‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 2 sur 121 · IX. b · texte numérisé non relu

IX. b

xiv Introduction lus torique.

Apres Turgot, une réaction était inévitable. Elle ne se fit pas attendre. L'intendant de Bordeaux, Clugny, appelé sur les conseils de Maurcpas au contrôle général, se hâta de suspendre l'èdit sur les corvées et de rétablir les jurandes. Ces mesures furent assez mal vues et faillirent même provoquer des soulèvements.

Le ministre ne fut guère mieux inspiré lorsqu'il institua la loterie et proposa, pour en finir d'un seul coup avec les embarras financiers et éteindre la dette publique, de recourir à la banqueroute. Cet expédient désastreux que ses collègues acceptaient fut ênergiquement rejeté par Louis XVI.

Avec Clugny, le contrôle général devenait un rendezvous de fripons et le ministre lui-même profitait de sa situation pour enrichir ses maîtresses et ses créatures. Sa mort, survenue le 18 octobre, arrêta les effets désastreux de son passage aux affaires.

Maurepas choisit alors, pour le remplacer, un homme qui, tout en liant hostile aux doctrines des économistes, jouissait du moins d'une grande considération dans la bourgeoisie financière et oit retenait avec le parti philosophique les meilleures relations, le Genevois Necker.

Un intrigant habile, qui avait su gagner la confiance de Maurepas, le marquis de Pczay, fut l'artisan de la fortune du nouveau ministre. Il sut persuader a son protecteur que Necker, qui jouissait comme banquier d'un grand renom d'habileté, était le seul homme capable de parer aux difficultés de la situation. Mais Necker était protestant et ne pouvait par suite occuper un poste important dans l'État. Il ne succéda donc pas directe-

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ment à Clugny ; ce fut l'intendant de Valenciennes, Taboureau des Rèaux, qui reçut le titre de contrôleur et Necker lui fut adjoint comme directeur du Trésor. Quelques mois après, Tabonrcau, humilié du rôle sans dignité qu'il avait accepté, se retira, et son collègue devint directeur général des finances, sans avoir toutefois le rang de ministre.

Le choix de Necker provoqua un vif enthousiasme et la hausse immédiate des effets publics témoigna de la confiance qu'inspirait sa nomination ; le nouveau ministre arrivait donc au pouvoir sous les auspices les plus favorables. S'il n'avait ni le génie aussi étendu ni l'a nie aussi élevée que Turgot, il était du moins comme lui honnête, imbu d'idées philanthropiques et animé d'un sincère désir d'être utile. Il comprit que le seul moyen de remédier aux embarras du royaume était de rouvrir franchement l'ère des réformes, et ce fut sur les finances qu'il concentra tout d'abord son attention. Il avait à réparer le déficit annuel du Trésor, accru par les prodigalités de Clugny et en même temps à trouver de l'argent pour les dépenses d'une grande guerre que la pression de l'opinion publique devait bientôt imposer au gouvernement.

Necker était trop pratique pour recourir aux impôts; il les évita au moyen des emprunts devant lesquels Turgot avait reculé. A l'exemple des Anglais, il fit un emprunt public de vingt-quatre millions qui fut couvert en une journée. Mais pour alléger les charges du Trésor et donner en même temps un gage assuré aux nouveaux créanciers de l'Etat, il s'efforça de couvrir les intérêts

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par des économies et supprima toutes les dépenses qui lui paraissaient inutiles. C'est ainsi qu'il cassa le bail des fermes, mit les postes en régie, supprima les receveurs des domaines et diminua le nombre des intendants des finances. Il réduisit également le service de la loterie qu'il eut le tort de conserver, et décréta l'extension des vingtièmes sur simple sommation ministérielle. Cette dernière prescription suscita contre lui une vive opposition, et des cabales ne tardèrent pas à se former pour obtenir son renvoi. Necher se flatta de triompher de ses ennemis en recommandant son administration par des actes de bienfaisance tels que la réforme des hôpitaux et la création des monts-de-piètè. Les nécessités financières ne lui permettaient point d'ailleurs de tenir compte des critiques, car à ce moment même la France prenait parti pour les colonies d'Amérique révoltées contre la mère patrie et déclarait la guerre à l'A ngleterre.

Le gouvernement anglais avait, dès l'année 1765, élevé la prétention d'imposer des taxes à ses colonies, qui avaient ton/ours vécu jusqu'alors dans une complète indépendance de la royauté et du Parlement, sauf pour les questions de commerce et de navigation. La Nouvelle- Angleterre répondit par une déclaration des Droits de l'homme et un congrès des députés des colonies se réunit à New-York pour protester. Le ministère britannique, après une première concession, revint <> son imprudent système cl prépara une rupture définitive.

En 1774, un soulèvement de Boston fut le signal de la guerre, cl un congrès général réuni à Philadelphie publia, le 4 septembre de la même année, une solennelle

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déclaration des droits ; les milices coloniales s'organisèrent, des armes et des munitions furent amassées. La lutte s'engagea, le 19 avril 1775 , par le combat de Lexington et le gênerai en chef de l'armée des insurgents, Washington, força le général Home à lever le blocus de Boston. Un nouveau congrès, tenu il Philadelphie, consacra alors la légitimité de la résistance en proclamant définitivement l'indépendance des treize colonies sous le nom f/'Etats-Unis d'Amérique. Washington tint tête pendant une année entière aux armées anglaises avec les seules milices des Etats et finit par triompher en obligeant le général anglais Burgoyne à capituler à Saratoga. Ce succès éclatant eut une influence décisive sur l'issue de la lutte, car il valut aux colonies l'alliance de la France. Dès le début des hostilités, l'opinion publique s'était hautement prononcée en faveur des insurgés : l'orgueil national ne pardonnait point à l'Angleterre les désastres de la guerre de Sept ans, la destruction de notre marine et la perte de nos colonies. Franklin, que le congrès avait envoyé à Paris pour y solliciter l'appui du gouvernement, contribua par son influence personnelle à développer les sympathies qu'inspirait la cause de ses compatriotes. Toutefois Louis XVL et ses ministres restaient indécis,- s'ils autorisaient Beaumarchais à leur fournir des armes et le marquis de La Fayette à mettre son épèe à leur service, ils se refusaient à une intervention directe. La nouvelle de la capitulation de Saratoga triompha de leurs hésitations ; Franklin fut reçu officiellement comme ambassadeur, et un traité de commerce et d'alliance défensive avec les Etats-Unis, conclu dès le ix. b.

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6 février 1778, provoqua à bref délai la rupture avec l'Angleterre si impatiemment attendue par l'opinion. Necier ne s'était jamais montré partisan de la guerre avec l'Angleterre, dont les dépenses ne pouvaient manque)- d'aggraver la situation financière de l'Etat et de multiplier les difficultés avec lesquelles il se trouvait aux prises. Dès qu'il comprit qu'elle était inévitable, il dut, pour se procurer les ressources nécessaires, recourir à de nouveaux emprunts et pousser jusqu'aux dernières limites le système d'économie qu'il pratiquait. Secondé par Louis XVI, il introduisit un ordre rigoureux dans la comptabilité du Trésor, en réunissant sous sa surveillance immédiate les fonds dispersés dans toutes les caisses publiques. Il commença même la difficile réforme de la maison du roi par la suppression des charges inutiles et annonça sou intention d'abolir les grands officiers de la couronne et de réduire les dépenses du comte de Provence et du comte d'Artois. Dans un autre or tire d'idées il se signala encore par de sages et bienfaisantes innovations. Il affranchit les domaines royaux des droits de servitude et de main-morte, et, étendant sa sollicitude jusqu'aux criminels, il améliora le régime des prisons et supprima la question préparatoire , dernier reste de /'antique barbarie judiciaire. On le vil même reprendre les projets d'organisation politique de Turgol et proposer au Roi l'établissement (/'assemblées provinciales. Il en fit l'essai dans plusieurs généralités, mais avec timidité.

1 feu, tant mécontenta les Parlements, qui

déjà s'étaient déclarés hostiles aux emprunts du ministre et éi l'abolition du servage et de la main-morte.

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Elle ne fut guère mieux accueillie par les collègues de Necher, qui voyaient leur autorité menacée par cette institution. Le ministre de la marine, Sartincs, se montra le plus ardent contre lui et ne craignit point de l'accuser d'être vendu à l'Angleterre , si bien que Necher, poussé à bout, demanda et obtint son renvoi, parce qu'il avait dépassé de vingt millions les fonds extraordinaires accordés à son déparient/ nt. Mais cette disgrâce fut le dernier triomphe de son influence. Pour répondre aux attaques de ses adversaires, chaque jour plus nombreux, il se décida à publier, au mois de janvier 1781, avec la permission du Roi, son Compte rendu sur la situation des finances. Ce document présentait un tableau comparatif des recettes et des dépenses de l'État, explicitait en même temps les opérations du ministre, annonçait ses projets et dévoilait les abus et les désordres de toutes sortes qu'il comptait réprimer. Mais cette publication , qui constituait à la fois une innovation hardie et un grand acte politique, 11c fit qu'irriter davantage les ennemis de Necher. On vit là une condamnation en forme des usages de l'ancienne monarchie, et parlant un acte inconstitutionnel et dangereux. Tandis que le frivole Maurcpas raillait l'écrit de son collègue, qu 'il appelait plaisamment le Conte bleu, par allusion à la cotiverture, les autres adversaires du ministre V accablaient de leurs pamphlets effrontés et calomnieux. L'amour-propre de Necher put souffrir de ces attaques, mais le Compte rendu augmenta encore son crédit auprès de la nation et lui permit d'emprunter deux cents millions pour les dépenses de la guerre. Sur ces entrefaites, l'on publia

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furtivement un mémoire qu'il avait remis au Roi au sujet de l'extension du système des assemblées provinciales et dans lequel il annonçait encore des reformes capitales. Il proposait notamment d'ôter la franchise du sel à tous les membres des cours souveraines, afin de diminuer la gabelle, de supprimer les intendants comme onéreux pour l'Étal et tyranniques pour le peuple, de réduire les Parlements aux fonctions judiciaires en leur enlevant le droit d'enregistrement. Les Parlementaires, auxquels l'on eut soin d'adresser tin exemplaire du mémoire, parlaient hautement de décréter Ncckcr pour attentat aux lois, tandis que le clergé, les intendants et les priviègiès assaillaient le Roi de leurs réclamations et de leurs doléances. Les princes du sang et la Reine, irrités des retranchements de dépenses opérés par le ministre, firent cause commune avec eux. Necker tint bravement tète éi ses ennemis; il exigea que les critiques injustes ou diffamatoires dirigées contre son Compte rendu fussent vérifiées par ses collègues eux-mêmes, et il demanda l'entrée au Conseil comme témoignage formel de la confiance du Roi. Mais il était déjà usé dans l'esprit de Louis X I 7, qui ne se souciait point d'être plus longtemps importuné par les instances de son c7itotir âge. D'ailleurs, Maure pas avait représenté au monarque que les lois du royaumt défendaient l'entrée dans les Conseils et un étranger d à un protestant , et que Nccher pourrait seulement obtenir satisfaction s'il consentait êi abjurer sa religion. /., ministre blessé adressa aussitôt sa démission au Roi (19 mai 1781^. Avec moins de fierté et plus de patience il cîil peut-être triomphé définitivement des cabales,

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car trois mois après le vieux Maurepas mourait, et l'ancien directeur du Trésor aurait pu retrouver toute son influence auprès de Louis XVI et devenir le maître de la situation.

Aussitôt connue, la démission de Necher provoqua une consternation générale et fut considérée comme une calamité qui émut non seulement la France, mais même l'Europe. La nation regretta sincèrement l'hermine qui s'était dévoué au bien public avec une activité aussi généreuse que désintéressée, et une foule immense alla lui apporter à Saint-Ouen, où il s'était retiré, ses témoignages de sympathie. Des adresses lui furent votées de tous les points du royaume et la disgrâce accrict encore sa popularité ; les souverains étrangers eux-mêmes l'accablèrent de marques d'estime. Durant quelques jours, le public se persuada qu'il allait être rappelé et des démarches firent même tentées dans ce sens auprès de Louis XVI ; mais la crainte de ce retour raviva l'ardeur de ses adversaires qui lui firent aussitôt donner pour successeur Joly de Fleury.

Lorsque Necher se retira des affaires, la guerre d'A mèrique était fort avancée et la France, grâce aux ressources créées par le ministre, avait pu y prendre une glorieuse part. Ce n'était point, d'ailleurs, sans de longues hésitations que Louis XVI s'était décidé à une intervention armée, même après la conclusion de l'alliance avec les Etats-Unis. Il avait fallu, pour triompher de ses scrupules, que l'Angleterre donnât le signal des hostilités. La marine française, relevée de son anéantissement par les efforts successifs de Choiseul, de Turgot et

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de Sarlines, n'attendait qu'une occasion pour prendre sa

revanche des échecs subis sous Louis XV, lorsque le 17 juin 1778, l'amiral Keppel fit attaquer, par la frégate

/'Aréthuse, la Belle-Poule que commandait le lieutenant de vaisseau de La Clocheterie. Le combat fut meurtrier, mais les marins français débutèrent par un triomphe qui commençait la guerre avec éclat et la Belle-Poule rentra dans Brest aux acclamations de la rade, tandis que l'on remorquait vers la côte d'Angleterre /'Aréthuse désemparée. Un mois plus tard, le comte d'Orvilliers, secondé par de Guichen, Du Cliaffault et Latnotte-Piquet, attaqua l'amiral à la hauteur d 'Oucssant ; la lutte dura deux heures et, bien que la victoire fût restée indécise, les Anglais considérèrent comme un échec pour eux ta vigoureuse défense des Français, et Keppel fut mis en jugement pour n'avoir pas été vainqueur. Une autre flotte, partie de Toulon sous le commandement de d'Estaing, alla jeter l'ancre sur les côtes d'Amérique, à l'embouchure de la Delàware et combiner avec l'armée des Insurgcnts une double attaque contre Rhodc-Island. Mais une violente tempête fit échouer cette tentative, et d'Estaing, après une rapide campagne dans les Antilles, où il s'empara de la Grenade et battit l'amiral Byr on, revint prêter son concours aux alliés pour bloquer Savannah, en Géorgie, dont les Anglais avaient fait leur arsenal. L'assaut donné par terre et par mer échoua, et l'amiral, rappelé en France et disgracie, fut remplace par le comte de Guichen. Sur ers entrefaites, le roi d'Espagne, Charles III, qui détestait l'Angleterre, se déclara contre elle,

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et sa flotte vint rallier celle du comte d'Orvillicrs qui était en observation dans la Manche, et projetait avec quarante mille hommes réunis sur le littoral de Normandie une invasion que la tempête ne permit pas d'effectuer. Tout V effort de la lutte se concentra dès lors en Amérique.

Aux Antilles, Guichen résistait glorieusement à l'amiral Rodney dans trois batailles navales, tandis qu 'un corps expéditionnaire, commandé par Rochambeau et sept vaisseaux de ligne allaient soutenir les troupes des Etats- Unis battues par Clinton et Cornwallis. A ce moment, les Hollandais, que les Anglais avaient vainement sommés de leur fournir des secours, s'allièrent avec la France et l'Espagne, et leur flotte triompha dans la mer du Nord de celle des ennemis, alors que de Grasse prenait Tabago et que les Espagnols s'emparaient de Pensacola. Les Américains, de leur côté, ne restaient pas inactifs et obligeaient Cornwallis à capituler à York- Town (7 octobre 1781 ).

Quoique accablés par ce désastre imprévu, les Anglais poursuivirent la lutte, non pour reconquérir leurs colonies, mais pour venger l'honneur national, et l'amiral Rodney vainquit de Grasse dans un combat acharné livré près des Saintes, le 12 avril 1782. En Europe, dix mille Espagnols, commandés par le duc de Crillon, avaient enlevé le fort Saint-Philippe, après tin siège de sept mois ; mais une attaque générale dirigée contre Gibraltar resta sans succès. Aux Indes, le sultan de Mysore , l'intrépide Haider-Ali et son fils Tippo-Saïb avaient profité des embarras de l'Angleterre pour se ré-

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volter ; si la France leur eût prêté un concours opportun, la domination britannique était anéantie dans l'Hindoustan. Le bailli de Suffren vint trop tard en aide à Tippo-Saïb ; il avait à plusieurs reprises triomphé de la flotte et des forces anglaises, lorsque la conclusion de la paix arrêta le cours de ses exploits. Les puissances belligérantes, satisfaites d'avoir humilié l'orgueil de l'ennemi commun et affaibli sa puissance maritime, souhaitaient la fin de la guerre ; grâce à la médiation de l'Autriche et de la Russie, des traités furent signés entre l'Angleterre, la France, l'Espagne et les Etats-Unis, le 3 septembre 1783, à Versailles, et un an après, entre l'Angleterre cl la Hollande. Les alliés rentraient en possession de la plupart de leurs colonies, et notamment la France et V Espagne, qui prenaient leur revanche du honteux traité de 1763.

La pleine indépendance des Etats-Unis d'Amérique était reconnue, et c'était là surtout le principal résultat de la guerre; car la nouvelle république était destinée à devenir sur mer la rivale de l'Angleterre.

Avec Turgot et Necher avaient définitivement disparu les projets de réforme de la constitution administrative, financière et sociale de l'Etat. En revenant aux anciens errements, la Royauté aggravait les embarras et les difficultés que ces deux ministres s'étaient efforcés d'atténuer, et en abandonnant la répression des désordres et des abus commencée par eux, elle rendait inévitable, èi bref délai, une réforme aussi violente que radicale. La révolution que l'on se refusait à opérer graduellement ne devait pas tarder à s'imposer par suite du déficit sans

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cesse grandissant du Trésor. C'était en vain que Louis XVI avait déclaré, aussitôt après la disgrâce de Ncclier, que s'il changeait de ministres il ne changeait pas de principes, les privilégiés qui avaient provoqué le renvoi du directeur général des finances repoussaient également la continuation de sa politique. Le ministre qtii avait h plus contribué à la disgrâce de Neclcer, M. de Vergennes, et qui remplaça Maurepas dans la confiance du Roi, ne s'intéressait guère a l'administration intérieure ; les questions de politique étrangère absorbaient toute son attention. Il laissa donc à son collègue Miromènil le soin de choisir le ministre des finances, et celui-ci désigna aussitôt un conseiller d'Etat, Joly de Flcur\,dans lequel il craignait de trouver à l'occasion un candidat au poste de garde des sceaux. Fleury ne se décida à accepter que sur les instances de Maurepas, tout en considérant sa charge comme transitoire. Il n 'eut en matière de finances d'autres idées que celles de ses collègues, Miromènil et Vergennes, et ne poursuivit qu'un but, celui de délaisser ou de ruiner les meilleurs établissements de Necher. Il débuta par une augmentation de deux sous pour livre des droits perçus sur tous les objets de consommation. Un vif mécontentement se produisit dans les classes inférieures ; mais le Parlement, qui avait si ènergiquement protesté contre de sages réformes, enregistra l'èdit sans mot dire. Il en fit de même pour totilcs les autres mesures vexatoires qui suivirent, cl le ministère, rentrant audacieusement dans la voie des abus, rétablit tous les offices supprimés. L'irritation causée par ces actes s'accrut encore lorsqu'un règlement interdit ix. c

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dans l'année les sous-lieutenanccs aux roturiers, et déclara inhabile à parvenir au grade de capitaine tout officier qui n'était pas noble de quatre générations. Il était difficile de se montrer plus impolitique, et Von vil bien lors de la naissance du Dauphin, au mois d'octobre 1781, que si la nation conservait encore en apparence quelque attachement pour la monarchie , le mécontentement et l'hostilité étaient, au fond, ses sentiments dominants. Comme la guerre se prolongeait, jfoly de Flcury dut recourir à un emprunt, et ne put le contracter qu'à un taux beaucoup plus onéreux que ceux de Necker. Le Roi publia à cette occasion qu'il s'empresserait, une fois la paix conclue, de procurer à son peuple tous les soulagements qu'il serait en état de lui accorder. Mais celte promesse ne rassura personne ; l'on murmurait de la longueur d'une guerre qui aggravait chaque jour les charges publiques, et l'on craignait qu'elle 11c fournit un prétexte pour de nouvelles taxations. Ce fut, en effet, ce qui arriva ; car peu après, un impôt d'un troisième vingtième sur les biens fut établi et il devait subsister même pendant les trois années qui suivraient la conclusion de la paix. Si le Parlement de Paris ne protesta point, ceux de province, plus jaloux des intérêts du peuple, adressèrent au Roi de vives remontrances, cl celui de Besançon faillit même être supprimé; les Etals de Bretagne se virent également menacés. L'esprit de patriotisme et de résistance allait se réveiller chez les magistrats et provoquer une fermentation populaire, lorsque la paix fut faite (septembre 1783^. Louis XVI déclara aussitôt qu'il aviserait aux moyens de sup~

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primer une partie des impôts, et le renvoi de Joly de Fleury parut corroborer cette affirmation. Fleury fut remplacé par tin jetine conseiller d'Etat, d'Ormesson, pour lequel on rétablit le titre de contrôleur général. D'Ormesson, qui n'avait aucune aptitude financière, se mit à l'œuvre avec V intention d'étudier son département, mais il n'en eut pas le loisir, car il resta à peine six mois en place. Durant cette courte administration, il commit des fautes de toute nature, perdant la tête au milieu du détail i)ifijii qui accablait son inexpérience. Il obligea la Caisse d'escompte à verser six millions au Trésor, et comme elle se trouvait hors d'état de rembourser ses créanciers, il V autorisa à suspendre ses payements et voulut donner aux billets un cours forcé dans le commerce. Enfin il cassa le bail des fermes en vue d'établir taie régie. Ces mesures le rendaient impo~ pulaire; les railleries des courtisans et des privilégiés, dont les obsessions ne pouvaient triompher de son intégrité, le couvrirent de ridicule, et Vergennes le fit congédier.

Le choix de son successejer ?ie fut pas chose facile ; M. de Castries parla encore au Roi de la nécessité de rappeler Necker, mais les insinuations perfides de Vergennes avaient laissé dans l'esprit de Louis XVI une trace profonde. Il se refusa à cet acte de sagesse qui lui eût épargné les tristes ministères de Calonne et de Brienne. Ce fut Calonne qu'il choisit sur les pressantes recommandations de la Reine et du comte d'Artois. Calonne s'était signalé sous Louis XV par le rôle qu'il avait joué dans l'affaire de La Chalotais, et il avait la

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réputation d'un paodigue sans moralité. Maurcpas, qui ne manquait cependant pas d'indulgence, le regardait comme un fou et un panier perce et l'avait toujours obstinément tenu à l'écart. Calonne était d'ailleurs aimable, spirituel et séduisant; habile et fécond en ressources, il se jouait des difficultés avec une dextérité irompciêsc et charmait tout le monde par son affabilité et ses complaisances. En prenant le contrôle général, il ne s'abusait point sur la situation financière de l'Etat; il savait qu'il n'y avait plus ni argent ni crédit et qiïtuie riforme radicale était inévitable. Mais il n'ignorait pas aussi ce que ses protecteurs attendaient de lui et, pour satisfaire à leur cupidité, il acheva gaiement la ruine des finances, dépensant sans compter pour paraître riche et trompant ainsi le public pour emprunter plus facilement. Il paya d'abord les dettes du Roi et de ses frères, fournit largement à la dépense de leur maison, acquit pour Marie-Antoinette le château de Saint-Cloud au prix de 15 millions et celui de Rambouillet pour Louis X I '/, à peu près au même prix. Il tint bourse ouverte aux courtisans et aux femmes, rétablit les offices supprimés et augmenta le chiffre des pensions. Les grands seigneurs et les financiers, dont il était la Providence, le regardaient comme un ministre modèle. Le public même, auquel il était suspect, lui rendit son estime cl sa confiance en le voyant chasser quelques commis du contrôle général coupables de malversations notoires, protéger les manufactures et entreprendre à Paris et dans les principales villes du royaume d'utiles et importants travaux.

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Aussi lorsque, pour éviter de nouvelles taxes qui eussent provoque des murmures, il ouvrit, sous forme de loterie, un emprunt à des conditions fort avantageuses pour les prêteurs, il obtint plus d'argent qu'il n'en demandait, et aie premier tirage il paya intégralement tous les lots. La caisse d'amortissement qui devait, affirmait-il, permettre d'éteindre toute la dette en vingt-cinq années, fut encore un expédient de son esprit inventif. On ne se doutait guère, dans le public, de toutes ses prodigalités, ni des moyens occultes dont il usait pour les soutenir y car en dehors de ses emprunts, il eut recours aux anticipations, et, en pleine paix, il dépensa en trois années plus de sept cents millions. Mais le dénouement de cette folle aventure approchait. Au mois de janvier 1785, Colonne dut ouvrir un nouvel emprunt de 125 millions à des conditions si onéreuses pour V Etat que le Parlement et la Chambre des comptes ne purent s'empêcher de protester. Le crédit de Calonnc reçut un coup plus grave par la publication du livre de Necker sur /'Administration des finances, dans lequel l'ancien directeur du Trésor démontrait par des chiffres positifs l'accroissement que la dette publique avait subi depuis sa disgrâce. Calonne répondit en payant d'audace ; il fit courir le bruit que ce livre allait être dénoncé au Parlement comme tendant à répandre injustement l'alarme dans l'esprit du peuple.

Ll réussit aussitôt après à obtenir de l'Assemblée générale du clergé un crédit de dix-huit millions, entreprit une refonte de l'or monnayé et ouvrit un nouvel emprunt de quatre-vingts millions.

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Mais comme pour calmer les défiances du public il était nécessaire de payer d'audace, il renouvela dans le préambule de l'èdit les affirmations les plus fallacieuses et déclara que si Von empruntait encore, c'était pour solder toutes les dettes arriérées, qui seraient définitivement réglées en 1786. L'effronterie du ministre n'avait d'égale que sa duplicité; le Parlement de Paris totttefois ne se laissa pas convaincre et il fallut un ordre formel de Louis XVI pour obtenir F enregistrement de l'èdit. Les Parlements de province, suivant cet exemple, commencèrent à résister énergiquement à la volonté royale et aux ordres du ministre.

Tandis que le pouvoir revenait aux procédés arbitraires du dernier règne, les esprits se détachaient de lui chaque jour davantage, ainsi que le prouva la scandaleuse Affaire du collier. Le 15 août 1785, le cardinal de Rohan, èvêque de Strasbourg , grand aumônier de France cl ancien ambassadeur à Vienne, avait été arrête à Versailles, en habits pontificaux, au moment où il allait célébrer la messe, et traduit devant le Parlement. Il était accusé d'avoir attenté à la majesté royale, en usurpant le nom de la Reine, pour acheter à crédit, au joaillier de la couronne Bœhmcr, un collier de diamants du prix de 1,100,000 francs.

Dans cette affaire, le cardinal avait été dupe d'une habile aventurière, la comtesse de Lamollc-Valois, qui s'était présentée à lui comme l'amie de la Peine et avait exploité sa crédulité et sou ambition pour le décider à l'achat du fameux collier , qu'elle avait résolu de s'approprier. Ce prélat sans religion, dépensier et libertin, ne

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méritait guère d'intérêt; mais le public était si violemment déchaîné contre la Reine qtie l'on en vint à le considérer comme une victime injustement persécutée. Durant les neuf mois que dura le procès, l'opinion ne cessa de tirer parti des moindres apparences pour attribuer un rôle actif à Marie- Antoinette dans cette honteuse intrigue.

Aussi l'arrêt du Parlement qui acquitta l'accuse fut-il accueilli avec un enthousiasme universel, et le cardinal rentra à sou hôtel au milieu des applaudissements de la multitude. Bien que la comtesse de Lamottc eût été condamnée à être marquée d'un fer rouge, fouettée publiquement et enfermée à Bicêtre, l' acquittement de Rohan et les ovations populaires dont il avait été l'objet furent pour la Reine un sanglant outrage et donnèrent libre carrière aux imputations les plus odieuses.

Durant ces tristes événements, les embarras financiers de Calonne s'étaient acencs, les illusions du public s'étaient dissipées et le contrôleur général avait épuisé toutes les ressources et usé de tous les expédients du charlatanisme. Il fut donc contraint de faire au Roi l'aveu de la triste situation dans laquelle il se trouvait, de l'état du Trésor et de l'ènormitè du déficit. Mais, par une singulière vanité, il se crut encore capable d'arracher la France à la ruine que ses prodigalités avaient préparée, et il soumit au monarque un plan èx l'aide duquel il comptait réparer toutes ses fautes. « Mais c'est du Nccher que vous m'apportez là! » s'écria Louis XVI. « Sire, lui répondit Calonne, dans l'état des choses, ou ne peut rien vous offrir de mieux. » 77 était ainsi ra-

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mené par la nécessité aux idées de Turgol et de Nechcr et n'entrevoyait qu'un seul moyen de salut, la réformation de tout ce qu'il y ara/'/ de vicieux dans la constitution de l'Etat. Attaquant le premier et le plus grave de tous les abus, l'inégalité des charges, il remaniait de fond en comble le système d'impôts en vigueur, supprimait les douanes intérieures, abolissait la corvée et, par divers retranchements, réduisait les dépenses de vingt millions. Enfin il proposait d'étendre à tout le royaume l'institution des assemblées provinciales qui devaient contribuer dans une large mesure au succès des réformes projetées.

Calonne ne se dissimulait point que la cour, le Parlement et le clergé opposeraient une vive résistance à l'accomplissement de son plan; mais il résolut de déjouer celle opposition en empruntant au passé politique de la France un expédient inattendu. Il imagina de convoquer une assemblée de Notables pour lui soumettre ses projets, avec la pensée que s'il obtenait son approbation , toutt résistance serait écartée cl que la puissance du Parlement recevrait un coup accablant. Il fil accepter ce projet à Louis XVI et à Vergenncs, sans leur révéler ses motifs, cl la réunion des Notables fut fixée au 29 janvier 1787. Celle mesure provoqua dans le royaume uni vive sensation et augmenta les défiances du public, qzii devinait que le besoin d'argent seul avait poussé le ministre à une résolution aussi extraordinaire.

Ce fut le 22 février que l'assemblée se réunit à Versailles, à l'hôtel des Menus; le Roi vint lui-même présider la première séance et, après qu'il eut rappelé dans

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une courte allocution son amour pour ses peuples, le contrôleur général retraça avec une brutale franchise la triste situation des finances, déclarant qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'y remédier, la réforme des abus ; et il exposa le détail de ses projets.

Les Notables les examinèrent avec attention et intérêt; ils consentirent sans peine à l'institution des assemblées provinciales et à la suppression de la corvée. Mais ils se refusèrent ênergiqicement à accorder la subvention territoriale, soit en argent, soit en nature, que Calonne voulait exiger d'eux, et, pour éluder cette demande, ils exigèrent la communication des états de recettes et de dépenses du Trésor. Calonne, qui s'attendait à plus de docilité, répondit de son air hautain que les Notables avaient a se prononcer sur la forme et non sur le fond de l'impôt. L'assemblée protesta, déclarant que plutôt que d'obéir elle réclamerait la convocation des États-Généraux, et comme le ministre essayait de soulever contre elle l'indignation publique, elle n'hésita pas à appeler l'attention du Roi sur les dilapidations dont il s'était rendu coupable. Louis XVL, obligé de se rendre à l'évidence, disgracia Calonne et l'exila en Lorraine par lettre de cachet.

Le contrôle général fut alors confié à îtn vieux conseiller d'Etat , Four queux , homme sans conséquence , qui resta à peine trois mois en fonctions et fat remplace par Laurent de Villedeuil. Mais le véritable maître de la situation était désormais l'archevêque de Toulouse, Lomènie de Brienne, que Louis XVI, cédant à l'influence de Marie- A ntoiuette, avait nommé chef du Con-

XXXiv Introduction hi s torique.

seil des finances. Dans l'assemblée des Notables, Brienne s'était montre l'adversaire résolu de Colonne, avec le désir d'occuper sa place et il avait réussi. Mais une fois ait pouvoir, il ne put que reprendre les projets de son prédécesseur, qu'il avait si amèrement décriés, et sollicita le vote de la subvention territoriale et de l'impôt du timbre. Les Notables protestèrent contre cette conversion inattendue de leur collègue et se refusèrent à faire peser sur le pays de nouvelles charges. Ils se séparèrent le 25 mai, laissant les choses à peu près dans l'état où ils les avaient trouvées. Mais leurs délibérations et leur résistance aux projets des ministres ne restèrent point sans influence sur la marche des événements, et l'idée de convoquer les Etats-Généraux, émise par quelques-uns d'entre eux, envahit désormais les esprits et précipita la solution impatiemment attendue.

Débarrassé des Notables, Brienne se retrouva en présence du Parlement, dont l'hostilité devait lui être funeste. Par la nature de ses attributions, le Parlement pouvait seul consacrer les actes du gouvernement et leur donner force de loi. Il accepta et enregistra sans opposition les èdits qui lui furent d'abord soumis sur la corvée, les assemblées provinciales et le commerce des grains. Mais pour l'èdit du timbre, il en demanda le retrait pur et simple; le Roi insista, et le Parlement répondit par des remontrances, en déclarant que la nation seule était en droit d'accorder les subsides nécessaires et en réclamant la convocation des Etats- Généraux.

La cour, résolue à ne pas céder sur ce point, recourut à la violence, et les èdits du timbre et de la sutven-

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tion territoriale f tirent enregistres le 6 août, dans un lit de justice tenu à Versailles. Le lendemain, un arrêt des magistrats qualifia l'enregistrement de mil et d'illégal, et cet arrêt fut retiouvelè lors de la publication des cJitsj on exila aussitôt le Parlement à Troyes. La lutte e?igagêe entre la magistrature et le ministère suscita dans Paris une vive agitation, et il fallut prendre des mesures militaires pour prévenir des troubles imminents. Brienne, qui avait concentré le pouvoir dans ses mains en se faisant nommer principal minisire, se crut assez habile et assez fort pour pacifier les esprits et ramener le calme. Il entra en pourparlers avec le Parlement et lui fit accepter une transaction aux termes de laquelle le second vingtième, qui expirait en 1790, étant prorogé de deux ans, le Roi retirait les èdits et rappelait les exilés. Mais la prorogation imaginée par le ministre n'offrait qu'une ressource pour l'ave?iir et ne remédiait en rien aux difficultés financières du moment.

Brienne résolut alors d'ouvrir un emprunt de quatre cent vingt millions, réalisable en cinq ans. Pour en assurer le succès, il promettait de réunir les £ tais- Généraux en 1792, et accordait l'état civil aux protestants. Bien qu'il eût gagné par ses intrigues un certain nombre de conseillers, il voulut dominer le Parlement par la présence du monarque. Le 19 novembre, Louis XVI se rendit en conséquence au Palais, et comme les débats devenaient orageux, il transforma la séance en lit de justice et imposa l'enregistrement. L' assemblée entière murmura, et le duc d'Orléans protesta hautement contre cette illégalité ; le lendemain, il fut exilé à Vil 1er s- Cotte-

xxxvi Introduction historique.

rets, et deux magistrats qui avaient suivi son exemple furent arrêtés. Mais la résistance des Parlementaires compromettait le succès de l'emprunt projeté et la situation devenait alarmante pour le gouvernement. Bricnne, que dominait le souci de ses intérêts personnels et qui s'était surtout préoccupé d'accumuler sur sa tête les richesses et les honneurs, s'effraya de la gravité du danger ; il comprit qu'il fallait triompher par un coup de force de la résistance de ses adversaires, s'il ne voulu! pas être leur victime. Il se vit donc oblige comme Maupcou à un coup d'Etat, et le dissiimila, comme lui, sous une apparence de réforme de l'ordre judiciaire. Les magistrats eurent vent du complot tramé contre eux et protestèrent d'avance en rappelant, dans une sorte de manifeste, les principes constitutifs de la monarchie. La cour, irritée de cet acte solennel, donna ordre d'arrêter les auteurs présumés de la déclaration, Goislard de Montsabert et d'Esprêmesnil ; ceux-ci cherchèrent un refuge dans le sein même du Parlement qui, pendant trente heures, refusa noblement de les livrer. Deux jours après, le 6 mai 1788, les magistrats, mandés à Versailles, durent enregistrer sans discussion, dans un lit de justice, les six èdits qui consacraient tes réformes projetées par Bricnne. En vertu de ces èdits, le Parlement était dépouillé de son droit d'enregistrement, c'està-dire de sa puissance politique, et ce droit passait êi une cour plènière composée d'évêques, de seigneurs, de conseillers d'Etal et delà Grand' Chambre. En même temps, et pour dissimuler au public toute la gravité de ... mesure, de sérieuses réformes étaient introduites dans la

A -Quant m Imp Edr

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hiérarchie et les circonscriptions judiciaires et da)is la justice criminelle.

Mais les précautions de Briennc furent vaincs ; l'opinion ne prêta aucune attention aux réformes et ne se préoccupa que du coup d'Etat dirigé contre le Parlement, que ses derniers actes avaient posé en défenseur de l'intérêt public. Des protestations violentes s'élevèrent de toutes parts; les Parlements de province déclarèrent infâmes et traîtres à la patrie ceux qui se conformeraient aux èdits, cl des troubles se produisirent dans le Dauphinè, la Provence, le Languedoc, le Roussillon et la Bretagne. La révolte se multipliait sur tous les points du royaume; la noblesse et le clergé faisaient cause commune avec le peuple pour la défense des magistrats. Brienne, qui prétendait avoir tout prévu, même la guerre civile, ne se rendit pas encore compte de son impuissance et crut apaiser l'effervescence populaire en promettant la convocation des États-Généraux pour le Ier mai 1789. Ce faisant, il comptait bien semer la division parmi les trois ordres et constituer entre eux un antagonisme qui lui permettrait de satisfaire la bourgeoisie aux dépens des classes privilégiées et de conserver intacts les droits et prérogatives de la couronne. Mais il ne garda pas le pouvoir, comme il s'en était flatté; la réprobation universelle qui pesait sur lui s'ètant encore accrue, lorsqu'il suspendit pour six semaines les payements de l'État, il fut abandonné à la cour de ses derniers partisans et dut adresser sa démission au Roi (2s août 1781J.

Tandis que Paris et la France entière accueillaient avec enthousiasme la nouvelle de ce départ et que le ix. d

xxxviii Introduction historique.

peuple brillait en effigie l'archevêque et le garde des sceaux, Necier rentrait enfui au Conseil. Mais il était trop tard pour renouer la chaîne de son premier ministère et reprendre son œuvre au point où il l'avait laissée. Son unique ambition désormais devait être de réparer les fautes accumulées par Calonne et par Brieiuic, et de soulager la misère publique. La confiance qu'il inspirait était telle que les affaires prirent, en un instant, une face nouvelle; les fonds d'État remontèrent et le crédit public se releva.

Nccltcr trouva sans difficulté l'argent nécessaire pour parer aux besoins les plus pressants du Trésor, il coniura la banqueroute qui paraissait inévitable, révoqua les èdits de Bricnnc et rappela les Parlements. La nation, rassurée, reporta alors toute son attention sur la convocation prochaine des Étals- Généraux qui soulevait des questions complexes et difficiles à résoudre. Trois points surtout préoccupait ni les esprits : le mode de représentation et de volation des trois ordres, la rédaction des cahiers, l'élection des députés. Z<? Parlement de Paris venait de ruiner sa popularité en demandant que les formes observées lors des Etats, en 1614, fussent encore suivies. Aussi Nechcr refusa-t-il de rien décider par lui-m'me et convoqua, le 6 novembre, une assemblée de Notables qui devait, dans sa pensée, donner satisfaction aux vœux publics. Mais les Notables trompèrent son a/tente et ne voulurent point toucher aux formes traditionnelles. Le gouvernement dut alors régler lui-même tous les points sur lesquels il les avait consultés, et établir notamment que le Tiers-état aurait autant de dé—

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pûtes que tes deux autres ordres réunis. Le règlement pour la convocation des États fut publié le 24 janvier 1789; les élections, commencées aussitôt, durèrent plusieurs mois et produisirent des manifestations tumultueuses dans la plupart des provinces. Enfui le 5 mai eut lieu, à Versailles, l'ouverture solennelle de ces Jetais auxquels était réservé l'honneur d'inaugurer dans notre histoire nationale une nouvelle période. La Révolution, inévitable, prévue et attendue de tous, que les grands esprits du siècle avaient préparée et que les fautes et les vices du pouvoir avaient rendue nécessaire, allait s'accomplir. Les Etats-Généraux, transformés en Assemblée nationale, devaient supprimer résolument un ordre de choses désormais incompatible avec les progrès de l'esprit public et substituer h la royauté féodale et absolue une monarchie constitutionnelle.

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