‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 145 sur 173 · MARQUIS DE CHAUVELIN · texte numérisé non relu

MARQUIS DE CHAUVELIN

Loin de moi le froid délire Qu'enfante le dieu des vers !

Venez accorder ma lyre.

Noirs soucis, regrets amers !

Sur les cordes gémissantes, Mes mains s'égarent tremblantes :

Coulez librement, mes pleurs.

La désolation de ces rimes, Mieux que des accents sublimes.

Saura peindre mes douleurs.

Oh ! quelle scène cruelle Pour les regards de ton Roi, Quand le Temps, ouvrant son aile, Est venu fondre sur toi !

I. M*"* du Deffand écrivait à Walpole, le 22 novembre : « J'apprends la mort de M. de Chauvelin ; c'est une perte pour la société... II est mort d'une apoplexie de sang; on en a trouvé sa tête remplie, et tous les vaisseaux de son estomac dilatés et variqueux; il mangeait énormément. Tout le monde le regrette ; il était positivement l'homme qu'il fallait montrer pour prouver ce que nous entendons

Année l'J'jS. 28

Tu disparais sans attendre Que l'épouse la plus tendre Ferme tes yeux de sa main.

Ainsi tomberait en poudre Le convive que la foudre Eût frappé dans un festin.

Il meurt, ce héros aimable ! Ma joie expire avec lui :

De ma muse inconsolable Il fut la gloire et l'appui.

Il meurt !... et l'komme inutile A vu vieillir son argile ; Sur lui s'entassent les ans, Et la terre, qui l'oublie, A trois fois, pendant sa vie, Reproduit ses habitants.

Non, tu vivras : ton image Respire au fond de nos cœurs.

Elle y peint les traits d'un sage Dont l'esprit ornait les mœurs.

Tu fus chéri de ton maître, Il avait su te connaître :

par un Français aimable ... C'est une perte pour tout le inonde ; nos philosophes diraient pour \ humanité. » Le marquis, qui avait été ambassadeur de France à Turin et avait commandé l'armée envoyée en Corse sous M. de Choiseul, était l'un des favoris de Loui's XV ; sa mort subite frappa vivement le Roi.

282 Clairambault-Alaurepas.

Son choix fut justifié.

Conti t'aimait sur ta cendre; On voit ce prince répandre Les pleurs dus à l'amitié.

Ah ! si ton ombre célèbre

Est sensible à mes accords,

Si cet éloge funèbre

Peut te flatter chez les morts,

Plein du bienfaiteur que j'aime,

Je viens, sur sa tombe même,

Chanter ses mâles vertus ;

Et, sûr de tous les suffrages,

J'offre en pleurant mes hommages

Au grand homme qui n'est plus !

Le bruit de la naissance De notre rédempteur ' Excita dans la France La plus grande rumeur.

De l'auguste Opéra, la troupe académique Voulut, en cette occasion,

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