‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 35 sur 121 · PRÉSENTATION A LA COUR · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION A LA COUR

On va présenter à la cour La fille de Mimi-Dancourt ;

La Comédie-Française, Eh bien!

Doit en être fort aise ;

Vous m'entendez bien.

Son père est le fils d'un acteur,

Et son époux est un auteur Dont on vient de l'Empire Faire un comte pour rire.

Il compose à tort, à travers, Il rime la prose et les vers,

i. Couplets sur la présentation à la cour de Mme la comtesse de Guibert, épouse du comte de Guibert, auteur de la Tactique et du Connétable de Bourbon, tragédie (M.). — Le comte de Guibert avait épousé la fille de M. de Courcelle, commissaire des guerres, fils d'un comédien et frère de Mimi Deshayes. On lui reprocha cette alliance contractée, disait-on, par intérêt. « Ce qui doit le justifier, écrit un contemporain, c'est l'approbation tacite de la Reine, qui depuis ne lui a pas retiré ses bontés et a même admis la femme à lui faire sa cour et à figurer dans ses bals. »

Année I//5. 57

Il croit que son génie Honore sa patrie.

Sans l'audace dont il écrit,

Sa Tactique eût fait peu de bruit1;

Il pèse en sa balance

Les héros de la France.

Il donne des conseils aux rois, Aux princes, aux grands, et je crois Qu'il a sous presse un livre Pour leur apprendre à vivre.

Il se croit le plus grand talent, Mais le public qui le dément

Dit d'un ton lamentable :

Voyez le Connétable 2.

1. L'Essai général sur la tactique, publié en 1772, occupa vivement l'attention publique. Il était précédé d'un Discours sur l'état actuel de la politique et de la science militaire en Europe, plein d'observations hardies qui motivèrent l'interdiction de l'ouvrage. Les militaires faisaient le plus grand cas de cet écrit, auquel le comte de Guibert fut redevable des fonctions importantes qu'il remplit sous le ministère de M. de Saint-Germain.

2. Guibert, qui avait de grandes prétentions littéraires, avait envoyé à l'Académie française, en 1774, un éloge de Gatinat, auquel on n'accorda qu'un accessit. Il s'était également essayé dans le genre dramatique et avait composé le Connétable de Bourbon, tragédie qu'il lisait volontiers à ses amis et dont la réputation surfaite tomba dès qu'elle parut au théâtre. On la joua sans succès aux fêtes de la cour, lors du mariage de Madame Clotilde. « Les con-

58 Clairamb aul t-Maurepas.

On a d'abord vanté partout

Ses talents, son esprit, son goût;

Mais la pièce tombée, Eh bien !

Adieu la renommée;

Vous m'entendez bien.

Page 1