‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 80 sur 192 · DISGRACE DE CHAUVELIN · texte numérisé non relu

DISGRACE DE CHAUVELIN

Ce fut de février le vingt Que dès sept heures du matin

I. Chauvelin, que le cardinal Fleury avait honoré de la double fonction de garde des sceaux et de secrétaire d'État des affaires étrangères, avait su se créer un puissant parti à la cour. Secrètement encouragé par M. le Duc il comptait remplacer à courte échéance le cardinal Fleury, qui devenait chaque jour plus incapable de gouverner, lorsque une brusque disgrâce vint ruiner ses espérances.

« Les courtisans jouèrent un tour de leur métier au garde des sceaux, ou plutôt à M. le cardinal. On lui persuada que l'héritier désigné de sa place se lassait d'attendre, brûlait du désir de posséder son héritage et était capable de lui donner des dégoûts pour l'obliger à le lui abandonner. Il chercha à approfondir si ce qu'on lui avait dit était vrai, et je crois bien qu'on lui en donna quelques preuves; ce qui n'était pas fort difficile. Mais il oublia qu'il avait plus de quatre-vingts ans, qu'un second lui devenait de jour en jour plus nécessaire, et que, sans cet

Clair dmbault- Maurepas.

On vit galoper Maurepas '.

Alléluia.

La joie éclatait dans ses yeux, Avec un ris malicieux Chez le Chauvelin il entra.

Lorsque celui-ci l'aperçut

Tout perplexe et tremblant il fut ;

De son malheur il se douta.

L'autre lui dit en quatre mots :

Le Roi redemande les sceaux; Ce coup de foudre l'accabla,

appui, il allait être le jouet dès intrigues; que dans le courant même des affaires ordinaires il n'aurait plus personne qui lui indiquât des expédients, et dont il pût faire ce qu'on appelle son bras droit. Il s'imagina qu'il se vengeait d'un traître, et il perdit un homme qui lui était nécessaire. » {Mémoires du marquis d'Argenson.)

I. « Le mercredi 20, à sept heures du matin, M. de Maurepas arriva chez M. Chauvelin, étant porteur d'une lettre de cachet, à ce qu'on dit écrite de la main du Roi, par laquelle^il demande la démission de ses charges de secrétaire d'Etat des affaires étrangères, de garde des sceaux et de vice-chancelier, ce qu'il signa apparemment. Il demanda à M. de Maurepas s'il pouvait aller parler àMmcde Chauvelin ; il lui permit. Il monta en haut, la ht réveiller, et lui dit seulement : M. de Maurepas est là-bas ! Elle entendit fort bien ce que cela voulait dire. M. de Maurepas fut longtemps à causer avec lui. M. Chapelle de Jumilhac, officier des mousquetaires, entra avant huit heures, qui lui montra l'ordre qu'il avait de le conduire à Grosbois, sa terre, à sept lieues de Paris. » {Journal de Barbier.)

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Sans répondre ni oui ni non, Revenu doux comme un mouton, Il les prit et les lui donna .

Lorsque Maurepas fut dehors Chapelle-Jumilhac parut alors, Ce fut le diable celui-là.

Il faut tout à l'heure avec moi Venir, lui dit-il, à Grosbois *, Mon escorte vous conduira. —

Ah ! permettez-moi, par pitié,

De dire un mot à ma moitié,

La pauvre enfant, elle en mourra. —

Quand la bonne dame eut ouï Le triste sort de son mari, A la renverse elle tomba.

Elle se tirait les cheveux Et jetait des cris douloureux, Quatre fois elle se pâma;

1. Chauvelin avait acheté le domaine de Grosbois en 1731 au président Bernard de Rieux, fils de Samuel Bernard. Il lui coûta 400,000 livres avec les meubles du château. « Il se vante, dit le marquis d'Argenson, d'avoir payé cette terre au-dessus de sa valeur, par suite d'un certain amour local qu'il avait pour cette maison qu'il fréquentait de jeunesse, lorsqu'elle appartenait à M. de Harlay. »

vi. 15

i yo Clair ambault- Ma u r ep a s.

Mais c'était inutilité, Malgré son air et sa fierté Il fallut en passer par là.

Or est-il qu'il est à Grosbois Dépouillé de tous ses emplois.

Longtemps, je pense, il y sera '.

Cet événement dans Paris A réjoui grands et petits, A l'envi chacun y chanta.

Tout le monde le haïssait, Car ce beau monsieur regardait Tout le monde du haut en bas 2.

1. Chauvelin disgracié ne devait plus reparaître à la cour ; de Grosbois il fut exilé à Bourges, puis après la mort du cardinal à Issoire et enfin à Riom. Il rentra à Paris en 1747, où il mourut oublié, le Ier avril 1762, âgé de soixantedix-huit ans.

2. Nous retrouvons aussi dans le Journal de Barbier un écho de cette opinion : « Chauvelin était fort haut, et on se fait bien des ennemis en voulant dominer sur les autres par caractère. » Mais l'auteur de la Vie privée de Louis XV se montre plus indulgent et peut-être plus équitable pour le ministre disgracié. « U cherchait, dit-il, à se rendre agréable à tout le monde ; il ne refusait que ce qu'il lui était impossible d'accorder, et toujours avec une politesse affectueuse, presque équivalente aux grâces ; il accueillait les gens de mérite, il protégeait les beaux-arts; il était aimé et estimé des étrangers, qui sortaient d'auprès de lui toujours contents, toujours enchantés. » Le témoignage du marquis d'Argenson n'est pas moins favorable sur ce point à Chauvelin.

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Je yeux, par curiosité, Aller à Grosbois cet été, Pour voir la morgue qu'il aura.

Et vous, monsieur le cardinal, Oui ne fîtes jamais de. mal, Tout bon Français vous bénira.

De Mars ayant banni l'erreur

Il ne vous manquait, Monseigneur,

Que de chasser ce fripon-là.

Vous l'avez fait, Dieu soit loué ; Le ciel, pour vous récompenser, Vivre cent dix ans vous fera.

Ainsi soit-il ! le chansonnier Le souhaite tout le premier Et toujours le souhaitera.

Convaincus que nous sommes tous, Tant que vous serez parmi nous, Que tout en France fleurira.

Alléluia.

172 Clairambaul t-AIaurepas.

LES

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