Sa garde est d’or, et son pommeau de cristal.

« — Je n’ai pas le temps de la tirer, » répond Olivier;

« J’ai trop besoin de frapper ! »

CXÎII

Mon seigneur Olivier a tiré sa bonne épée,

Que lui a tant demandée son compagnon Roland ,

Et, en vrai chevalier, il la lui a montrée.

et l’apportèrent au Pape. Pépin s’en empara , lorsqu’il vint à Rome ; puis il la donna au duc Beuves, qui la vendit à un Juif. Et c’est ce Juif qui la céda à Olivier, au moment même

où il allait engager, sous les murs de Vienne, son grand duel avec Roland.»

Cf. la note de Génin, à la p. 390 de son édition de la Chanson de Roland,

1370 Fiert un païen, Justin de Val-Ferrée;

Tute la teste li ad par mi sevrée ,

Trenchet le cors e la brunie safrée ,

La bone sele ki ad or est gemmée,

E à P cheval ad Peschine colpée :

1375 Tut abat mort devant lui en la prée.

Ço dist Rollanz : « Or vus receif jo frere. .

« Pur itels colps nus aimet P Emperere. »

De tûtes parz est Munjoie escriée. Aol

CXÏV

Li quens Gerins siet eP cheval Sorel ,

1380 E sis cumpainz Geriers en Passe- Cerf;

Laschent lur resnes, brochent ambdui ad ait E vunt ferir un paien, Timozel,

L’uns en Pescut e li altre en Posberc ;

Lur dous espiez enz eP cors li unt frait,

1385 Mort le tresturnent très en mi un guaret.

Ne P oï dire ne jo mie ne Psai

Li quels d’els dous en fut li plus isnels...

Esperveris i fut, li ûlz Borel :

ïcel ocist Engeliers de BurdeL 1390 E PArcevesques lur ocist Siglorel,

L’encanteür ki ja fut en enfer;

Par artimal Pi cunduist Jupiter.

Ço dist Turpins : « Icist est mult fel. »

Respunt Rollanz : « Vencuz est li culverz.

1395 « Oliviers frere, itel colp me sunt bel. » Aoi.

GXV

La bataille est adurée endementres:

Franc e paien merveillus colps i rendent.

Fièrent li un , li altre se défendent.

1379.SoreZ.Nous avons fait de «Sorel» 1 justifié par le vers suivant : le manule nom d’un cheval, ce qui nous semble j écrit de Lyon donne Morel. Cf. les noms

Il en frappe un païen, Justin de Val -Ferrée,

Lui coupe en deux morceaux la tête,

Lui tranche le corps et le haubert brodé,

Avec la bonne selle où brillent les pierreries et l’or.

11 tranche aussi l'échine du destrier,

Et abat mort sur le pré le cheval avec le cavalier:

« Ah! désormais, » s’écrie Roland, «je vous regarde comme « un frère.

« Voilà bien les coups qui nous font aimer de l’Empereur. »

Et de toutes parts on entend ce cri : « Monjoie ! »

Voici sur son cheval Sorel le comte Gerin,

Et son compagnon Gerier sur Passe -Cerf.

Ils leur lâchent les rênes, et d’éperonner vivement.

Tous deux vont frapper le païen Timozel ;

L’un l'atteint à l’écu, l’autre au haubert.

Ils lui brisent leurs deux lances dans le corps Et l’abattent raide mort au milieu d’un guéret.

Je ne sais point, je n’ai jamais entendu dire Lequel des deux fut alors le plus rapide...

Espreveris était là, le fils de Borel :

Il meurt de la main d’Engelier de Bordeaux.

Puis l’Archevêque tue Siglorel ,

Cet enchanteur qui avait déjà été dans l’enfer,

Où Jupiter l’avait conduit par l’art du diable :

« Voilà un grand félon, » dit Turpin.

« — Le misérable est vaincu, » répond Roland.

« Frère Olivier, ce sont là les coups que j’aime. »

GXV

La bataille cependant est devenue très rude :

Français et païens y échangent de beaux coups, les uns attaquent, les autres se défendent.

donnés par nos épiques aux chevaux de ! pelle Broiefort ; celui de Renaud de nos autres héros : le cheval d’Ogier s’ap- 1 Mon tauban, IJayarÆ; celui de Guillaume

Tante hanste i ad e fraite e sanglente,

1400 Tant gunfanun rumput e tante enseigne! Tant bon Franceis i perdent lur juvente ! Ne reverront lur meres ne lur femmes,

Ne cels de France ki as porz les atendent. Caries li Magnes en pluret, si s’ dementet. 05 De ço qui call? N’en avrunt succurance. Malvais servise le jur lur rendit Guenes Qu’en Sarraguce sa maisniée alat vendre. Pois en perdit e sa vie e ses membres,

El’ plait ad Ais en fut jugiez à pendre; 1410 De ses parenz ensembl’od lui tel trente Ki de mûrir n’en ourent espairnance.

GXVI (??)

Reis Almaris , od la sue cumpaigne ,

Par un destreit merveillus e es tr ange,

Vait à Gualtier ki guardet la muntaigne E les destreiz devers les porz d’Espaigne :

« Guenes li fel, » disl Gualtiers li catanies , & De nus ad fait mult dulurus escange. »

Page 1