‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 162 sur 173 · I. Adversaire de Beaumarchais. (M · texte numérisé non relu

I. Adversaire de Beaumarchais. (M

Année I'J'J4- 309

Firent l'interrogation

Qui nous a tant fait rire.

La dame, un peu féroce,

D'abord avec dépit

Répond que c'est atroce,

A tout ce qu'on lui dit ; Mais bientôt, se coupant dans toute sa réplique, Dit à sa confrontation Que la perte de sa raison

Vient d'un état critique.

Lejay contre la porte Restait comme un nigaud ; Qu'est-ce donc qu'il apporte, Dit le bœuf un peu haut?

Goëzman répondit : Il faut que l'on suppute.

Pour ma justification,

La bonne déclaration

Dont j'ai fait la minute.

Avec son humeur noire

Baculard s'approcha,

Présentant un mémoire

Dont l'âne fort glosa.

Adieu, mes compagnons; j'ai peur de la gourmade, J'aime mieux ne jamais parler Que d'être encor le conseiller

D'une telle ambassade.

3IO Clairambauît- M au repas»

De la dernière sorte

Certain homme arriva,

Criant : voici la porte,

Holà ! cocher, holà !

Oîiés aco, dit Jésus, quels sont donc ces carrosses ? C'est un corsaire, un maltôtier.

Fripier d'écrits, un fourrier

Traîné par quatre rosses.

J'apporte la Gazette,

Dit Marin hautement.

Ah ! mon Dieu ! qu'elle est bête,

Dit Joseph en bâillant :

Npn, je n'ai jamais vu de sottises pareilles; Qu'il retourne à la Ciotat, Sur le petit orgue il pourra

Étourdir les oreilles.

Pour le coup, j'en rappelle.

Cria le grand cousin.

Au haut de mon libelle

Je vous parle latin.

Ouf ! s'écria Jésus, au diable la personne; L'avorton et le sacristain Ont un goût si fort de marin.

Que l'odeur empoisonne.

Pour assoupir l'alfaire, Lors Goëzman poliment

Année l'J'j4' 3' ^

Vint offrir à la mère

De tenir son enfant.

Serait-ce sur les fonts ? Ciel, quelle audace extrême ! Monsieur, si vous ne changez de nom, J'aimerais mieux que le poupon

Se passât de baptême.

Le président de même ^

Avec ses yeux de bœuf

Et son esprit de même,

Porte un arrêt tout neuf.

Donnez-m'en, dit l'ànon ; j'en veux un exemplaire. Suffit qu'il n'ait pas de bon sens, Je le lirai de temps en temps,

Pour m'exciter à braire. *

Le Sauveur dans la presse

Beaumarchais reconnut ;

Cet homme m'intéresse,

Dit-il, lorsqu'il parut; En vain Châteaugiron ^ contre lui se rebecque. Qu'il prenne place auprès de moi, Ses mémoires seront, ma foi,

Dans ma bibliothèque.

1. Berthier de Sauvigny, ancien intendant de Paris, premier président du nouveau Parlement. (M.)

2. Leprêtre de Châteaugiron, président à mortier du nouveau Parlement, très opposé au sieur Beaumarchais. (M.) Quoique récusé par Beaumarchais, il avait pris séance au Parlement lors du prononcé du jugement.

312 Clairambault-Maurepas.

Lors un ex-militaire

Dont on sait la valeur,

Pour Goëzman le faussaire

Digne solliciteur, Voyant près du Sauveur Beaumarchais à sa place, Dit en jurant comme un païen :

Gens du guet, poussez ce chrétien,

Il m'a fait la grimace.

Jésus s'écrie : Arrête, Modère ton ardeur, Capitaine Tempête; Surtout de la douceur.

Pour tes concitoyens sois aussi débonnaire Et sois aussi doux dans Paris Qu'on te vit pour les ennemis.

Quand tu fus militaire.

Joseph au ministère

Dit alors de sortir.

Et qu'après cette affaire

L'enfant voudrait dormir.

Ah ! c'est donc sur ce ton qu'on nous met à la porte. Quoi ! Beaumarchais seul restera, Mais son mémoire on brûlera.

L'auteur dit : peu m'importe.

O troupe inamovible, Retourne dans Paris ; Ce coup sera sensible

Année i'J'j4. 313

A tous les bons esprits.

La bêtise chez vous a passé la mesure ; Peut-être que cet accident Nous rendra l'ancien Parlement, A force de censure.

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