I. Adversaire de Beaumarchais. (M
Année I'J'J4- 309
Firent l'interrogation
Qui nous a tant fait rire.
La dame, un peu féroce,
D'abord avec dépit
Répond que c'est atroce,
A tout ce qu'on lui dit ; Mais bientôt, se coupant dans toute sa réplique, Dit à sa confrontation Que la perte de sa raison
Vient d'un état critique.
Lejay contre la porte Restait comme un nigaud ; Qu'est-ce donc qu'il apporte, Dit le bœuf un peu haut?
Goëzman répondit : Il faut que l'on suppute.
Pour ma justification,
La bonne déclaration
Dont j'ai fait la minute.
Avec son humeur noire
Baculard s'approcha,
Présentant un mémoire
Dont l'âne fort glosa.
Adieu, mes compagnons; j'ai peur de la gourmade, J'aime mieux ne jamais parler Que d'être encor le conseiller
D'une telle ambassade.
3IO Clairambauît- M au repas»
De la dernière sorte
Certain homme arriva,
Criant : voici la porte,
Holà ! cocher, holà !
Oîiés aco, dit Jésus, quels sont donc ces carrosses ? C'est un corsaire, un maltôtier.
Fripier d'écrits, un fourrier
Traîné par quatre rosses.
J'apporte la Gazette,
Dit Marin hautement.
Ah ! mon Dieu ! qu'elle est bête,
Dit Joseph en bâillant :
Npn, je n'ai jamais vu de sottises pareilles; Qu'il retourne à la Ciotat, Sur le petit orgue il pourra
Étourdir les oreilles.
Pour le coup, j'en rappelle.
Cria le grand cousin.
Au haut de mon libelle
Je vous parle latin.
Ouf ! s'écria Jésus, au diable la personne; L'avorton et le sacristain Ont un goût si fort de marin.
Que l'odeur empoisonne.
Pour assoupir l'alfaire, Lors Goëzman poliment
Année l'J'j4' 3' ^
Vint offrir à la mère
De tenir son enfant.
Serait-ce sur les fonts ? Ciel, quelle audace extrême ! Monsieur, si vous ne changez de nom, J'aimerais mieux que le poupon
Se passât de baptême.
Le président de même ^
Avec ses yeux de bœuf
Et son esprit de même,
Porte un arrêt tout neuf.
Donnez-m'en, dit l'ànon ; j'en veux un exemplaire. Suffit qu'il n'ait pas de bon sens, Je le lirai de temps en temps,
Pour m'exciter à braire. *
Le Sauveur dans la presse
Beaumarchais reconnut ;
Cet homme m'intéresse,
Dit-il, lorsqu'il parut; En vain Châteaugiron ^ contre lui se rebecque. Qu'il prenne place auprès de moi, Ses mémoires seront, ma foi,
Dans ma bibliothèque.
1. Berthier de Sauvigny, ancien intendant de Paris, premier président du nouveau Parlement. (M.)
2. Leprêtre de Châteaugiron, président à mortier du nouveau Parlement, très opposé au sieur Beaumarchais. (M.) Quoique récusé par Beaumarchais, il avait pris séance au Parlement lors du prononcé du jugement.
312 Clairambault-Maurepas.
Lors un ex-militaire
Dont on sait la valeur,
Pour Goëzman le faussaire
Digne solliciteur, Voyant près du Sauveur Beaumarchais à sa place, Dit en jurant comme un païen :
Gens du guet, poussez ce chrétien,
Il m'a fait la grimace.
Jésus s'écrie : Arrête, Modère ton ardeur, Capitaine Tempête; Surtout de la douceur.
Pour tes concitoyens sois aussi débonnaire Et sois aussi doux dans Paris Qu'on te vit pour les ennemis.
Quand tu fus militaire.
Joseph au ministère
Dit alors de sortir.
Et qu'après cette affaire
L'enfant voudrait dormir.
Ah ! c'est donc sur ce ton qu'on nous met à la porte. Quoi ! Beaumarchais seul restera, Mais son mémoire on brûlera.
L'auteur dit : peu m'importe.
O troupe inamovible, Retourne dans Paris ; Ce coup sera sensible
Année i'J'j4. 313
A tous les bons esprits.
La bêtise chez vous a passé la mesure ; Peut-être que cet accident Nous rendra l'ancien Parlement, A force de censure.