BEAUX ESPRITS DU TEMPS
Jadis au café de Gradot 1, Houdart, exerçant la régence, Enseignait langage nouveau Et même donnait la licence Aux experts en fatuité, De parler avec indécence
i. Célèbre café littéraire du XVIIIe siècle qui partageait avec le café Procope la clientèle des écrivains, des savants et des artistes. Duclos lui a consacré dans ses Mémoires personnels quelques lignes intéressantes à transcrire :
« La Faye m'avait mené chez Gradot pour me faire connaître, me dit-il, le plus aimable des gens de lettres; et j'en jugeai comme lui. C'était Lamotte. Après avoir vécu dans les meilleures sociétés de Paris et de la cour, devenu aveugle et perclus des jambes, il était réduit à se faire
Année ij3S. 225
Des savants de l'antiquité.
Mais depuis que le siège vaque, L'aréopage est renversé, Ou plutôt métamorphosé En une espèce de baraque De suppôts et de colporteurs, D'écrivains, de petits auteurs, Oui poussaient le char du poète, Ou pour mieux dire sa roulette.
Figurez-vous donc un Cerdeau, Nom de chantres d'après Homère, Mais d'après un hardi cerveau, Oui, des Muses bravant le père, En voulut discorder les tons. On peut comparer le quadrille A la bande de violons De l'opéra de la Courtille, A qui les sots demandent bis; Et c'est assez le parallèle Du peloton de beaux esprits Dont nous connaissons la séquelle.
Voilà les héritiers d'Houdart :
porter en chaise au café de Gradot, pour se distraire de ses maux dans la conversation de plusieurs savants ou gens de lettres qui s'y rendaient à certaines heures. J'y trouvai Maupertuis, Saurin, Nicole, tous trois de l'Académie des sciences ; Melon, auteur du premier traité sur le commerce, et beaucoup d'autres qui cultivaient ou aimaient les lettres. Lamotte était le point de réunion de l'assemblée, et personne n'y était plus propre que lui par le ton de politesse qu'il mettait dans la discussion. »
22Ô C lairambault-Maurepas.
Sont-ils invités quelque part,
Ils vont par deux comme des moines,
Bien recordés de leurs antiennes,
Afin de mieux faire valoir
Le cru de leur petit savoir.
Le sort m'en offrit une paire,
Un jour en très bonne maison,
Où j'eus contre mon ordinaire,
Froid en assez chaude saison.
De l'un et l'autre compagnon,
Je comprenais peu le langage;
Du café c'était un jargon,
A mon avis pour tout potage ;
Et de tous deux, à juger bien,
Le langage ne disait rien.
Cependant, d'une voix hautaine,
J'entendis profaner le nom
De l'admirable La Fontaine,
Par eux mis en comparaison
Avec ce chantre à la douzaine,
Qui, par calotin mandement
Ecrit en grippe-minaudière
Et délivré par la chatière,
Reçut le brevet d'intendant
De la musique des gouttières '.
Ah! que Momus aura d'affaires
Parmi vos têtes à l'évent !
Dis-je à tous deux en m'en allant.
i. Paradis de Moncrif.
Année ij38. 227
Vous êtes de son apanage Dignes de sonnette et grelots, Dont je pense que le tapage Me plairait encore plutôt Que l'insipide badinage De vos misérables bons mots.