LA' PERTE DE SON PROCES
Victime de l'intrigue et d'un affreux procès,
Toi qui fus en Espagne un Cicéron français^,
Qu'un courage nouveau vienne affermir ton âme
Le public t'applaudit lorsque la cour te blâme.
L'arrêt de ta patrie est gravé dans les cœurs,
Et, tout prêts à couler, il arrête nos pleurs.
Mais qui peut essuyer les larmes de ton père !
La main que, pour son sang, arme le cœur d'un frère
A ce droit généreux ; ainsi c'est ton devoir.
Et ce n'est pas pour toi qu'est fait le désespoir.
Montre-lui tes amis dont le nombre s'augmente
1. Allusion au- nom de famille de M. Caron de Beaumarchais. (M.)
2. Pour se concilier les sympathies du public et surtout des femmes en intéressant leur cœur, Beaumarchais avait terminé son quatrième mémoire par le récit de l'aventure dramatique arrivée en Espagne à l'une de ses sœurs.
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En raison des serpents que la cabale enfante,
Montre-lui l'innocence assise sur ton front.
D'un coup d'œil écartant un téméraire affront;
Montre-lui des Français la bouillante cohorte
De Thémis indécise en vain pressant la porte :
Peins leur douleur soudaine à l'arrêt répandu :
Chacun croyait d'abord avoir mal entendu ;
Un bruit sourd et confus trahit la voix publique;
De la divinité qui règne en ce portique,
Le respect imposant, peut-être la frayeur
Étouffe en ce lieu saint le cri de la douleur.
Chacun fuit consterné, dans un morne silence;
Pour son propre procès chacun tremble d'avance,
Et l'honneur révolté t'arrache en gémissant
Du temple où te poursuit un courroux trop puissant.
Calme, par ce récit, ta famille éplorée.
Garde la fermeté que ton cœur a jurée ;
Et tel que l'aigle altier, veillant aux pieds des dieux,
Laisse passer la foudre, et n'en plane que mieux.
Des juges le public est le juge suprême;
Tu l'as dit, Beaumarchais, tout Paris révolté
Désavoue hautement l'arrêt qu'ils ont porté.
Chacun en t'honorant croit s'honorer soi-même.
On te loue, on t'admire, on t'applaudit, on t'aime;
On bénit avec joie, on cite avec ardeur
Ces princes généreux, ces juges de l'honneur,
3o6 Clair ambauit-Aîaurep as.
Aux cris d'un vil Sénat opposant leur estime, Attestant ta vertu calomniée en vain, Ton courage étonnant qui croît quand on l'opprime. Et ces talents si grands dont on te fait un crime. C'est Conti, nous dit-on, c'est lui de qui la main A sauvé du bûcher qu'allumait la sottise Le précepteur ^ Emile et l'amant à'Hèloîse. Contre nos oppresseurs, son neveu *, comme lui, Au mortel innocent présente un sûr appui. Dignes du sang des rois, exemple de la France, Conservez notre honneur dans ces jours de démence. Quand le Russe ou l'Anglais, insultant à nos mœurs. Nous dira : Peuple lâche, en butte à mille erreurs, Toujours vos tribunaux ont donc proscrit vos sages ? Je répondrai pour lors : Si des hommes menteurs, Si des pédants contre eux ont formé des orages. Par nos princes du moins ils furent défendus. Nos princes ont instruit les peuples éperdus A réparer leurs maux, à laver leurs outrages, A priser leurs talents et leurs nobles vertus. Que ne dégradent point des arrêts mal rendus. Voilà les vrais Français, l'honneur seul les anime; La persécution accroît encor l'estime; Pour être aimé de nous c'est un titre de plus.
I. M. le duc de Chartres. (M.) « MR"" le prince de Contj et Me' le duc de Chartres, sensibles au malheur de M. de Beaumarchais, l'ont reçu plusieurs fois chez eux avec beaucoup de bonté et, depuis l'arrêt prononcé, il a même eu l'honneur de leur faire la lecture du Barbier de Siville en présence de toutcla cour. » {Corresp. de Grimtn.)
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De tes vils ennemis la rage est trop notoire ;
En voulant te flétrir ils te comblent de gloire.
Ton cœur n'a point perdu sa noble fermeté ;
Tu nous souris encore avec sérénité ;
De tes amis enfin tu calmes les alarmes;
De tes mourantes soeurs ta main sèche les larmes ;
De ton père, à son Dieu demandant le trépas,
Tu ranimes la force expirante en tes bras.
Ainsi, quand par les fruits d'une intrigue cruelle
On t'ose condamner avec sévérité.
Vainqueur des passions et de l'adversité.
Aux vertus, à l'honneur, à tes devoirs fidèle,
De force, de noblesse et de simplicité
Tu nous oflTres encor le plus parfait modèle.
D'une vierge féconde L'enfantement, dit-on.
Attira bien du monde A Jésus, à l'ânon.
Nous étouffons ici, dit l'enfant à sa mère*
I. Ces noëls étant exclusivement consacrés aux personnages qui figuraient dans le procès de Beaumarchais, c est dans les Mémoires du célèbre écrivain que l'on trouvera l'explication des allusions qu'ils renferment.
3o8 Clairambault-Maurepas.
Renvoyez-moi ce Parlement. — Non, dit Maupeou, tout doucement, A l'âne il pourra plaire.
Oh ! dit l'âne, j'en doute ;
Je renonce aux procès ;
Voulez-vous qu'il m'en coûte
Autant qu'à Beaumarchais ?
Pour eux je n'entends point faire aucun sacrifice. Mais, dit La Blache*, il le faut bien; Croyez-vous qu'il n'en coûte rien
Pour gagner la justice ?
Nous avons peu de gages.
Reprit l'auguste corps,
Et pour nos équipages
Il nous en faut de forts.
Nous pouvons exiger ces petits sacrifices : Au plus offrant nous accordons Ce qu'à l'autre nous refusons ;
Cela tient lieu d'épices.
O ciel ! quelle impudence, Dit Goëzman l'imposteur; J'en demande vengeance, Je suis le rapporteur.
Parbleu I je ne prends rien, ma femme peut le dire. A ces mots, le bœuf et l'ânon