LE DUC DE RICHELIEU
Lisette est faite pour Colin,
Et Colin pour Lisette ; Il est volage, il est badin;
Elle est vive et coquette.
Colin tolère ses rivaux,
Lisette, ses rivales.
1. « Mme de La Martellière, femme d'une beaulc recevait les vœux des gens de tous états. L'épce, la robe, la finance, étaient à ses pieds. Jusqu'alors elle jetait un regard satisfait mais indifférent sur ses adorateurs : Richelieu se mit sur les rangs et ce regard ne tarda pas à l'attendrir. L'Amour porta l'empreinte du bonheur sur une figure déjà céleste ; tous les rivaux de Richelieu en conçurent une douce espérance ; elle se réalisa pour lui
228 Cl air ambault-Maurep as.
Il prime parmi ses égaux; Elle, entre ses égales.
Lisette amuse mille amants,
Colin, toutes les belles.
Tous deux en amour sont contents
Et tous deux infidèles; Il est le plus beau du hameau,
Comme elle est la plus belle.
Colin ressemble au franc moineau,
Lisette, à l'hirondelle.
Sans soupirer et sans languir,
Ils amusent l'absence, Par les plaisirs du souvenir
Et ceux de l'espérance, Ou s'ils dissipent leur chagrin
Par quelque autre amourette, Lisette revient à Colin
Et Colin à Lisette.
seul. » Si la fidélité réciproque des deux amants ne fut pas de longue durée, ainsi que l'on peut en juger par une anecdote rapportée dans les Mélanges de Boisjourdain, du moins ils ne renoncèrent pas entièrement à leurs relations. « Les nouvelles maîtresses que faisait Richelieu n'étaient point un obstacle à ce qu'il continuât de voir les anciennes. Il y en avait même plusieurs pour qui il conservait une tendre amitié. Mme de La Alartellière était du nombre. Il la voyait souvent, malgré une maladie de langueur qui menaçait ses jours ; elle s'amusait de la gaîté de son ancien amant et du récit de ses aventures. » ( Vie privée de Richelieu.)
Année ij38. 229
S'il naît quelque dispute entre eux,
C'est un léger orage Qui bien loin de briser leurs nœuds,
Les serre davantage.
Quel tort pourraient-ils se donner,
Egalement coupables ?
Ali ! pour ne pas se pardonner,
Tous deux sont trop aimables.
Exempts de crainte et de soupirs,
Ils chérissent leurs chaînes.
D'amour ils goûtent les plaisirs
Sans en sentir les peines.
Amants, qui voulez être heureux,
Prenez-les pour modèle, Et n'imitez plus dans vos feux
La sotte tourterelle1.
Voici le jour solennel De Noël.
Un chacun va rendre hommage A cet enfant radieux,