PORTRAIT DE TURGOT
Fougueux, vain, rétif et brutal, U mord, il rue, il heurte, il casse; Est-ce un mulet? est-ce un cheval?
Point du tout, c'est un homme en place. Un peu d'avoine, un peu de foin, Mènent un ministre bien loin.
Esprit, savoir, vertu, bon sens, Il croit que c'est son apanage :
Mais il veut les garder longtemps, Car il en fait fort peu d'usage.
i. Cette pièce fut composée par Guichard. Métra nous apprend que Al"'' Arnould eut l'esprit de la rendre publique.
Année i~~6.
Voulant nous donner du nouveau, Il unit dans son ministère Pour chancelier, l'abbé Baudeau l, Et pour subdélégué Voltaire.
Rien de bien, tout mal, calcul fait, Voilà, soit dit sans nul reproche, De ses projets le produit net, Aussi s'en va-t-il par le coche :
Un peu d'avoine, un peu de foin, Mènent un ministre bien loin.
I. L'abbé Nicolas Baudeau, qui dirigeait les Ephémérides du citoyen, était l'un des membres les plus actifs de la secte des économistes.
Voltaire se montra l'un des partisans les plus convaincus de Turgot. « C'est un homme bien supérieur, écrivait-il, et s'il ne fait pas de la France le royaume le plus florissant de la terre, je serai bien attrapé ». Il défendit les idées du ministre, attaquées par Necker dans son ouvrage sur le Commerce des grains, et qualifia le lit de justice du 12 mars de Lit de bienfaisance. Il faillit même, si l'on en croit une information de Métra, joindre les actes aux paroles et prêter son concours à Turgot dans son œuvre #de réformes « M. Turgot, rapporte le nouvelliste, a proposé au Roi de charger M. de Voltaire de diriger un essai de la levée de l'impôt unique dans le pays de Gex. Le ministre sollicitait aussi le titre de marquis pour cet homme célèbre, mais le Roi a craint le reproche d'honorer l'irréligion. » Le renvoi du ministre lui arracha cette exclamation dans une de ses lettres : « Ah ! mon Dieu ! quelle funeste nouvelle j'apprends! La France aurait été trop heureuse ; que deviendrons-nous... Je suis atterré et désespéré. »
Cl a ira m bault- Maurepas.