‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 54 sur 121 · LES MINISTRES · texte numérisé non relu

LES MINISTRES

Que notre roi consulte Maurepas,

Qu'il soit son mentor et son guide, Qu'à tous les conseils il préside, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'à Turgot ce mentor s'abandonne, Qu'il laisse ce ministre fou, Dont tout le publie est si soûl, A notre État casser le cou, C'est là ce qui m'étonne.

Année iy jb. 95

Dans tout Paris, au milieu du fracas, Que personne ne s'entretienne Du gobe-mouche Vergenne1, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'avec lui notre pauvre couronne, Dont l'honneur est un peu déchu, Dans l'Europe n'ait pas reçu Quelque coup de pied dans le c, C'est là ce qui m'étonne.

Que Saint-Germain connaisse les soldats, Qu'il soit un brave homme à la guerre, Et qu'on l'élève au ministère, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'il admette auprès de sa personne

1. AI. le comte de Vergennes, ci-devant ambassadeur en Suède, ministre et secrétaire d'État, ayant le département des affaires étrangères, depuis la disgrâce du duc d'Aiguillon. (M.) — « 11 joignait à un esprit juste des intentions droites, une connaissance approfondie des cabi nets de l'Europe et un grand zèle pour faire respecter le nom, la politique et la jeunesse du Roi dans les cours étrangères. Ses démarches, guidées par une longue expérience, étaient sages et mesurées ; sa probité était connue ; mais sa pénétration n'avait pas cette étendue que donne le génie pour placer à propos des combinaisons de cabinet au-dessus du niveau des événements qu'il faut savoir faire naître pour atteindre le but qu'on se propose ; son esprit, trop timide et trop circonspect, n'était pas capable de ces grands élans qui commandent l'admiration et entraînent avec eux l'opinion publique ; on ne l'a vu cheminer que terre à terre, faisant quelquefois de faux pas. mais jamais de chutes dangereuses. Les courtisans qui se permettent

p6 CI airain ban 1 1- Ma urepas.

Un petit Guibert l, un pied-plat, Oui se croit un homme d'Etat, Et qui dans le fond n'est qu'un fat, C'est là ce qui m'étonne.

Que de Sartine 2 on ait fait quelque cas, Quand il n'exerçait que l'office De lieutenant de police, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'on lui trouve une tête assez bonne Pour une place où ce chrétien En conscience n'entend rien Et ne fera jamais le bien,

C'est là ce qui m'étonne.

d'exercer leur censure sur les ministres qui ne sont pas de leur bord lui refusaient de la dignité dans son maintien avec les ambassadeurs; ils trouvaient sa manière de traiter franche et loyale, à la vérité, mais par trop bourgeoise. Quand on est l'organe, l'interprète et le représentant d'un grand roi, quand on stipule les intérêts d'une grande nation, on doit, sans emprunter les échasses de la médiocrité, avoir toujours l'attitude de la grandeur. » {Mémoires de l'abbé Georgel.)

I. Personnage médiocre sans doute, ou peut-C-tre désagréable aux militaires, qu'il avait choisi pour son homme de confiance et qui avait composé un ouvrage sur la Tactiqne. (M.)

i. M. de Sartine, ci-devant conseiller d'État et lieutenant général de police, ministre et secrétaire d'État au département de la marine, depuis la disgrâce du sieur Bourgeois de Boynes. On voulait qu'il eût plus de finesse ci d'esprit de cour que de véritable science; il avait beaucoup d'aménité et était d'un facile accès. (M.j

Année IJ/6. 97

Que Lamoignon l trouve aussi peu d'appas Au ministère qu'il occupe Qu'aux amusements de la jupe, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'un mortel qui pense et qui raisonne, Qui n'est ni bête, ni cagot, Se laisse traiter d'ostrogoth Pour soutenir son cher Turgot, C'est là ce qui m'étonne.

Qu'avec des gens, sur l'honneur délicats, Saint-Germain traite et leur confie Des vivres l'utile régie, Cela ne me surprend pas :

Mais qu'il s'obstine à vouloir qu'on la donne, Pour enrichir ses favoris, A des fripons «qui, dans Paris, Sont déshonorés et flétris, C'est là ce qui m'étonne.

1. M. de Malesherbes, plus amateur de la chimie et de la littérature, en général, qu'adulateur du beau sexe. (M.)

98 C l airamb aul t- iHaurepas.

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