‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 2)Chapitre 64 sur 173 · LES LANTERNES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES LANTERNES DE PARIS

Or écoutez, petits et grands, L'histoire d'un événement Qui va pour jamais être utile A Paris, notre bonne ville; Nous, nos neveux en jouirons; Les étrangers admireront.

Jadis vingt verres joints au plomb

Environnaient un lumignon

Qui, languissant dans sa lanterne,

Rendait une lumière terne :

Cela satisfit nos aïeux,

C'est qu'ils ne connaissaient pas mieux.

Parut un monsieur Rabiqueau, Lequel, en creusant son cerveau, Parvint par l'art du réverbère A renvoyer une lumière

I. « M. de Sartine, conseiller d'État et lieutenant général de police, s'est occupé depuis nombre d'année# du projet de mieux éclairer la ville de Paris pendant la nuit. Le problème n'est pas aisé à résoudre quand on ne peut pas y mettre l'argent nécessaire. Après bien des essais, ce digne magistrat s'est fixé à une espèce de lanternes à réverbère qui éclaireraient en effet fort bien, si elles étaient un peu

26 Clair amhault-Aîaurepas.

Avec laquelle à deux cents pas On lisait dans les Colombats^.

De police un ministre actif, A tout bon avis inventif, D'après cela forme en sa tête Son projet, et fait force enquête, Force essais pour trouver le bon, De la moins coûteuse façon.

Enfin il le trouve à souhait.

Mais après tout son calcul fait

De l'argent et de la dépense,

Calcul qu'exigeait sa prudence.

Il voit qu'il lui faudra douze ans;

Pour des Français c'est bien longtemps.

Sûr que cet établissement Aux Parisiens paraît charmant, Qu'on sent combien il est utile, Il propose un moyen facile D'en hâter l'exécution Par libre contribution.

plus rapprochées. Mais la pauvreté de la caisse publique exige qu'elles soient placées à une grande distance les unes des autres... Plusieurs habitants des principales rues se sont cotisés librement pour faire le premier achat de ces lanternes nouvelles, et pour en jouir dès à présent. » {Corresp. de Grimm.

I. Almanachs très répandus au xvill* siècle, et imprimés en petits caractères.

Année Ij68. ^2j

Afin de promptement jouir,

Aussitôt chacun d'accourir :

Ici ce sont les locataire?,

Là ce sont les propriétaires

Qui, pour voir la nuit en marchant,

Apportent de l'argent comptant.

Tout ainsi que les opulents, S'empressent marchands, artisans ; Chacun se dispute la gloire De ne plus avoir de rue noire ; Ce concours va rendre Paris Clair la nuit tout comme à midi.

Il en est qui disent : Tant pis !

Aussi sont-ils de Dieu maudits.

Les unes pour certaine affaire *, Les autres enclins à méfaire^, Gagnant tout par l'obscurité, Perdront tout par cette clarté.

Mais, en dépit d'eux, on louera En prose, en vers, on chantera L'illustre monsieur de Sartine ^,

Page 1