CRITIQUE DU SALON DES TABLEAUX
Il est au Louvre un galetas, Où, dans un calme solitaire, Les chauve-souris et les rats Viennent tenir leur cour plénière.
C'est là qu'Apollon sur leurs pas, Des beaux-arts ouvrant la barrière, Tous les deux ans tient ses états Et vient placer son sanctuaire.
C'est là, par un luxe nouveau, Que l'art travestit la nature; Le ridicule est peint en beau, Les bonnes mœurs sont en peinture, Et les bourgeois en grands tableaux Près d'Henri quatre en miniature.
Chaque figure à contre-sens Montre une autre âme que la sienne :
i. « De toutes les critiques qui ont paru sur le Salon, une petite pièce de vers attribuée au marquis de Villette est celle qui a eu le plus de succès. Il faudrait un commentaire pour en bien faire sentir les divers traits épigrammatiques à ceux qui ne connaissent pas le local et les productions de cette année. Il y a pourtant assez de sel pour qu'elle puisse être goûtée généralement. » {Mémoires de Backaumont.)
Année i y y y. 131
Saint Jérôme y ressemble au Temps,
Et Jupiter au vieux Silène.
Ici la fille des Césars,
Dans nos cœurs trouvant son empire,
Semble refuser aux beaux-arts
Le plaisir de la reproduire ;
Tandis qu'un commis ignoré,
Narcisse amoureux de lui-même,
Vient, dans un beau cadre doré,
Nous montrer son visage blême.
Ici l'on voit des ex-voto,
Des amours qui font des grimaces,
Des caillettes incognito,
Des laideurs qu'on appelle Grâces,
Des perruques par numéro,
Des polissons sous^des cuirasses,
Des inutiles de haut rang,
Des imposteurs de bas mérite,
Plus d'un Midas en marbre blanc,
Plus d'un grand homme en terre cuite ;
Jeunes morveux bien vernissés,
Vieux barbons à mine enfumée.
Voilà les tableaux entassés
Sous l'hangar de la Renommée ;
Et, selon l'ordre et le bon sens,
Tout s'y trouve placé de sorte
Qu'on voit l'abbé Terray dedans
Et que Sully reste à la porte1.