‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 51 sur 121 · UN REPAS DE CAREME · texte numérisé non relu

UN REPAS DE CAREME

La déesse du carême Préparait un grand repas ; Par une rigueur extrême, La police ne veut pas

1. Hardy, après avoir transcrit cette pièce dans son Journal, écrivait en note : « La disgrâce du sieur Turgot, éloigné de la cour, le 12 du même mois [de mai], arrêtait l'accomplissement de cette prophétie, en supposant toutefois qu'il eût les sentiments et les intentions que le poète lui prêtait. »

2. « Deux de nos belles de la première classe avaient projeté pour le commencement du carême un bal auquel M. le comte d'Artois avait promis de se trouver. Tout à coup il est survenu une défense du Roi qui a fait évanouir ces idées de plaisir. Avant le bal, on aurait joué la comédie ; ce devait être une fête très brillante, et MUe Guimard, qui est d'une maigreur extraordinaire, en aurait partagé les honneurs avec M11' Du Thé. Soixante-cinq souscripteurs avaient donné chacun cinq louis pour cette fête, dont les apprêts devenus inutiles ont été distribués aux pauvres. On a fait à ce sujet cette chanson. » [Correspondance secrète de Métra.')

90 C lairambaul t- AI au repas.

Qu'un teint si blême, Dans Paris, du mardi gras Soit l'emblème.

Avec raison on regrette Des plaisirs évanouis.

La dépense, toute faite, Ne montait qu'à cinq louis;

Sous chaque assiette,

L'on aurait eu, tout compris,

Chère complète.

Le spectacle sans licence Devait être exécuté ; Les ris, la table et la danse Auraient réduit la gaîté

A l'abstinence, Et l'on aurait pris Du Thé

Par continence.

Vénus prétend qu'à Cythère On fait gras dans tous les temps Elle voit avec colère Qu'on impose à ses enfants

Un joui; austère, Et voudrait les rendre exempts

De l'ordinaire.

Règlc-t-on comme au coll< 3ge Les prêtresses de l'amour?

A n n ée i ~~ 6.

Elles ont le privilège De s'amuser nuit et jour :

La friandise, Pour sucer les gens de cour, Leur est permise.

La raison de cette fête Avait réglé les apprêts; Le souper était honnête, L'on pouvait aller après

En tête-à-tête, Et renoncer aux poulets

Pour une arête.

Dans ces abondantes sources L'indigence puisera ; L'amour a plus de ressources Que la charité n'en a.

Sans grandes courses, Nos quêteuses d'Opéra

Trouvent des bourses '.

I. « La demoiselle Dervieux, en sa qualité de surintendante, présidant au repas, d'après les défenses du Roi, a fait porter tout le festin au curé de Saint-Roch, pour être distribué aux pauvres de la paroisse. On nomme plaisamment ce repas le Repas des chevaliers de Saint-Louis , à cause des cinq louis d'écot que chacun payait. » (Mémoires de Backaumont.)

p2 Cl ai rambault-Maurepas.

Page 1