‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 104 sur 173 · LES AFFAIRES DU TEMPS · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES DU TEMPS

Que le ministre que l'on chasse ^ Ne reprenne jamais sa place,

Je le crois bien.

Mais que celui qui l'a chassé Ne soit pas fort embarrassé, Je n'en crois rien 2.

1. Louis XV, vivement pressé par le chancelier Maupeou, et craignant de se voir exposé à une guerre avec l'Espagne parla politique extérieure deChoiseul, disgracia brusquement ce ministre. Le duc de la Vrillière lui notifia, le 24 décembre 1770, l'ordre du Roi qui lui enjoignait de se démettre de ses charges de secrétaire d'Etat et de surintendant des postes, et de se retirer à Chanteloup. « Cette révolution dans le ministère étant arrivée au moment où les Parlements étaient menacés de leur destruction, le public imagina des rapports de sentiments et d'opinions entre le duc et ces corps. Il se figura que c'était par vertu et par des principes de décence qu'il était opposé à M"** du Barry; et, d'après cette opinion dénuée de fondement, le duc de Choiseul devint l'idole des magistrats, de leurs nombreux partisans, des gens vertueux, enfin du pubHc entier. Au moment de sa disgrâce, les rues furent pendant vingt-quatre heures obstruées par la multitude des carrosses qui se rendaient à sa porte. Enfin, arrivé à Chanteloup, il vit se rendre en foule auprès de lui des courtisans que des charges éminentes auraient dû retenir

■ à Versailles, et qui ne se firent point scrupule de braver le mécontentement du Roi. » (Senac de Meilhan.)

2. « Il n'y a point d'exemple depuis qu'on renvoie des ministres que le public ait marqué autant de regrets et

2o8 Clairamhault-Maurepas,

Qu'on trouve pour le ministère Un homme aimé du militaire,

Je le crois bien.

Mais qu'on lui trouve des talents Pour le pouvoir garder longtemps,

Je n'en crois rien.

Que le corps de notre finance Ait encore quelque substance,

Je le crois bien.

Mais que son régime insensé Ne l'ait pas bientôt épuisé,

Je n'en crois rien.

Que le peuple dans l'indigence Demande du pain et vengeance.

Je le crois bien.

Mais qu'au lieu de le voir périr On s'empresse à le secourir.

Je n'en crois rien.

Que le clergé dans l'opulence

Se moque des maux de la France,

Je le crois bien.

Mais qu'il doive longtemps jouir

même d'indignation. La cabale ennemie est en horreur. On n'a encore remplacé que le département de la guerre par un homme (M. de Monteynard), dont on dit peu de bien ; c'est le prince de Condé qui l'a placé. * {Correspondance de iî/""= du Deffand.)

Année lyji. 209

De biens qui peuvent mieux servir, Je n'en crois rien.

Que le Parlement qu'on exile Ait été quelquefois utile,

Je le crois bien.

Mais qu'un freluquet à rabat Fasse le soutien de l'Etat,

Je n'en crois rien.

Que messieurs les Parlementaires Soutiennent messieurs leurs confrères,

Je le crois bien.

Mais que de leurs cris impuissants Nous soyons étourdis longtemps,

Je n'en crois rien.

Que ce soit un bien pour la France De changer la jurisprudence.

Je le crois bien.

Mais que le code qu'on attend Prouve un heureux changement,

Je n'en crois rien.

Que ce fût très grande injustice De payer pour rendre justice^,

I, Le chansonnier est ici d'accord avec Voltaire, l'un des rares contemporains qui aient su apprécier la réforme

2IO Clair ambault-Aîaurepas.

Je le crois bien.

Mais qu'on ne doive jamais rendre L'argent qu'on eut grand tort de prendre,

Je n'en crois rien.

Que l'auteur d'un bien qu'on ignore Forme d'autres projets encore,

Je le crois bien.

Mais qu'il soit temps de dévo-iler Les projets dont je veux parler.

Je n'en crois rien.

Que le chancelier qu'on déteste Puisse un jour vous dire le reste, Je le crois bien.

judiciaire opérée par Maupeou. « Le Roi, dit Voltaire, se rendit aux vœux des peuples qui se plaignaient depuis des siècles de deux griefs, dont l'un était ruineux, l'autre honteux et dispendieux à la fois. Le premier était le ressort trop étendu du Parlement de Paris, qui obligeait les citoyens de venir de cent cinquante lieues se consumer devant lui en frais qui souvent excédaient le capital. Le second était la vénalité des charges de judicature, vénalité qui avait introduit la forte taxation des épices. Pour réformer ces deux abus, six Parlements nouveaux furent institués, le 23 février, sous le titre de conseils supérieurs, avec injonction de rendre gratis la justice... L'opprobre de la vénalité dont François I" et le chancelier Duprat avaient malheureusement souillé la France fut lavé par Louis XV et par les soins du chancelier Maupeou, second du nom. On finit par la réforme de tous les Parlements, et on espéra, mais en vain, de voir réformer la jurisprudence. » [Histoire du Parlement de Paris.)

Année IJJI. 21 r

Mais qu'on pense toujours de lui Tout ce qu'on en dit aujourd'hui, Je n'en crois rien.

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