‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 67 sur 192 · Riche juif, amant de la Pélissier. (M · texte numérisé non relu

Riche juif, amant de la Pélissier. (M

142 Cla i r amb a u 1 1 - Al a u r e p a s .

Soûlait au moins la sollacier De maints louis, maintes pistolcs.

, De maints diamants et girandoles; +■ Le vit-on, de mauvaise humeur,

Contre Languet*, digne pasteur, Qui pour rétablir la concorde Entre ces deux cœurs désunis, Leur promettait miséricorde S'il avait sa part des louis?

Quand on vit Bouillon la duchesse Se donner au sieur de Sourdis En troc de l'abbé de Châlis -, Sans simonie et par tendresse, Pour l'échange de Camargo3.

Vit-on attacher le grelot Par notre prélat débonnaire?

L'on vit, l'on voit tout le contraire Ce bon prélat ne dit un mot ; Cependant le tendre quadrille Va son train, le troc se maintient; Sa constance surprend la ville, Edifie, et c'est un grand bien, Tel exemple n'est pas facile

1. Curé de Saint-Sulpice. (M.) — Cf. sur cette affaire. tome V, p. 228-234.

2. Le comte de Clermont était abbé de Châlis. Les deux amants firent échange de leurs maîtresses. (M.)

3. Marie-Anne Cupis de Camargo, célèbre danseuse de l'Opéra, où elle avait débuté en 1726, devint en 1733 la maîtresse du comte de Clermont.

Année i 736

JJO. 143

A trouver en ce temps maudit.

Sourdis de sa moitié jouit, Pour l'abbé seul Camargo danse, Elle seule a part à sa manse.

Voit-on les abbés d'aujourd'hui Faire semblable résidence?

Qu'ils prennent ces leçons de lui.

Pluralité de bénéfices N'étonne plus son cœur loyal, A tout maint titre abbatial.

Il faut faire plusieurs offices.

Des cordeliers le plus féal, Xe tiendrait à tant d'exercices.

Chacun n'en a point le mo}^en, Au demeurant il pourrait bien Etre que le bref de dispense Emané de la papauté Portant compatibilité De la cuirasse avec la manse, Contiendrait aussi l'indulgence De l'usage d'une beauté! Quoi qu'il en soit, la tolérance, Dans un cas de nécessité, Sied bien parfois aux gens d'Eglise.

Du Luc aussi point ne s'avise De croasser ni de crier :

Malheur à qui nous scandalise !

Mais l'évêque de Montpellier Pour un rien anathématise.

Sait-il si monseigneur n'est pas

144 C lair ambaul t-Maurepas.

L'époux de la sœur Petitpas ?

Qu'il le demande au vieux Destouche,

Oui pour les mettre chaque soir

Dedans la nuptiale couche

Fit l'office d'eunuque noir.

Ils sont époux, je le proteste,

Car c'est moi qui les ai conjoints,

Et l'extrait en est manifeste,

Arlequin et Tribou témoins 1.

Au commencement de leur flamme,

Rodillardus de Paradis 2

Miaula leur épithalame,

En galant fait à cette gamme,

Et le jettonnier de Genlis3,

Autre automate académique,

Au dîner pour quatre louis

Vint lire son panégyrique,

Ainsi que soûlait l'embrion.

Si je n'ai pas dans mon Mercure,

Visé par Martin Hardion4

i. Amis de Bonnier, qui a été parrain d'une fille d'Arlequin. Depuis lors Arlequin mangeait souvent chez lui et était témoin de son amour pour la Petitpas. (M.)

2. Paradis de Moncrif , qui a fait en vers Y Histoire des chats. (M.)

3. L'abbé Seguy lisait son Panégyrique de saint Louis dans les maisons, et l'on faisait • une quête pour lui. L'Académie française lui a procuré l'abbaye de Genlis pour le faire vivre. (M.)

4. Martin Hardion, réviseur du Mercure, ci-devant précepteur des enfants de M. de La Chapelle, secrétaire du conseil de marine. (M.)

Année ij3Q. 145

Enregistré cette union, Qu'on n'en tire mauvais augure.

Le marquis tient ses nœuds secrets Par la peur que les Cadenets ' N'aillent dans leurs humeurs revêches Lâcher sur lui leurs pies-grièches 2.

Mes chers frères, mes chères sœurs, Quand quelque prélat trop sévère Troublera la paix de vos cœurs, Riez de sa morale austère, Appelez-en comme d'abus.

Vous avez le Committimus Au grand pontife de Cythère.

Donné dans notre cul -de-sac L'an que le malin Desfontaines 3, Pour avoir tancé le micmac D'un des chefs 4 de la Quarantaine, Courut et court la prétantaine De nuit comme un vrai loup-garou, Pour faire entériner sa grâce,

1. Michel-Ferdinard d'Albert d'Ailly, duc de l'équigivy, puis duc de Chaulnes, membre de l'Académie des sciences (17 14-1769), avait épousé Anne-Josèphe Bonnier. qui le ruina et le fit mourir de chagrin. — On veut parler des ducs de Luynes, de Chaulnes, de Péquigny, dont la fortune n'est venue, sous Louis XIII, que par les pies ou pies-grièches qu'un Luynes, dit-on, aurait dressées et dont il fit présent à ce prince. (M.)

2. Ce sont ici les duchesses de Chaulnes et de Péquigny dont il est question.

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