‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 1 sur 192 · EXPLOITS DE M. HÉRAULT · texte numérisé non relu

EXPLOITS DE M. HÉRAULT

Certes, c'est jouer trop gros jeu, Petit lieutenant de police1 :

Mal prend à qui s'en prend à Dieu.

Certes, c'est jouer trop gros jeu, La honte ici, là-bas le feu, De tes pareils est le supplice.

Certes, c'est jouer trop gros jeu, Petit lieutenant de police !

i. Les jansénistes ne ménagèrent pas leurs attaques au magistrat intègre qui exécutait scrupuleusement à leur égard les ordres de la cour. Ils croyaient d'ailleurs, comme l'affirme le marquis d'Argenson, qu'il provoquait les rigueurs du pouvoir : « Un petit M. Hérault, vil atome de Loyola, qui, avec quelque sorte d'éloquence, insinuait à ce vieux prêtre la crainte et l'espérance de la bulle Unigenitus, et lui faisait valoir comme actions dangereuses de haine les moindres reproches des jansénistes indépendants. »

Crottes, lanternes et catins,

Furent jadis ton seul office;

Tu quittes, pour vexer les saints,

Crottes, lanternes et catins;

C'est trop, pour plaire aux Girardins \

Contre le ciel d'entrer en lice.

Aussi scélérat que Mathan,

Sans foi ni loi, sans crainte aucune;

Homme plus fourbe que Satan,

Aussi scélérat que Mathan,

Le prêtre de Baal t'attend

Pour avoir part à sa fortune.

Ton Dieu fut ce vieux cardinal, Qui doit tomber en pourriture ; Suppôt du ministre infernal, Ton Dieu fut ce vieux cardinal, L'un et l'autre nés pour le mal, Tous deux l'horreur de la nature.

Apprends-nous quel est ton dessein :

Pourquoi fermer le cimetière2

i. Les jésuites, ainsi nommés à cause du père Girard (M.)

2. « Enfin, on s'est lassé du spectacle des convulsions de Saint-Médard, et le Roi, par ordonnance du 27 janvier, a ordonné que la porte du petit cimetière sera toujours fermée, qu'on n'y entrera que pour inhumations, et défenses de s'assembler autour et ailleurs, dans les rues.

Clair d-in b a a It-Ma u repas.

Où reposent les os d'un saint?

Apprends-nous quel est ton dessein Tu défends l'abord d'un terrain, Aux malades si salutaire.

Les miracles que fait Paris Ne sont pas de ta compétence, Et, sans rougir, tu les proscris, Les miracles que fait Paris ; Contre le saint tu te roidis.

Qui t'a donné cette licence?

Tu fais des projets merveilleux, Et rien n'échappe à tes lumières.. , Pour contenter des furieux, Tu fais des projets merveilleux.

Tu fouilles jusque dans les lieux, Les caves, les puits, les gouttières.

L'exil, la prison, le carcan, Sont les armes de ta malice.

Sous toi, l'on souffre injustement L'exil, la prison, le carcan.

maisons et pinces, à peine de désobéissance, de punition exemplaire. » (Corresp. de Marais) On sait qu'un plaisant écrivit sur le mur du cimetière ce distique railleur :

De par le Roi, défense à Dieu

De taire miracle en ce lieu.

Année l~32.

Ton tribunal est constamment Le tribunal de l'injustice.

Le jeune homme que tu surpris Rendit ta trahison publique, T'attira de nouveaux mépris.

Le jeune homme que tu surpris Sur le tombeau de saint Paris, Il a fait ton panégyrique l.

Un jour on lira tes exploits Gravés au temple de Mémoire ; Tu fais la guerre en mille endroits, LTn jour on lira tes exploits !

Sainte-Barbe 2, les Trente-Trois3, Saint-Médard t'ont couvert de gloire.

i. \J Abrégé chronologique raconte ainsi les faits rappelés dans ce couplet : « Martin Gontier, intimidé par les menaces de M. Hérault, signe contre sa propre conscience un procès-verbal dans lequel on lui fait dire que ses convulsions sont volontaires... Touché de sa faute, il retourne à Saint-Médard, et, en présence de plusieurs conseillers du Parlement et d'une multitude de peuple, il demande pardon à Dieu sur le tombeau du mensonge qu'il a commis chez le lieutenant de police ; il prie les assistants d'attester avec lui par leurs signatures la déclaration qu'il vient de faire. » — (Janr.)

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