‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 160 sur 173 · LE PROCES DE BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

LE PROCES DE BEAUMARCHAIS

Inimitable Beaumarchais ^ Ta plume est une enchanteresse, Elle embellit les moindres faits, Et plaît autant qu'elle intéresse.

I. On Ht dans les Mémoires de Bachaumont, à la date du 18 février : « La curiosité de lire le dernier mémoire du sieur de Beaumarchais ne peut se rendre. On en a déjà débité six mille exemplaires. Il faut convenir que celui-ci est beaucoup plus intéressant par les grands objets

Année i /"/4- 299

En lisant tes charmants écrits, On veut te voir et te connaître ; Tu captives tous les esprits, De tous les cœurs tu te rends maître ; Que le plus éclatant succès Soit le prix de tes doctes veilles, Puisse le gain de ton procès Couronner tant d'autres merveilles !

Bravo ! pulvérise les lâches ;

Tes ennemis sont des bravaches,

Sots et méchants tout à la fois.

Quant à l'insolent porte-croix^ Qui, déplacé partout, semble avoh* pris à tâche D'être souple à l'armée et fougueux au palais. Dans tes nerveux écrits, courageux Beaumarchais,

Ne lui donne point de relâche :

qu'il traite ; il est d'ailleurs infiniment mieux fait que le troisième... Outre les personnages déjà connus et bafoués, il y amène le président de Nicolaï, dont le nom, la qualité et les aventures scandaleuses fixent plus particulièrement l'attention. Il passe ensuite à un résumé clair et concis de toute l'affaire... Il répand, toujours à pleines mains, le sarcasme sur M'"* Goëzman... puis ii tombe à bras raccourcis sur d'Airolles... Après s'être contenu dans la gravité du sujet, l'écrivain en revient à son ami Marin, qu'il traîne encore dans la boue et qu'il couvre d'opprobre. »

I. M. de Nicolaï, chevalier de Saint-Louis et président à mortier du nouveau Parlement. (M.)

-iOO Clair atnbaul t- Maurepas.

En repoussant les traits de la perversité, Citoyens et rieurs, tout est de ton côté ^.

Damon, de Beaumarchais parlait avec estime.

Vous êtes son ami, je crois, dit Hermotime.

Moi ! point, je le vois peu; même jusqu'aujourd'hui.

Loin de le rechercher, je l'avais toujours fui. —

Et pourquoi ? — Ma conduite est assez circonspecte :

Beaumarchais, entre nous, n'était point estimé,

Sa réputation était même suspecte ;

Le nouveau Parlement ne l'avait point blâmé.

Le public, seul juge suprême *

En matière d'opinion,

Blâme le Parlement lui-même.

1. « Du 19 janvier. Ce jour il me tombe entre les mains copie d'une petite pièce de vers adressée au sieur de Beaumarchais, qu'on pourrait regarder dans le moment présent comme la coqueluche de tout Paris et qui avait été composée relativement à l'insulte qu'il avait reçue au Palais du sieur de Nicolaï, président à mortier, sur laquelle Messieurs du Parlement avaient refusé contre toutes règles d'admettre sa plainte et de lui rendre justice. » [Journ. de Hardy.)

2. L'arrêt rendu le 26- février était ainsi conçu : « La cour, toutes les chambres assemblées, faisant droit sur le tout, pour les cas résultant du procès, condamne Gabrielle- Julie Jamart, femme de Louis- Valentin Goëzman à être mandée à la chambre pour, étant à genoux, y être blâmée;

Année l'/'j4'

Et condamne à la question Marin d'abord, comme espion ; Puis, comm& usurier et fripon, Le livre au bourreau pour le pendre :

Renvoie absous de Beaumarchais, Et lui donne ordre d'entreprendre L'histoire du nouveau Palais.

Quant à Goëzman, son adversaire.

Sa peau, transformée en tambour, Publiera qu'il faut être austère; Et sa compagne, dès ce jour, Rejoindra la Salpêtrière,

la condamne, en outre, en trois livres d'amende envers le Roi, à prendre sur ses biens, sans s'arrêter ni avoir égard à la requête de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, et faisant droit sur les conclusions du procureur général du Roi, ordonne que ladite G. -Julie Jamart, sera tenue même par corps de rendre et restituer la somme de 360 livres par elle reçue d'Edme-Jean Lejay, pour être ladite somme appliquée au pain des pauvres prisonniers de la Conciergerie du Palais; condamne pareillement P. -A. Caron de Beaumarchais à être mandé à la Chambre, pour, étant à genoux, y être blâmé; le condamne en outre en trois livres d'amende envers le Roi à prendre sur ses biens ; faisant droit sur la plainte du procureur général du Roi reçue et jointe au procès par arrêt de la cour, ensemble sur ses conclusions, ordonne que les quatre mémoires imprimés en 1773 et 1774 signés Caron de Beaumarchais, seront lacérés et brûlés au pied du grand escalier du Palais, comme contenant des imputations téméraires, scandaleuses et injurieuses à la magistrature en général, a aucuns de ses membres et diffamatoires envers différents particuliers ; fait défense audit Caron de Beaumarchais de faire à l'avenir de pareils mémoires sous peine de punition corporelle... »

viii. 26

'^02 Clairamhault-AIaurepas.

Pour y disserter sur l'amour.

D'Arnaud, Lejay, Bertrand d'Airolles^j Vides de sens et de raison, Iront de droit, d'après leurs rôles, Tous trois aux Petites-Maisons.

Quand pour ouïr sa destinée, Aux pieds de l'auguste divan, Tremblante, interdite, étonnée, La tendre épouse de Goëzman Avec pompe fut amenée, D'un ton doux, civil et prudent.

Monsieur le premier président, Fort expert en galanterie, Au nom de la docte écurie Lui fit ce joli compliment :

Calmez vos sens, rassurez-vous, madame.

Vous en êtes quitte à bon prix :

Vos juges par ma voix vous déclarent infâme. — Soudain reprenant ses esprits, Quoi ! ce n'est que cette misère? Reprend la dame aux quinze louis; En vérité, dans cette affaire,

Soins superflus, messieurs, vous avez pris.

I, D'Arnaud Baculard, poète prenant la qualité de conseiller d'ambassade ; Lejay, libraire de la rue Saint- Jacques ; D'AiroUes, négociant à Paris et ami du sieur Marin. (M.)

Année iy'/4- 3^3

N'était besoin de tout ce formulaire, De ces grands mots ne disant rien, Pour condamner à l'infamie L'épouse d'un sujet de votre confrérie : Avec lui suis-je pas^ hélas ! commune en bien ?

On veut de tes écrits voir allumer des feux ;

C'est un arrêt qu'on vient de rendre; Ce jugement pour toi n'a rien d'injurieux ;

Voici comment il faut le prendre :

Aux yeux des gens de bien ils sont si précieux, Qu'on veut qu'ils soient brûlés pour en avoir la cendre.

Beaumarchais, sortant de la cour Qui venait de le rendre infâme Pour avoir mis au plus grand jour

Des tours de leurs messieurs, assez dignes de blâme, Dit au public, touché de ses revers :

Messieurs, je suis infâme et jugé par mes pairs.

Vous qui, sur Beaumarchais, lancez votre tonnerre, Lorsque vous irez chez Pluton,

304 Clairambault'Maurepas.

Faites le voyage par terre, On est trop mal mené dans la barque à Caron ^.

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