FUNÉRAILLES DE CHAUVELIN
Chauvelin, remplissant son sceau, Est tombé ce matin dans l'eau.
Loin de le sauver du naufrage, Chacun en rit sur le rivage ; D'Aguesseau le voyant noyé A pris le sceau et s'en est allé1.
Son corps aussitôt fut porté Dans un bois pour être enterré.
Les hermites du voisinage 2 Furent tous l'attendre au passage
1. «M. de Maurepas, dit Barbier, est sorti avec les sceaux et les hoquetons qu'il a portés à Issy pour rendre compte de ce qui s'était passé ; il les a reportés ensuite au Roi à Versailles, qui les a fait reporter à midi à M. le chancelier d'Aguesseau. » Ce magistrat recevait ainsi les sceaux pour la troisième fois. Il les avait eus d'abord en 1717, à la mort de Voisin. En 1718, on les lui ôta pour les donner à d'Argenson ; puis on les lui rendit jusqu'en 1722, époque où ils passèrent entre les mains de M. d'Armenonville. Chauvelin les reçut en 1727 et d'Aguesseau les reprit en 1737 pour les garder jusqu'au 27 novembre 1750; c'est alors qu'il donna sa démission.
2. Les Camaldules, qui avaient un monastère près de Grosbois.
Année i/3j. 17}
Avec la croix, le bénitié, En chantant le Dies irœ !
Deux saintes dames de Paris,
La Carignan et la ContD,
Vinrent pleurer dessus sa tombe
Disant : Rien n'est stable et tout tombe ;
Et le cœur navré et contrit
Lui dirent un De Profundis !
Les échos des bois d'alentour, Touchés, répétaient tour à tour, La triste et dévote prière Par où finit notre carrière ; Le tout enfin fut terminé Par Requiescat inpacc.
Après avoir, par sa prudence, Au gré de nos plus tendres vœux, Chassé la guerre de ces lieux, Fleury pouvait-il mieux Signaler sa puissance, Que de bannir le boute-feu 2,
1. La princesse de Conti, seconde douairière, et la princesse de Carignan allèrent rendre visite au ministre disgracié, quelques jours après son arrivée à Grosbois.
2. Barbier écrit, à propos des intrigues de Chauvelin : « Il a toujours eu son intérêt particulier de faire durer la
vi. 15.
1 74 C l air ambault- Mail repas.
Qui s'est fait un perfide jeu De troubler le repos dont jouissait la France,
Dans la guerre et la finance
Il était ordonnateur,
Et maintenant sa grandeur
Est réduite à l'ambulance.
.Ce sont des traits du destin
Que l'on voit souvent en France:
Tel fut aussi haut qu'un pin
Oui n'est plus qu'un arbre nain.