‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 61 sur 121 · A LA REINE · texte numérisé non relu

A LA REINE

Reine, des vieux guerriers, d'intrépides soldats, Honneur de leur pays, soutiens de vos Etats, Viennent de leurs malheurs vous présenter l'image ; Ils tombent à vos pieds ! votre plus beau partage, Le plus grand de vos droits, et le plus précieux, Est d'essuyer les pleurs des sujets malheureux. Nos sanglots étouffés ne peuvent se contraindre; Nous ne murmurons pas, mais nous osons nous plaindre. Ah! faut-il déclarer l'objet de nos ennuis! Ah! faut-il prononcer! nous sommes avilis :

I. A propos des coups de plat de sabre prescrits par le comte de Saint-Germain, comme châtiment disciplinaire dans l'armée. — « L'ordonnance des coups de plat de sabre a excité l'enthousiasme d'un anonyme, qui a enfanté une pièce de vers en forme de Requête à la Reine pour toucher le cœur de S. M. et l'engager à intercéder auprès de son auguste époux, afin qu'il ordonne la révocation de cette peine, infamante, ne fût-elle point exécutée, tant qu'elle subsistera dans l'ordonnance. Cette épître est écrite en style noble, elle est pleine de sentiments; elle n'a que le défaut d'être trop Longue. Elle n'est que manuscrite et ne peut guère paraître imprimée publiquement, tant que M. le comte de Saint-Germain restera en place. » {Mémoires de Backaumont.)

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Un ordre de Louis flétrit notre existence ; Lui-même a confirmé cette horrible sentence. Quoi ! ces mêmes héros, enfants de la victoire, Que Bavard conduisit dans les champs de la gloire, Ces soldats, qui jadis élevant leurs pavois Jouissaient du pouvoir de se créer des rois, D'un déshonneur public éprouvent l'infamie ! L'univers est témoin de leur ignominie ! Le Français ne suit plus la voie de la valeur; Par le frein de la crainte on veut guider son cœur! Et pour comble de maux, dirons-nous d'injustice, L'instrument de leur gloire est celui du supplice... Si le ciel eût permis que vous eussiez pu voir Sur nos fronts pâlissants les traits du désespoir, La douleur de nos chefs et leurs voix incertaines Xous lire en frémissant cet arrêt douloureux, Votre cœur eût gémi sur tant de malheureux. Dans quel moment encor un revers si funeste De nos jours de douleur vient-il flétrir le reste ! Xous avons vu briller l'aurore du bonheur, Tout semblait annoncer un règne de douceur. Hélas ! nos cœurs ouverts à la reconnaissance D'un monarque chéri bénissaient la clémence. 11 venait d'abolir cette loi de rigueur Qui livrait à la mort un soldat déserteur. Xos camps retentissaient de nos cris d'allégresse, Son nom parmi nos rangs se répétait sans cesse. Quel silence effrayant succède à nos clameurs ! De longs gémissements annoncent nos douleurs : Si l'on entend des cris ce sont des cris funèbres;

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Nous recherchons la nuit et l'horreur des ténèbres. Pourquoi des malheureux éloignez-vous la mort? Ah ! livrez-nous plutôt à la rigueur du sort. A cette loi de sang rendez son existence;

Nous allons entrevoir la désobéissance

Oui parmi des soldats osera le premier Remplir d'un vil bourreau l'exécrable métier? Quand la rigueur des lois les a jugés coupables Nous n'avons pas frémi d'immoler nos semblables;

Mais les déshonorer non, jamais des soldats

Ne prêteront leurs mains à de tels attentats.

Nous aimons mieux périr Reine, le vrai courage

Peut survivre au malheur, mais non pas à l'outrage.

Et c'est toi, Saint-Germain ! ah ! quand sous nos drapeaux

Tu fixais la victoire et guidais nos travaux,

Tu n'as pas employé la voix de la menace:

Du sang de nos guerriers tu respectais l'audace.

Le temple de l'Honneur par nous te fut ouvert;

Rougis-tu des lauriers dont nous t'avons couvert ?

Va ! le cœur des Français sera toujours le même,

Il suit avec ardeur un préjugé qu'il aime;

On n'a jamais besoin d'exciter sa valeur.

Ouvre nos cœurs sanglants, tu trouveras l'honneur.

Qu'aux habitants du Nord la discipline austère

Inflige un châtiment qu'elle a cru nécessaire,

Esclaves plus longtemps et plus tard policés,

Courbés dessous le joug, leurs cœurs sont affaissés;

Des fers de l'esclavage ils ont encor l'empreinte.

Des serfs peuvent sans doute obéir à la crainte :

Mais nous, le sentiment est notre unique loi;

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Librement un soldat se consacre à son roi, C'est du trône français le plus bel apanage. Pourquoi vouloir détruire un aussi noble usage ? Rivaux de notre gloire, on a vu les Bourbons Se disputer l'honneur d'être nos compagnons ; Et tu prétends flétrir ces titres respectables ! Que ferais-tu de plus, si nous étions coupables ? Pour connaître nos maux, viens passer dans nos rangs ; Tu n'y trouveras plus que des soldats tremblants, Calculant les instants qu'ils ont encore à suivre Les drapeaux sous lesquels ils se plaisaient à vivre. Nos regards languissants, ternis par nos malheurs, S'élèvent vers les cieux, laissant couler nos pleurs. Moins il est mérité, plus le mal est terrible ; A notre état cruel tout le monde est sensible. Ces soldats vétérans que leur malheur poursuit, Oui de leur sang versé perdent l'unique fruit, Invalides héros bannis de leurs asiles, Ne pleuraient que sur nous en passant par nos villes; Sur des chars entassés ces vieillards vertueux, Pour plaindre notre sort ne s'occupaient plus d'eux. Ils aimaient à douter du sujet de nos peines, Ils rassuraient encor leurs âmes incertaines; Mais quand de notre arrêt ils ont lu la rigueur, Ils baissaient leur épée et frémissaient d'horreur. A tant de malheureux soyez donc favorable, Epouse de Louis ; votre main secourable Sur le gouffre des maux peut nous servir d'appui : Le Roi pour les calmer doit n'écouter que lui. Songez qu'en flétrissant les vrais soutiens du trône

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