‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 36 sur 121 · LA REINE DE L'ETIQUETTE · texte numérisé non relu

LA REINE DE L'ETIQUETTE

Vous, qui pour écarts de l'enfance Prenez ceux du tempérament,

naisseurs assurent, écrivait Bachaumont, qu'il est impossible de rien voir de plus mauvais, que non seulement le plan en est détestable, mais que la versification même est d'une platitude unique; qu'il n'y a aucun vers de sentiment, ni de génie... Sans le respect dû au lieu et à Leurs Majestés présentes, l'on n'aurait pu s'empêcher de huer en quantité d'endroits et de témoigner ouvertement son indignation. »

1. Marie-Antoinette étant Dauphine se montra peu disposée à subir les perpétuels ennuis que lui imposaient les règles du cérémonial obligatoire en toutes circonstances pour la famille royale. Devenue Reine, elle s'affermit dans ses idées. « Celte étiquette, remarque iM"lc Campan, qui dans la vie intérieure de nos princes les avait amenés à se faire traiter en idoles, dans Leur vie publique en faisait des victimes de toutes les convenances. Marie-Antoinette trouva dans le château de Versailles une foule d'usages établis et révélés qui lui parurent insupportables...

« Elevée dans une cour où la simplicité s'alliait avec la majesté, placée à Versailles entre une dame d'honneur

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Reine de France en apparence, Vous l'êtes plus réellement Des ministres de la toilette, Des comédiens, des histrions; Et, bravant en tout l'étiquette, Des filles vous avez le ton.

Vous montrez en tout l'indécence, Et tous vos goûts sont dépravés ; Au mépris des gens de naissance, Les roturiers sont préférés :

Besenval a votre confiance, Un Caraman est distingué; Et, grâce au talent de la danse Un Gallifet est présenté.

importune et un conseiller imprudent [l'abbé de Vermond], il n'est pas étonnant que devenue reine elle ait voulu se soustraire à des contrariétés dont elle ne jugeait pas l'indispensable nécessité. » Sa dame d'honneur, la duchesse de Noailles, qu'elle avait surnommée Mme U Etiquette, se montra vivement affectée de l'indifférence avec laquelle Marie-Antoinette accueillait ses perpétuelles représentations, et ne tarda pas à former un parti hostile à la Reine qui exerçait sur tous ses actes les critiques les plus malveillantes. Mais le public n'était pas toujours, à cet égard, de l'avis des grandes dames ; ainsi que le prouvent les réflexions de Métra, lors du voyage à Fontainebleau, en octobre 1774 :

« Notre jeune et charmante Reine, dit-il, à force d'être sans façon et sans cérémonie, a expulsé de la cour toutes les ridicules entraves de l'ancienne étiquette. On voit tous les soirs cette aimable princesse parcourir le château, aller faire des visites, tenant le Roi sous le bras avec un seul valet de pied. »

6o C lairambault-Maurepas.

S'il est vrai que La Vaupalière Doive paraître à votre cour, Ma foi, dans cette pétaudière, Faites figurer tour à tour Ce que les comptoirs, les coulisses, Nous offrent de plus séduisant; Avec des banquiers, des actrices, Vous tiendrez votre appartement.

Accourez donc, troupe galante Des Paters et des Cassini; Venez surpasser notre attente, Mimi, Guibert et d'Emeri !

La fille de l'impératrice, A Vienne, connaissait les grands; Mais, n'écoutant que son caprice, Elle confond ici les ranys.

LES

TALENTS DE SAINT-GERMAIN1 Saint-Germain,

Dès demain Je m'engage ;

I. Claude-Louis, comte de Saint-Germain, général fiançais (1707-1778), après avoir servi avec distinction durant

Année Ijj5. 61

De la gloire de l'Etat,

Du bonheur du soldat Ton nom seul est le gage.

Autrefois,

A ta voix,

La victoire Sur nos pas eût accouru,

les guerres de la succession d'Autriche et de Sept ans, avait quitté le service, et vivait retiré dans un modeste domaine, près de Lauterbach. Lorsque mourut le maréchal de Muy, ministre de la guerre, « on chercha un homme qui ne fût pas à portée d'acquérir un grand crédit, qui n'eût ni liaison ni parenté à la cour; un homme qui fût isolé, qui ne fût attaché à aucun parti et qui par ses talents justifiât cependant le choix qu'on ferait de lui. Le comte de Saint-Germain remplissait en apparence tous ces objets ; il venait de faire un mémoire sur le militaire qui, d'après son nom, fut jugé excellent ; et un abbé Dubois fut dépêché à Lauterbach pour lui annoncer qu'il était ministre de la guerre. Jamais révolution plus complète ne fut éprouvée. De la misère il passait à la richesse, de l'anéantissement au plus grand pouvoir. Arrivé à Fontainebleau, il y reçut l'accueil le plus flatteur; l'enthousiasme public se joignit aux hommages des courtisans. Sa célébrité, ses malheurs, sa réputation d'esprit, donnaient l'opinion la plus avantageuse de son ministère; on le voyait déjà, après avoir formé un militaire, le commander à la guerre, et réunir les talents de Louvois et de Turenne. Mais le ministère est une pierre de touche pour les talents et le caractère. Sa réputation fut bientôt comme l'existence de l'impie :

J'ai passé, il n'était déjà plus.

Il donna des projets sans les avoir médités et il les exécuta avec précipitation ; il écouta tous les gens qui s'empressent d'arracher la confiance des ministres et trafiquent de leur accès. (SÉNAC DE Meilhan : Le cotnte de Saint- Germahi .)

62 C l air amb aul t-Alaurep as.

Si l'on avait voulu Te croire.

Mais périssent dans l'histoire, Ainsi que dans ta mémoire, D"un rival1 Trop fatal A la France Les manœuvres et les maux Qu'entraîne d'un héros L'absence !

Des vertus Qu'un Titus, Notre père, Va chercher dans les déserts, Montrent à l'univers Un nouveau Bélisaire.

Aujourd'hui, Comme lui, Tu pardonnes.

Puisses-tu trouver en retour L'exemple qu'à la cour Tu donnes !

r. M. de Saint-Germain eut, à l'affaire des Corbach, des démêlés avec le maréchal de Broglie, qui contribuèrent à sa retraite. Lorsque, devenu ministre de la guerre, il annonça, suivant l'usage, sa nomination aux officiers généraux par une lettre circulaire, il profita de cette circonstance pour témoigner à son ancien rival, alors gouverneur du pays Messin, qu'il ne gardait aucun souvenir de leurs différends.

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