‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 5 sur 192 · L'ENTREE DU NONCE · texte numérisé non relu

L'ENTREE DU NONCE

Mon Dieu ! la pitoyable entrée Que le nonce a fait aujourd'hui !

i. Il est dit dans les Mémoires de Richelieu que Maurepas composa cette chanson à l'instigation du cardinal Fleury, pour amuser les Parisiens et rendre ridicule un Parlementaire victime de son courage et de son patriotisme.

2. « M. d'Elcy, nonce du pape, fit son entrée à Paris le 4 août. Cette entrée avait été différée de plus d'un mois par rapport aux affaires du Parlement dont la cour de

n née i 7 j> 2 .

Hors deux ou trois grandes livrées, Le reste était terne et flétri.

Les chevaux sont de franches rosses Qu'on a couverts de vieux harnois, Et l'on voit bien que les carrosses Ont déjà servi plusieurs fois.

Les rubans et les festons même Sont si fanés et si crasseux, Que l'on a cru voir de Bohême Venir une bande de gueux.

Eh quoi ! de la part du Saint-Père, Qui reçoit tant d'argent de nous, Envoyer ce traîne-misère !

C'est donc le pays des grigous.

Il est venu, dit-on, en France, Pour ranger l'État sous ses lois; Mais du Parlement la prudence Saura lui donner sur les doiçts '.

Rome craignait l'issue, car le peuple était pour le Parlement contre la cour de Rome. » (Mém. de JÎaurepaj.)

1. « M. le nonce, dit Marais, donne ici des permissions de lire toutes espèces de livres, hérétiques ou autres, prohibitos et damnatos ; il permet aussi de lire ceux qui sont in judicio romano. Mais, le lendemain de son entrée, il y a eu un arrêt du Parlement qui a supprimé ses permissions et fait défenses d'en obtenir, comme contraires aux droits des ordinaires et aux maximes et usages du royaume. »

Clairambault-AIaurepas.

Alors on lui dira : Pauvre homme, Vous vous êtes cassé le nez, Vous vouliez l'Inquisition de Rome, Jamais vous ne l'établirez.

A Malte, vous prîtes la fuite ' Afin d'éviter le gibet Qu'un juge comme vous mérite Quand il condamne sans sujet.

Vous ne parlez que de potence 2 Ou d'autres supplices divers !

Jésus souffrait en patience, Et vous tourmentez l'univers.

Des jésuites la compagnie Vous inspire ses sentiments, C'est du royaume l'ennemie, Le fléau des honnêtes gens.

i. « II avait été ci-devant inquisiteur du pape à Malte, où il voulut visiter les hôpitaux de la nation française, ce que nul de ses prédécesseurs n'avait osé entreprendre. La nation s'y opposa de telle manière qu'il n'osa passer outre, craignant qu'elle n'exécutât à son sujet la menace qu'elle avait faite de le jeter dans la Méditerranée. Le cardinal de La Trémoille, qui était en ce temps-là chargé des affaires du Roi à Rome, en porta des plaintes au pape, et lui dit que, s'il voulait revoir son inquisiteur, il devait le retirer de Malte, ce qui fut cause de son retour. » (Mém. de Maurepas.)

2. « Ce nonce est entreprenant ; il a demandé s'il n'y avait pas de pontences pour le Parlement. » [Corresp. de Marais?)

Année i~32.

Plus on vous voit et considère, Plus on connaît à vos- vertus Que vous êtes venu sur terre, Animé par Philotanus 1.

Si ce démon un jour se lasse, A force de faire du mal, Mettez un jésuite à sa place, En ce genre il est sans égal.

Tel nonce est une sainte ruse De l'esprit de Sa Sainteté, Afin que l'on se désabuse De la noire société.

Le nonce enfin est arrivé, C'est un esprit bien mal tourné, Un homme d'assez basse mine, Vindicatif, fier, ignorant, Et qui, sans pouvoirs, s'imagine Décider souverainement.

i. Philotanus est le titre d'un poème satirique de l'époque, relatif aux querelles religieuses et dirigé contre les jésuites. Il avait pour auteur l'abbé de Grécourt.

14, C l airambault-AIaurepas.

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