‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 126 sur 192 · EPITRES A MONSIEUR BARJAC · texte numérisé non relu

EPITRES A MONSIEUR BARJAC

Pensant ainsi que Diogènes,

Je voudrais bien, dans mon réduit,

Pouvoir contempler jour et nuit

Cet homme qu'aux plages d'Athènes

Il chercha toujours vainement

Et qu'aux rivages de la Seine

Il eût trouvé réellement.

I. Pour lui demander l'estampe de M. le cardinal Fleury, que le sieur Barjac fait graver à ses frais. (M.)

« Barjac était le valet de chambre du cardinal, et conséquemment le ministre de ses plaisirs et le confident de ses peines. Il connaissait à merveille les faibles de son maître et savait les saisir ; il les caressait de la façon la plus adroite. Ce fut lui qui, peu de temps avant la mort de ce nonagénaire, eut la galanterie recherchée de le faire souper un jour des Rois avec douze convives de la cour, en hommes et en femmes, plus âgés que lui ; en sorte que, comme le plus jeune, il fut obligé de tirer le gâteau. Avec une adulation aussi fine et aussi soutenue, Barjac ne pouvait manquer d'être très avant dans la faveur de Son Éminence. Il était le canal de toutes les grâces intérieures, et principalement de celles de la finance, dont une partie refluait sur lui ; en sorte qu'il se trouva puissamment riche à la mort de son protecteur. » (Vie privée de Louis XV.) On trouve dans les Mémoires de Richelieu d'amusants détails sur ce valet de chambre original.

260 C l airambaul t-Maurepas.

Jadis prétendre à son suffrage Etaic un ridicule espoir; Alexandre ne put l'avoir, Il n'était réservé qu'au sage.

Quoique je ne sois aujourd'hui Qu'un philosophe subalterne, Sans avoir besoin dé lanterne Je l'aurais trouvé comme lui.

S'"re Barjac, par aventure, Auriez-vous dans certain tiroir, Cette héroïque pourtraiture Pour en décorer mon manoir ?

Si devant vous je trouve grâce, Sire Barjac, je vous promets Une guirlande du Parnasse Qui ne se flétrira jamais.

Et même portant mon hommage, Chaque jour au pied de l'image, De l'encens qu'offrirait ma main Vous pourrez avoir quelque grain, Avec raison, puisque la gloire Dont nous couronnons les héros, En éternisant leurs travaux Nous fait partager leur mémoire.

Je quitte Monsieur Barjac, Dont est bien garni le bissac, De me faire don du tableau

Année ij3g. 261

De son porte-rouge-chapeau ; Je trouverais beaucoup plus beau Que la Parque, avec son ciseau, Couchât dans le creux du tombeau Cet insupportable museau Auquel de Paris jusqu'à Pau Tous les mortels font pied de veau; Puisse Caron, de son bateau Le noyer dans le fond de l'eau Du Styx, et la noire Alecto, Armée de son brûlant flambeau, Ardre violemment le boyau De ce grand sire friponneau ; Que Cerbère saute au morceau Dont autrefois ce vieux ribaud, En joli galant damoiseau , Chatouillait la jeune Isabeau.

Présentement, de beau joyau Devenu sale , orde 1 tuyau , Que La Peyronie2, Chicoyneau3, Ajustent avec plumaceau, Tirons là-dessus le rideau.

1. Vieux mot qui désigne une chose excitant le dégoût et l'horreur par la saleté.

2. François Gigot de La Peyronie, célèbre chirurgien français (1678-1747), démonstrateur au jardin du Roi, premier chirurgien de Louis XV et président de l'Académie de chirurgie qui avait été créée sur sa proposition.

3. François Chicoyneau (1672-1752), gendre de Chirac, était médecin des enfants de France, lorsqu'il fut appelé au poste de premier médecin du Roi.

>Ô2 C l airambault-AIaurepas.

Qu'il descende au sombre caveau, Sisyphe portant son rouleau, Le conduira dans le fourneau Où les diables faisant cadeau Plumeront ce dur pigeonneau, Et sous le joug tiendront le traître , Ainsi qu'il a fait son maître.

EPIGRAMMES DIVERSES

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