‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 72 sur 121 · CRITIQUE DU SALON DES TABLEAUX · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU SALON DES TABLEAUX

Il est au Louvre un galetas, Où, dans un calme solitaire, Les chauve-souris et les rats Viennent tenir leur cour plénière.

C'est là qu'Apollon sur leurs pas, Des beaux-arts ouvrant la barrière, Tous les deux ans tient ses états Et vient placer son sanctuaire.

C'est là, par un luxe nouveau, Que l'art travestit la nature; Le ridicule est peint en beau, Les bonnes mœurs sont en peinture, Et les bourgeois en grands tableaux Près d'Henri quatre en miniature.

Chaque figure à contre-sens Montre une autre âme que la sienne :

i. « De toutes les critiques qui ont paru sur le Salon, une petite pièce de vers attribuée au marquis de Villette est celle qui a eu le plus de succès. Il faudrait un commentaire pour en bien faire sentir les divers traits épigrammatiques à ceux qui ne connaissent pas le local et les productions de cette année. Il y a pourtant assez de sel pour qu'elle puisse être goûtée généralement. » {Mémoires de Backaumont.)

Année i y y y. 131

Saint Jérôme y ressemble au Temps,

Et Jupiter au vieux Silène.

Ici la fille des Césars,

Dans nos cœurs trouvant son empire,

Semble refuser aux beaux-arts

Le plaisir de la reproduire ;

Tandis qu'un commis ignoré,

Narcisse amoureux de lui-même,

Vient, dans un beau cadre doré,

Nous montrer son visage blême.

Ici l'on voit des ex-voto,

Des amours qui font des grimaces,

Des caillettes incognito,

Des laideurs qu'on appelle Grâces,

Des perruques par numéro,

Des polissons sous^des cuirasses,

Des inutiles de haut rang,

Des imposteurs de bas mérite,

Plus d'un Midas en marbre blanc,

Plus d'un grand homme en terre cuite ;

Jeunes morveux bien vernissés,

Vieux barbons à mine enfumée.

Voilà les tableaux entassés

Sous l'hangar de la Renommée ;

Et, selon l'ordre et le bon sens,

Tout s'y trouve placé de sorte

Qu'on voit l'abbé Terray dedans

Et que Sully reste à la porte1.

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