‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 135 sur 192 · LES AFFAIRES DU TEMPS · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES DU TEMPS

Que notre vieux préfet Fleury Régente toujours, ou qu'il crève, Et que son disciple Louis Chasse, chevauche et puis s'abrève:

Ah ! le voilà, ah ! le voici, Celui qui en est sans souci.

Que la benoîte Leczinsky Marmotte dans son oratoire, Ou qu'elle prenne un favori Qui la fasse danser et boire;

Que le pauvre duc d'Orléans Épouse sainte Geneviève1,

i. « Il passe sa vie à Sainte-Geneviève dans les plus petites pratiques de dévotion. Il va faire le catéchisme aux enfants avec les prêtres de Saint-Etienne. Il suit les moindres processions. Il travaille à la critique de l'Ecriture sainte. Il ne lui suffit pas d'être saint ; il faut encore qu'il sanctifie les autres. Aussi, voudrait-il être évêque pour le moins. Il croit que Dieu l'a appelé à la conversion des hommes, et ne veut pas manquer à sa vocation... Il va passer des heures entières à Sainte-Geneviève, à causer avec des pères érudits, sur un passage hébreu ou chaldéen, sur la ponctuation d'un verset de la Bible. En ce moment il travaille à bien fixer la situation du paradis terrestre. » (Mém. du marquis d'Argenson.)

Année IJ-/.0. 279

Qu'il soit cagot, qu'il soit galant, Ou qu'il devienne un petit miève ;

Que Noailles, le maréchal, A l'armée ne voie que colonnes, A la cour trottant bien ou mal, Qu'il ne soit aimé de personne ;

Que ce franc fripon Chauvelin Reste à Bourge, ou vienne à Versailles, Qu'Orry le dur fasse sa main, Qu'il rende gorge et puis s'en aille ;

Que le pontife Vauréal Présente aux belles son offrande; Que d'Auvergne, le cardinal, A tous les c... mette une amande.

Que le sublime Châtillon *, Soit gouverneur du fils de France, Pour la rime, mais sans raison, Et qu'il en ait la préférence.

Qu'Asfeld, le triste maréchal, Ait génie autant que naissance,

I. Alexis-Madeleine-Rosalie, dit le comte de Châtillon, (1690-1754) ancien colonel d'un régiment de dragons, chevalier des ordres et lieutenant général, avait été nommé gouverneur du Dauphin, le 15 novembre 1735. Un an après, il fut créé duc et pair, et sa baronnie de Mauléon fut érigée en duché-pairie de Châtillon.

280 Clairambault-Maurepas.

Qu'il soit à jamais glacial Et de pédantesque prestance.

Que Belle-Isle, l'audacieux 1, Fasse fortune ou qu'il la manque, Que son frère le ténébreux2, Soit près de lui agent de banque ;

Que la belle et douce Clermont Perpétue sa tendre constance, Ou qu'ennuyée de son Nazon 3, Elle en fasse entrer autre en danse;

Que la princesse Charolais Mette vieux attraits en campagne, Qu'elle se mouche avec les doigts Faute d'outil qui l'accompagne.

i. Charles-Louis- Auguste Fouquet, comte, puis duc de Belle-Isle, maréchal de France et membre de l'Académie française. « Ce n'est ni un esprit supérieur, disait de lui le marquis d'Argenson, ni un homme d'imagination ; c'est un esprit juste, précis, grave, s'exprimant avec netteté et avec force. Ses succès viennent de ce que toute sa maison est une machine bien montée. Son frère, avec du sens, de la sagesse, de l'activité, lui est extrêmement subordonné et dévoué. Il le soulage de tout le détail. »

2. Louis-Charles-Armand Fouquet, dit le chevalier de Belle-Isle. « Il passe pour être la Minerve de son frère. On se trompe ; le cadet, bien loin d'inspirer des vues à l'aîné, ne joue près de lui que le rôle de modérateur ; il le contient autant qu'il peut. Pédant, circonspect, rétréci dans ses vues, sa première vertu est son amour pour son frère. » (Me'm. du marquis d'Argenson.)

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