‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 82 sur 192 · LES FRANCS-MAÇONS · texte numérisé non relu

LES FRANCS-MAÇONS

Des francs-maçons, Chantons le mérite et la gloire,

Des francs-maçons ; Ce sont de fort jolis garçons,

guerre, pour, au défaut du cardinal, être l'homme nécessaire pour continuer de travailler avec le Roi et pour occuper la première place du ministère. »

i. « Nos seigneurs de cour ont inventé tout récemment un ordre appelé des Freemassons, à l'exemple de l'Angleterre où il y a ainsi différents ordres particuliers ; et nous

Année ij3j. 575

Qui ne s'unissent que pour boire; Là se réduit tout le grimoire Des francs-maçons.

L'égalité,

Chez eux préside en souveraine;

L'égalité Charme de la société, Et par une suite certaine, L'aimable liberté qu'amène

L'égalité.

ne tardons pas à imiter les impertinences étrangères. Dans cet ordre-ci étaient enrôlés quelques-uns de nos secrétaires d'État et plusieurs ducs et seigneurs. On ne sait quoi que ce soit des statuts, des règles et de l'objet de cet ordre nouveau. Ils s'assemblaient, recevaient les nouveaux chevaliers, et la première règle était un secret inviolable pour tout ce qui se passait. Comme de pareilles assemblées aussi secrètes sont très dangereuses dans un Etat, étant composées des seigneurs, surtout dans les circonstances du changement qui vient d'arriver dans le ministère, M. le cardinal de Fleury a cru devoir étouffer cet ordre de chevalerie dans sa naissance, et il a fait défense à tous ces messieurs de s'assembler et de tenir de pareils chapitres. » {Journ. de Barbier.)

Barbier a tort de considérer la franc-maçonnerie comme une invention des seigneurs de la cour ; c'était une importation d'origine anglaise. L'ordre des francs-maçons, que l'on fait d'ordina'ire remonter à Hiram, architecte du temple de Salomon, ne fut introduit en France que vers 1725 par des Anglais, qui fondèrent la première loge dans la maison d'un cuisinier de la rue des Boucheries. C'est l'élection du grand-maître en 1737 qui appela sur l'ordre l'attention de la police et provoqua l'interdiction prononcée par le cardinal de Fleury.

ij6 Clairambault-Maurepas.

Sans nul égard Du haut rang ni de la noblesse,

Sans nul égard De la science ni de l'art, Ce n'est qu'en frère et par tendresse Que l'un à l'autre on s'intéresse,

Sans nul égard.

Contre eux pourtant, Il est un point qui m'indispose

Contre eux pourtant ; C'est ce secret qu'ils vantent tant.

11 faut être, amis, bouche close; Mais trop d'excès fait que l'on glose

Contre eux pourtant.

Dans leurs repas, Demandez-leur ce qui se passe

Dans leurs repas, Choses qui ne se disent pas; Preuve, dit-on, que la fricasse Ne tient pas la première place

Dans leurs repas.

Hé ! Qu'est-ce donc ?

Demande-t-on avec surprise,

Hé! Qu'est-ce donc?

Semblable secret ne fut onc, Si ce n'est pas en donnant prise; Pour éviter une méprise,

Hé! Qu'est-ce donc?

Année ij3j. 177

Sous ce secret, Que d'horreur chacun imagine

Sous ce secret; C'est bien à tort être discret. Moi-même, plus je l'examine, Plus je trouve mauvaise mine

Sous ce secret.

De leur destin, Si l'on faisait juges les dames

De leur destin, Ils auraient bientôt triste fin, Par elles condamnés aux flammes; Bientôt riraient les saintes âmes

De leur destin.

Par trop d'excès, C'est pourtant être ridicule

Par trop d'excès, Que de faire ainsi leur procès, Quand rien contre eux on n'articule ; Tout jugement contre eux s'annule

Par trop d'excès.

En gens sensés, Le reproche qu'on peut leur faire,

En gens sensés, C'est qu'ils ne le sont point assez.

En se piquant d'un grand mystère, Eux-mêmes n'ont pas su se taire

En Gfens sensés.

178 Clair ambault-M aurepas.

Quoi qu'il en soit, Pour eux je me réconcilie,

Quoi qu'il en soit; C'est assez qu'avec eux l'on boit ; Je fais plus, si l'on m'en défie, Avec eux soudain je me lie,

Quoi qu'il en soit.

En gens d'esprit, Ils se servent d'une chimère

En gens d'esprit, Pour fournir à leur appétit.

Dupés, ils dupent maint confrère, Et par là font souvent grand'chère,

En gens d'esprit.

Qu'est-ce, en effet, Que toute leur forfanterie ?

Qu'est-ce, en effet, Que ce mystérieux objet D apparente maçonnerie?

Si ce n'est pure momerie,

Qu'est-ce, en effet ?

Cet appareil De gants, tabliers et truelles,

Cet appareil D'ordre, de signes, de conseil, D'un sot enchante la cervelle, Presque on dirait qu'il ensorcelle

Cet appareil.

A un ce i yjj . 179

Ainsi grossit, Cette nouvelle confrérie

Ainsi grossit; Contre elle échouerait un édit.

Tout abus, quoique l'on en crie, Fondé sur l'humaine folie,

Ainsi grossit.

Chers francs-maçons, Si je vous blâme en apparence,

Chers francs-maçons, Vous n'êtes pas moins bons garçons.

Vous savez vous remplir la panse; Ce seul trait de tout vous dispense,

Chers francs-maçons.

Conclusion, Si je vous taxe d'un vain leurre,

Conclusion, Ordonnez ma réception ; En me rendant au jour, à l'heure, Pourrais-je vous donner meilleure

Conclusion ?

Clairamhault-MaUrepds.

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