PARLEMENT AU ROI
Daignez, grand Roi ! daignez écouter la requête
Des magistrats en pleurs à qui ma voix se. prête;
Hâtez-vous d'arracher de fidèles sujets
A la fureur des gens ennemis de la paix ;
Si vous êtes puissant, vous n'êtes pas moins juste,
Ecoutez un moment votre Sénat auguste,
Sa sagesse éprouvée, et son zèle éclairé,
Ne laissent point penser qu'il se soit égaré ;
Il se voit outragé pour vous être fidèle.
I. Pour mettre un terme aux perpétuelles incursions du Parlement dans le domaine politique et religieux, le cardinal Fleury envoya, le 20 août, aux magistrats, une déclaration du Roi qui les dépouillait en partie de leur droit de remontrances et limitait leur action dans les appels comme d'abus. Malgré les instances du Parlement, cette déclaration fut enregistrée le 3 septembre, à Versailles, dans un lit de justice auquel les magistrats furent tenus d'assister en robes rouges. Le lendemain, le Parlement rendit un arrêt qui frappait le lit de justice de nullité, et décida qu'il serait adressé au Roi de nouvelles remontrances ; les Chambres devaient rester assemblées pour attendre la réponse du Roi. En cet. état de choses, l'exil pouvait seul triompher de l'obstination desrobins; Fleury le comprit et n'hésita pas.
Année iy32. 15
Un faux jour vous le montre indocile et rebelle :
Mais tel qu'il fut toujours, n'est-il pas aujourd'hui
Du trône de ses rois l'inébranlable appui ?
S'il élève sa voix, s'il s'arme de constance,
C'est pour sauver l'Etat, c'est pour votre défense.
Dans le temps qu'il paraît braver votre pouvoir,
Il ne fait qu'obéir aux lois de son devoir.
Voyez tout par vos yeux, défiez- vous d'un homme
Qui veut vous asservir à l'empire de Rome,
Cessez de vous livrer aux conseils effrénés
D'un ministre séduit par des gens forcenés,
Et n'allez plus, au gré d'un frivole scrupule,
Vous immoler vous-même aux termes d'une bulle,
Qui, favorable aux vœux des pontifes romains,
Veut leur assujettir le maître des humains, .
Et répand plus de maux, du couchant à l'aurore,
Que jadis aux mortels en apporta Pandore;
Rendez-vous aux clameurs des peuples gémissants,
Confondez les complots des brouillons croassants :
De ces pestes de cour repoussez l'insolence,
De leurs dogmes pervers réprimez la licence;
Par là vous remontez à la source d'un mal
A l'Eglise, à l'Etat également fatal ;
Et vous verrez la paix si longtemps exilée
Dans nos champs désolés pour jamais rappelée,
Ainsi vous sauverez les dogmes de la foi
Et régnerez sur nous, plus en père qu'en Roi.
Clairambault-Maurepas.