IX
Clair ambaul t- M aurepas.
Immole ton repos à nos pressants besoins. La France t'attendait : que tes généreux soins Lui rendent et sa force et sa splendeur auguste. Ce corps majestueux, si sain et si robuste, Put languir, accablé par des coups rigoureux ; Tu parais, il s'élève, et bientôt vigoureux, Que ne devra-t-il pas au médecin habile Qui tend une main prompte à sa grandeur débile ? Je ne te promets point la faveur de ton Roi, De l'or, des dignités. Que seraient-ils pour toi? Nos cœurs, voilà ton prix. Malheureux un ministre S'il s'annonce à l'Etat comme un astre sinistre. Qu'il verse, comme toi, ses rayons bienfaisants; D'infâmes ennemis, d'avides courtisans Pourront tromper son maître et monter à sa place. Mais les regrets publics vengeraient sa disgrâce. On emporte en quittant, dans son cœur satisfait, Nos vœux, sa propre estime et le bien qu'on a fait.
Enfin arrive un jour, qu'appelé par son maître, Après sa longue éclipse on le voit reparaître ; Alors servant l'Etat sans lui rien demander, Lui désignant les chefs sans vouloir commander, Il appelle aux honneurs la vertu, la prudence, Et voit son Roi s'armer de son expérience ; Tout bénit son retour. Tel un fleuve fécond. Quelquefois englouti dans un gouffre profond, Se perd, et pour un temps disparaît sous la terre; Mais bientôt, s'échappant du cachot qui l'enserre, Il se montre, et grossi par de nouvelles eaux,
Année IJJ4- 31
Il porte aux champs des sucs et des bienfaits nouveaux : D'un ministre chéri telle est l'heureuse image.
Tel n'est point ton destin, toi, l'horreur de ton âge l ! Qui comme un songe vain regardes la vertu, Ministre corrupteur autant que corrompu ! Des valets, des flatteurs, d'odieuses richesses, De l'impure Phryné les vénales caresses, Voilà donc pour quels biens, foulant aux pieds l'honneur, Sans pudeur sur le front, sans pitié dans le cœur, Tu ris des vains soupirs des peuples qui gémissent; Tu marches aux clameurs des voix qui te maudissent. (Le remords s'assoupit dans la prospérité) !
Mais attends qu'un revers loin des cours t'ait jeté; Aux remords, à la rage, à l'infamie en proie, Fuyant sous les éclats de la publique joie, Dans un asile honteux tu chercheras la paix ; L'or ne la donne point. Courbé sous tes forfaits, De vertueux vassaux enviant les misères, Tu seras en horreur à leurs yeux; et les pères, En te montrant de loin, diront à leurs enfants : Le voilà, ce cruel, qui dévorait nos champs !