I. C'était alors Charles-Louis de Froulay de Tessé
Année Ij3y. 191
Excite du fracas.
Pour trouver sa béquille, L'archevêque de Vienne ' Est aussi dans ce cas, Il a perdu la sienne; Jugez quel embarras !
Le prélat consterné Partout la redemande.
Et parmi son clergé Surtout la recommande; Mais le voleur habile Ne lui lâchera pas, Fût-ce pour la béquille Du père Barnaba.
Ce qui dans ce malheur L'irrite davantage, C'est que ce saint docteur Faisait un bon usage De ce cher ustensile,
1. Le cardinal d'Auvergne, qui avait perdu une canne à béquille d'or. (M.) Le marquis d'Argenson rapporte dans les Mémoires une anecdote qui donne une singulière idée de ce prélat, d'ailleurs fort peu recommandable par ses mœurs. «Le cardinal se trouvant au coucher de M. le Dauphin, ce prince lui fit l'honneur de l'engager à dire la prière du soir; en quoi il se trouva que le cardinal savait mal le Pater, peu Y Ave, et confondait le Credo avec le Conftteor. On en rit longtemps. N'est-il pas honteux qu'un prélat si grassement payé ait rompu de cette sorte avec ses devoirs de chrétien ? »
îp2 Clairambault- Maure-pas.
Et ne méritait pas
De se voir sans béquille
Du père Barnaba.
La petite Moras 1, Cette riche héritière -,
i. Anne-Marie Peirenc de Moras, à peine âgée de quatorze ans, avait été enlevée par M. de La Roche-Courbon , capitaine de cavalerie du régiment de Clermont, qui avait été introduit dans la maison de Mmc de Moras par M. de La Mothe-Houdancourt et en avait profité pour courtiser la jeune fille. Mlle de Moras était encore au couvent lorsque son amant l'enleva. « Le dimanche avant la Toussaint, raconte Barbier, une femme de chambre de la mère, qui était gagnée, a été chercher la fille au couvent dans un carrosse de la maison à l'ordinaire. Au sortir du couvent , la fille est montée avec la femme de chambre dans une chaise de poste postée au coin d'une rue, et a pris le chemin d'Orléans pour se rendre dans une terre dudit sieur de La Roche-Courbon, en Poitou.» Les deux amantsfurent mariés au château de Coutré, le Ier novembre. La jeune fille, suivie de près par ses deux oncles, fut ramenée dans un couvent. Mais l'affaire n'en resta pas là : elle fut portée au Châtelet, puis au Parlement, et un arrêt du 21 mars 1739 condamna la femme de chambre qui avait favorisé l'enlèvement au fouet, à la fleur de lis et à neuf ans de bannissement ; le curé de Coutré, qui avait béni le mariage, à l'amende honorable et au bannissement , et le comte de Courbon (alors absent et retiré à Turin), à avoir la tête tranchée. Peu après ce scandale, Mmc de Moras mourut de douleur en déshéritant sa fille, qui épousa plus tard le chevalier de Beauchamp (février 1750).
2. «.Peirenc de Moras, fils d'un barbier de village et qui faisait ici le métier d'agioteur, a trouvé le secret, par le Système, de gagner plus de six cent mille livres de rentes avec deux ou trois millions d'effets mobiliers... La Roche- Courbon n'avait que huit cents livres de rente de patrimoine. » {Journal de Barbier?)
A n il ce Ij3". 193
Suit avec grand fracas Les traces de sa mère !
Elle a quitté la grille, Et ne savez-vous pas Que c'est pour la béquille Du père Barnaba.
Un procureur du roi ', Au bureau de la ville, Est dans un grand effroi D'être déclaré Gille.
Croit-il que sa guenille A sa femme plaira Autant que la béquille Du père Barnaba?
Moreau, si tu te plains De ta femme infidèle, Crois-tu, petit robin, Qu'elle soit criminelle?
1. « M. Moreau, procureur du Roi à l'Hôtel de Ville, a épousé la fille de M. Dionis, ancien notaire et secrétaire du Roi. Elle est fort jolie. Le mariage, quoique entre jeunes gens, n'a pas été heureux. La femme a fait quelque écart que le mari n'a pas pris aussi doucement qu'il l'aurait dû ; bref, la jeune femme est sortie de la maison maritale. Un curé de Paris a voulu, au bout de quelques mois, l'y ramener : on dit ironiquement qu'elle était grosse. Le mari n'a pas voulu la recevoir. Elle a passé, dit-on, la nuit dans la loge du portier; cela a produit une histoire joyeuse pour le public. Ma foi, la chanson ayant pris faveur chez les chansonniers, ledit sieur Moreau a eu son petit couplet. » {Journal de Barbier.)
ip4- Clairambault-Maurepas.
Non, non. Toute la ville Avec elle dira :
Que n'as-tu la béquille Du père Barnaba ?
Soubise», vengez-vous; Chacun cherche à vous plaire.
Donnez à votre époux Les cornes du grand-père i.
De Prie la digne fille, L'arrachant de vos bras, Vous ravit la béquille Du père Barnaba.
Tous les mois, dans Paris, Du juge de police Les nymphes de Paris Subissent la justice.
Qu'ont-elles fait, ces filles, Et qui les réduit là ?
N'est-ce pas la béquille Du père Barnaba ?
Il faudrait à Paris, Ville en peuple féconde,