LE SIÈCLE PRESENT
J'ai souvent remarqué qu'à force de mystère
On était importun; j'ai dit : il faut me taire :
Tout ce que j'ai pensé je l'ai mis par écrit ;
Mais sans réflexion et souvent sans esprit.
Nous vivons autrement que ne vivaient nos pères;
Nous jouons fort gros jeu, ma*s nous ne mangeons guères.
Eux faisaient grande chère et jouaient petit jeu ;
Ils ne s'amusaient pas, mais ils s'ennuyaient "peu.
Nous avons plus de peine à supporter la vie.
Et ce qui les charmait à présent nous ennuie.
Il me semble, en un mot, qu'au siècle où nous vivons,
Les plaisirs sont plus courts et les ennuis plus longs;
Les corps plus délicats, les âmes plus fragiles ;
Les hommes plus cruels, les femmes plus faciles ;
Les petits sont plus bas, mais les grands sont moins hauts;
Les hivers sont plus froids et les étés moins chauds ;
Les courtisans plus plats, les rois plus imbéciles;
Les chanceliers plus faux, les maîtresses plus viles :
Ainsi je me plaisais à parcourir les rangs.
J'ai trouvé peu d'amis, encor moins de parent^ ;
Des maîtres toujours durs, des valets indociles,
sion... On racontait encore que le docteur Lorri, médecin célèbre de la Faculté de Paris, répandu dans les meilleures maisons, avait dit en très bonne compagnie que sous quinze jours le chancelier serait déplacé. » ijfournal de Hardy.)
2^2 Clairambault-M au repas.
Des Parlements détruits et des lois inutiles.
Tout va de mal en pis, et, par un sort fatal,
Ceux qui parlent le mieux agissent le plus mal.
Les fripons font les lois et les sots obéissent ;
Les amants n'aiment point, les maîtresses trahissent;
L'estomac est trop faible et l'appétit trop fort,
Personne n'a raison et la nature a tort.
A force de souplesse on parvient à la gloire.
Un savant a trouvé, si j'ai bonne mémoire.
Plus de mal dans le mal que de bien dans le bien,
La douleur est réelle* et la santé n'est rien.
A nos vœux les plus doux le destin est contraire,
Et l'on déplaît souvent parce qu'on voudrait plaire.
Les plus petits succès demandent quelque soin;
Les désirs sont trop près et les objets trop loin ;
Les sentiments sont froids, les paroles de même;
On ignore qu'on hait, on ne sait pas qu'on aime.
L'homme le plus heureux se plaint encor du sort ;
On ne vit pas longtemps et l'on est longtemps mort.
NOÈLS POUR L'ANNEE 1772*
Que chacun se dépêche, Avant le jour des Rois,
I. « On fait assez volontiers, à la fin de l'année, des noëls sur la cour, qui roulent sur les anecdotes galantes ou poli-
Année iyy2, 26^
De se rendre à la crèche Comme on fit autrefois.
Profitons du moment de l'absence des princes. Ceux qui restent ne feront pas Dans retable un trop grand fracas.
Leurs ressources sont minces.
Condé; Bourbon*, La Marche, Avancez les premiers, Car en fait de démarches Il faut que vous brilliez ; Jésus sera flatté de voir votre cohorte ; Monteynard^ vous introduira ; Monsieur Cromot ^ vous y suivra Au moins jusqu'à la porte.
Condé, voyant l'étable, Dit que le bâtiment Est d'un goût détestable;
tiques. Un plaisant 'vient d'en mettre au jour de cette espèce qui, s'ils ne sont pas bien piquants par leur tournure, serviront de pièces historiques pour constater quelques faits auxquels ils ont rapport. » {Mémoires de Bachaumont.)
1. Au mois de décembre, les princes de Condé et de Bourbon, qui avaient protesté contre la suppression cfu Parlement et vivaient en quelque sorte exilés de la cour, écrivirent une lettre de soumission au Roi. Leur exemple ne tarda pas à être suivi par les ducs d'Orléans et de Chartres.