‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 163 sur 173 · ORAISON FUNEBRE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

ORAISON FUNEBRE DE LOUIS XV

Te voilà donc, pauvre Louis, Dans un cercueil à Saint-Denis !

C'est là que la grandeur expire.

Depuis longtemps, s'il faut le dire,

I. Louis XV mourut à Versailles, de la petite vérole et d'une fièvre maligne, le 10 mai 1774. « Dès qu'il fut mort, chacun s'enfuit de Versailles. Il n'y resta que le duc d'Ayen, survivancier de son père, capitaine des Ecossais, dont le droit est de garder le Roi mort ; le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre d'année; le grand aumônier et M. de Dreux, grand maître des cérémonies. Un se dépêcha d'enfermer le corps dans deux cercueils de plomb, qui ne continrent qu'imparfaitement la peste qui s'en exhalait ; quelques prêtres, dans la chapelle ardente, furent les seules victimes condamnées à ne pas abandonner les restes d'un Roi qui, par le désordre honteux de ses mœurs, l'indifférence pour ses devoirs et pour ses sujets, s'était viii. 27

314 Clairambault-Maurepas.

Inhabile à donner la loi, Tu portais le vain nom de Roi, Sous la tutelle et sous l'empire Des tyrans qui régnaient pour toi.

Étais-tu bon ? c'est un problème

Qu'on peut résoudre à peu de frais ;

Un bon prince ne fit jamais

Le malheur d'un peuple qui l'aime ;

Car on ne peut appeler bon

Un roi sans frein et sans raison,

Qui ne vécut que pour lui-même.

Voluptueux, peu délicat, Inappliqué par habitude, On sait qu'étranger à l'État, Le plaisir fit ta seule étude.

Un intérêt vil en tout point Maîtrisait ton âme apathique

rendu l'objet de la haine presque générale... Le corps fut conduit deux jours après à Saint-Denis, et le convoi ressembla plus au transport d'un fardeau dont on est empressé de se défaire qu'aux derniers devoirs rendus à un monarque... Une vingtaine de pages et cinquante palefreniers à cheval, portant des flambeaux, sans être en noir, composaient tout le cortège, qui partit au grand trot à huit heures du soir et arriva à Saint-Denis à onze heures, au milieu des brocards des curieux qui bordaient le chemin et qui, favorisés par la nuit, donnèrent carrière à la plaisanterie, caractère dominant de la nation. On ne s'en tint pas là : épitaphes, placards, vers, tout fut prodigué pour flétrir la mémoire du feu Roi. » {Mémoires de Besenval.)

Année i'/'/4. 315

Et le pur sang d'un peuple étique Entretenait ton embonpoint.

On te vit souvent, à l'école De plus d'un fourbe accrédité, Au mépris de ta majesté, Te faire un jeu de ta parole; Au milieu même de la paix, Sur l'art de tromper tes sujets Fonder ton unique ressource, Et préférer dans tes projets A l'amour de tous les Français Le plaisir de vider leur bourse.

Tu riais de leur triste sort.

Et, riche par leur indigence.

Pour mieux remplir ton coffre-fort Tu vendais le pain de la France.

Tes serviteurs, mourant de faim, A ta pitié s'offraient en vain ; Leurs plaintes n'étaient point admises.

L'infortune avait beau crier :

Prendre tout et ne rien payer Fut ta véritable devise.

Docile élève des cagots.

En pillant de toutes manières.

Quoique parmi les indévots Tu disais pourtant tes prières.

Des sages ennemi secret,

316 Clairambault'Maurepas.

Sans goût, sans mœurs et sans lumières, En trois mots voilà ton portrait.

Faible, timide, peu sincère, Et caressant plus que jamais Quiconque avait pu te déplaire, Au moment que de ta colère Il allait ressentir les traits :

Voilà, je crois, ion caractère.

Ami des propos libertins, Buveur fameux et roi célèbre.

Par la chasse et par les catins :

Voilà ton oraison funèbre^.

I. « A l'égard de cette pièce, remarque Hardy dans son Journal, bien des gens la regardaient dans l'ordre moral plutôt comme contenant des médisances que comme contenant des calomnies. Elle renferme, disaient-ils, des vérités fortes et dures; mais ce sont des vérités. C'est à celui qui sera chargé parla suite d'écrire l'histoire du règne de Louis XV à discuter, d'après de bons mémoires sur les anecdotes secrètes de la vie de ce monarque, les faits et gestes y énoncés, et à lui rendre sans partialité toute la justice qu'il jugera devoir lui être rendue. Depuis qu'il existe des monarques et des potentats, la postérité est établie juge de leur vie et de leurs actions, lorsqu'ils ne sont plus, et rarement appelle-t-on des arrêts qu'elle a prononcés. »

Année l'/'j4. 317

EPIGRAMMES DIVERSES

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