‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 100 sur 192 · MONSEIGNEUR COLBERT · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR COLBERT

Dans ces jours de deuil et de crainte, Je viens me jeter dans ton sein,

compagnon du jeune Louis XV, qui goûtait fort ce gai et complaisant condisciple. Plus tard, il fut reçu dans l'intimité de la reine qui l'appelait le plus aimable des vauriens. Mais ses mordantes épigrammes et ses chansons malignes lui attirèrent de nombreux ennemis et l'empêchèrent d'arriver aux honneurs. Aussi alla-t-il vivre à la cour du roi Stanislas, à Lunéville, où il fut créé grand maréchal, et où il organisa l'Académie de Nancy, l'une des plus brillantes du XVIIIe siècle.

i. Charles-Toachim Colbert, second fils du marquis de Croissy (1667-1738), avait été grand vicaire de Rouen et agent général du clergé de France, lorsqu'il fut appelé en 1697 à l'évêché de Montpellier. Le jansénisme trouva en lui un de ses plus ardents défenseurs; il publia nombre d'instructions et de mandements sur les questions controversées qui contribuèrent à aggraver les querelles religieuses, et se montra l'un des plus fervents adeptes des miracles du diacre Paris. « Il est mort, dit Barbier, au grand regret du parti janséniste ; c'était un des chefs qui ne craignait ni menaces, ni récompenses, et qui était habile et honnête homme. »

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Foi pure ! religion sainte ! Inspire-moi ton feu divin.

Que vois-je ! nouvel Isaïe, L'ange d'un feu qui purifie Brûle mes lèvres et mon cœur, L'esprit saint possède mon âme, Me donne une langue de flamme; Ma voix est la voix du Seigneur.

Répondez, hommes infidèles, Coupables enfants de l'erreur ; Jusques à quand, à Dieu rebelles, Endurcirez-vous votre cœur; Vous ne respirez que vengeance, La fortune est votre espérance, La fureur, votre charité; Votre dogme, au lieu de science, Prêche à tout chrétien l'ignorance Et l'aveugle crédulité.

Par vous donc, aveugles ministres,

D'autres aveugles .sont menés,

Guidés par vos conseils sinistres,

L'un par l'autre ils sont entraînés ;

Réunis avec différence,

L'un suit la commode ignorance,

L'autre l'utile ambition ;

Pour vous, le nombre seul décide;

L'Évangile est un mauvais guide,

Ainsi que la tradition.

2i6 Clairambault-Maurepas.

O vous ! sacrés dépositaires, Ministres saints, unissez-vous; La foi, les conciles, les pères, S'arment et combattent pour nous.

Mais on saura bien leur répondre; Les preuves qui vont vous confondre Sont l'exil, les fers, la prison ; La doctrine émane du trône, La foi s'y décide et s'ordonne, Et la force fait la raison.

Défense digne d'une cause Qui combat la religion ; ' Aux vérités l'erreur oppose L'horrible persécution; Le monde aux siècles de Jérôme, D'Athanase et de Chrysostome, Se vit ainsi presque à rien ; Suivons donc cette trace auguste, Passer pour méchant, pour injuste, Aujourd'hui c'est être chrétien.

Vos destins, hommes magnanimes,

Par Dieu même ont été prédits;

Vous serez, quoique exempts de crimes,

Et calomniés et maudits.

Rendez au Roi l'obéissance,

Baisez la main qui vous offense,

Vos armes sont la charité,

Votre joie est dans la souffrance,

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Vos richesses dans l'indigence, Dans les fers votre liberté.

Quelle tempête formidable, Nous menace d'un triste SQrt, Colbert, cet homme irréprochable, A subi les lois de la mort. Que l'Eglise aux pleurs s'abandonne, La mort renverse une colonne Qui soutenait ses saints autels ; Colbert consacra tout pour elle, Ses biens, sa fortune, son zèle, Son temps, ses écrits immortels.

Pleure à jamais un si bon père, Peuple, cher objet de son cœur, Vois dans les mains du mercenaire La houlette de ton pasteur.

Les brebis, tristes et tremblan Eprouvent les fureurs sanglantes De quatre lions dévorants; Leur gueule, écumante de rage, Ne respire que le carnage Qu'ils désiraient depuis longtemps.

L'un, au teint blême, à l'œil larouche. Est lui seul plus cruel que tous ; L'écume coule de sa bouche, Il médite les plus noirs coup ; La vérité blesse sa vue, vi. 19

218 Clair ambault-Maur epas.

La vérité par lui battue, Doit céder aux plus vils talents ; Arrêtez, grand Dieu ! leur délire, Ils vont en un moment détruire Le bien formé depuis trente ans.

Seigneur, montrez votre visage, Faites triompher votre foi, Punissez le coupable outrage Qu'ils font à votre sainte loi; Les défenseurs de votre grâce Sont écartés de toute place ; Ils sont dans l'exil, dans les fers; La vertu paraît confondue, L'impie erreur est répandue Et semble inonder l'univers.

Vos paroles sont infaillibles,

Je vois paraître votre main;

Moins nous avons d'appuis visibles,

Plus votre secours est certain ;

Celui qui fixe aux eaux bornées

Des limites déterminées,

Sait bien arrêter les méchants;

Si l'homme manque au Dieu suprême,

A l'Église de Pierre même

Il suscitera des enfants.

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