GOUVERNEUR DU PALAIS-ROYAL
Tous les chiens du quartier vous présentent requête A vous, monsieur le gouverneur;
Disant qu'il s'est formé contre eux une tempête.
Et que depuis huit jours ils ont eu la douleur De voir plusieurs de leurs confrères.
Chiens de probité, chiens d'honneur, Périr sous des mains meurtrières,
Sans qu'on sache l'objet d'une telle rigueur. Le public même s'en étonne :
Qui peut leur attirer des traitements si durs?
Ont-ils, dit ce public, pissé contre les murs? Parbleu, c'est nous la donner bonne !
Ils chièrent jadis au palais de Jupin,
Et leur ambassade en fut quitte Pour être chassée au plus vite A coups de fouet et de gourdin.
Si parfois quelque chienne, encline à la luxure.
Essaye en plein jardin de soulager nature, Le crime n'est pas capital ; ■
I. A propos d'un massacre de chiens qui avait eu lieu dans le jardin. (M.)
^2 Clair ambault-Aîaurepas.
Et chacun sait que la police Ne condamne, à son tribunal, Femelle atteinte de ce vice Qu'à cinq ou six mois d'hôpital.
On vous aura fait croire aussi que cette engeance Détruit vos fleurs et vos gazons ;
Mais ce sont, entre nous, de frivoles raisons. Rien, grâce à votre prévoyance, N'est en risque dans ce jardin ;
On n'y saurait fouler ni rose ni jasmin, Un vaste et solide treillage Des gazons défend le passage,
Et tout est sous la clef, jusqu'à l'eau du bassin.
Révoquez donc, monsieur, un ordre sanguinaire,
Et, pour faire bénir votre gouvernement.
Ne permettez jamais que, d'un séjour charmant, On fasse un affreux cimetière.