LA MORT DU DAUPHIN
Ne vous contraignez point, laissez couler vos pleurs, Français, il méritait l'excès de vos douleurs, Ce prince à qui le sort promit une couronne Va que l'éclat du ciel à présent environne.
I. Par M. Collet, clievalier de l'ordre de Saint-Michel et secrétaire des commandements de Madame Infante. (M.)
Année ïjGS. 53
Bon père, tendre époux, enfant respectueux, Maître affable et sensible, esprit juste et nerveux, Quoique né près du trône adoré pour lui-même. Plus grand par ses vertus que par son rang suprême *, De la religion l'exemple et le soutien, Connaissant l'amitié, pensant en citoyen; Tel était le Dauphin, quand la Parque cruelle Précipita ses jours dans la nuit éternelle^. Comme un héros chrétien qui ne trouve ici-bas Que des biens passagers qui ne l'affectent pas, Ce prince en son printemps a vu d'un regard ferme
1. « Ce prince n'a été connu et aimé que depuis sa maladie; il est regretté de la nation par tout ce que l'on en apprend tous les jours. La façon courageuse et héroïque avec laquelle il meurt a d'abord commencé à ramener les esprits qui étaient le plus prévenus contre lui. Dans tous les actes religieux qu'il a faits, il s'est montré très éloigné
de la cagoterie et du fanatisme Ce prince économe n'a
jamais demandé aux contrôleurs généraux un écu au delà de ce qui lui était assigné. Quel trésor c'eût été pour la France que le gouvernement de ce prince économe ! d'autant que son économie était vraie! ...Il avait une très belle mémoire et était très instruit, peut-être même
pourrait-on dire savant. Il avait l'esprit très agiéable
Depuis qu'il a su que sa maladie était mortelle, il ne s'est occupé que des services qu'il pouvait rendre à ceux qu'il aimait. » {Journal de Collé.)
2. « Le vendredi 20 décembre, vers Iqs huit l^eures du matin, Louis, Dauphin de France, mourut à Fontainebleau, âgé de trente-six ans, trois mois et demi, d'une maladie de langueur qui durait depuis fort longtemps. Toute la cour, qui y était depuis les premiers jours d'octobre, en repartit sur-le-champ pour Versailles. Le corps de ce prince fut ouvert et embaumé le mêmejour par le docteur Andouillet, l'un des chirurgiens du Roi. AL le duc de Fronsac lui tint
^4 Clairambault'Maurepas.
L'instant qui de sa vie avait marqué le terme. Seul il était tranquille en cet affreux revers, Tandis que de ses maux frémissait l'univers. Mais hélas ! il n est plus ! notre douleur, profonde, Nos pleurs, nos bras levés vers le maître du monde N'ont pu le garantir de cet arrêt du ciel Que le juste subit comme le criminel.
Maintenant, un tombeau que couvre un peu d'argile De l'espoir des Français est le dernier asile. On n'entend plus partout que leurs gémissements, Le cri du désespoir forme tous leurs accents ; Et la mort elle-même, en voyant tant de gloire, Pour la première fois a pleuré sa victoire.
EPIGRAMMES DIVERSES