‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 15 sur 121 · CARACTERE DE LA NATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

CARACTERE DE LA NATION FRANÇAISE

Toujours amants, toujours sujets fidèles, Comme autrefois,

Loyaux, francs et courtois,

Le respect de nos lois,

Le culte de nos belles

Et l'amour de nos rois,

Nous rendent à la fois Toujours amants, toujours sujets fidèles.

De nos bons rois le seul nom nous enflamme ; Grands et petits

i. Chanson composée à l'occasion de la pièce de He?iri IV.

24 C lairambaul t-AIaurepas.

Chantent ces noms chéris.

Les cœurs sont attendris, Nous ne formons qu'une âme :

Parle-t-on de Henri ?

Le plaisir jette un cri, Tant d'un bon roi le seul nom nous enflamme.

Toujours aimé, toujours, toujours aimable, Qui fut ainsi?

Parbleu, ce fut Henri ;

Il aurait rétabli

L'âge d'or de la fable;

Cet heureux âge, ami,

Renaîtra sous Louis, Toujours aimé, toujours, toujours aimable.

Notre bonheur, Henri, fut le tien même : Quand sous tes coups

Tombe un parti jaloux,

Alors un jour plus doux

Luit au peuple qui t'aime;

Eh bien! ventre-saint-gris,

Comment a fait Louis?

Tout comme Henri, ma foi; c'est tout de même.

Toujours, toujours, l'un agit comme l'autre.

Du bon Henri

Le temps n'est pas fini;

Tout ranime aujourd'hui

Mon espoir et le vôtre,

Année i~~4. z

Je suis de votre avis, Laissons faire Louis ; Un jour, un jour son nom vaudra bien l'autre.

Tout bon Français se choisit une dame.

Toujours Henri En agissait ainsi; Louis éprouve aussi D'amour la douce flamme ; Il a donné son cœur, On connaît son vainqueur :

Il est l'amant, oui, l'amant de sa femme.

Avec deux mots on va peindre Antoinette : A la beauté

Elle unit la bonté;

Le Français enchanté

La voit, l'aime et respecte.

Ah. ! morbleu, les beaux yeux !

Son cœur vaut encor mieux.

Vive Louis, vive, vive Antoinette !

20 C lair ambaul t-Maurepas.

LE COCHON ALLEGORIQUE

Du corps inamovible un de nos présidents,

Que, sauf respect, Berthier on nomme, Dans son hôtel avait, depuis quatre ans, Petit cochon dont parfois le bonhomme Se récréait, quand travaux importants Avaient parfois fatigué sa cervelle.

Douce harangue ou gentille oraison 11 lui faisait : entre eux sympathie était telle Que le goret était de la maison Le grand ami ; Berthier, comme son frère Le festoyait et lui faisait grand'chôre :

Tous les reliefs il lui portait,

Partant le drôle profitait,

Etait gras comme père et mère.

En animal reconnaissant, En bon cochon il caressait son maître;

Puis se vautrait en l'abordant,

Sitôt qu'il le voyait paraître,

Sans cesse il lui disait : //on, honj

Chacun harangue à sa façon.

//<</,•, hon, dans son style veut dire

Devoir, soumission, respect '.

i. Hxpressions d'un certain lit de justice, qu'on parodie un ici endroit. (M.)

Année i"~4- 27

Le président, à son aspect, En le flattant, daignait sourire.

L'ami cochon, dans l'hôtel bien traité, N'en eût voulu déguerpir de la vie.

Mais tout prend fin, tout n'est que vanité Dans ce bas monde, et liesse est suivie De repentir et de soucis cuisants.

Témoin Berthier qui, pour avoir quatre ans Inamoviblement seul rendu la justice, N'a pour lui que la honte et le désagrément De chercher nouveau logement l :

Il faut du sien qu'il déguerpisse;

Ce qu'il fait très doucement.

Mais son cochon pense autrement :

Le déloger est la chose impossible; Le drôle se croit bonnement Plus que son maître inamovible 2.

1. M. Berthier de Sauvigny, lors de la réintégration du Parlement, a été obligé de quitter l'hôtel de la présidence, et de le rendre à M. d'Aligre. (M ) — « Pour entendre cette plaisanterie, il faut savoir que M. de Sauvigny avait effectivement à la première présidence un petit cochon qu'il aimait et caressait et que cet animal, têtu comme tous ceux de son espèce, a eu beaucoup de peine à en déguerpir lorsque son maître en est sorti. Si la chute du conte n'est pas fort piquante, il y a de la gaîté, de la facilité, du naturel dans la narration qui le font rechercher, indépendamment du sujet qui forme anecdote. » (Mémoires de Bachaiimont.)

2. Allusion au mot du chancelier, qui dans ledit de création du Parlement Maupeou, faisait dire au Roi que les nouveaux magistrats seraient inamovibles, comme les anciens.

28 Clair ambaul t-Maurepas.

EPITRE A MIROMENIL1

Sage Miroménil, que le pouvoir suprême Voulut combler d'honneur pour s'honorer lui-même. Ah! que ton sort est doux, puisqu'il est mérité! Tout l'Etat applaudit à ta prospérité.

Dans son ambition, en vain nourri de brigues, Un lâche s'agrandit par de viles intrigues; Cette secrète voix qui tonne au fond du cœur, L'accable sous sa honte et flétrit sa grandeur. Ton bonheur est plus pur ; dans ta noble carrière Ton œil peut sans effroi retourner en arrière : Au sentier de l'honneur tous tes pas imprimes Nous rappellent partout des abus réprimés, L'orphelin défendu, la veuve protégée, Et du vice puissant l'innocence vengée ; Reçois donc de ma main cet encens qui t'est dû. Quel autre a plus de droit d'admirer ta vertu? Jadis, le compagnon, le témoin de ton zèle,

i. « Un conseiller au Parlement de Rouen, ancien confrère de M. de Miroménil, a excité sa. verve en une aussi belle occasion et lui a adressé une Epitre en vers, où à travers beaucoup d'incorrections dues, sans doute, à l'infidélité des copistes, on trouve de très beaux vers, des images fort poétiques et deux portraits de M. le comte de Maurepas et de M. le Chancelier qui contrastent à merveille par leur vérité. » {Mémoires de Bachaumont)

Année ijj f.. 29

Je te voyais de près, lorsque ta main fidèle Soutenait la balance et le glaive des lois, Ou lorsque déployant ta séduisante voix, Maître en l'art de parler, par ta flatteuse adresse, Aux esprits égarés tu rendais la sagesse. Je crois te voir encor, par des discours vainqueurs, Enchanter notre oreille et subjuguer nos cœurs. Ce temps dura trop peu. Bientôt d'affreux orages Ont sur un ciel serein déployé leurs nuages. Mais que dis-je? Ces jours sont ceux de ta grandeur. Oui, sans doute, à ta gloire il manquait le malheur. Par le choc des revers un cœur noble s'enflamme. Cet homme et faible et vain, sans ressort et sans âme, Peut-être eût été grand, sensible et généreux, Mais il eut le malheur d'être toujours heureux !

D'autres pourront te peindre avec plus d'éloquence, Présidant un Sénat regretté par la France, Lui soufflant ton génie et de ce vaste corps Vers le bonheur public dirigeant les ressorts; Mais moi, je te peindrai, grand, même en ta retraite, Tranquille, heureux, goûtant dans une paix parfaite Les délices des arts, les douceurs du repos, Et loin des dignités, du bruit et des complots, Habitant fortuné du château de tes pères, Errant un livre en main dans tes bois solitaires. Mais l'Etat te réclame, et du sein de ces bois On t'appelle aujourd'hui près du trône des lois. Notre destin par toi voulut enfin s'absoudre : Aux grandeurs condamné, daigne donc t'y résoudre;

Page 1