‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 74 sur 121 · EPITRE AUX BOSTONIENS · texte numérisé non relu

EPITRE AUX BOSTONIENS

Parlez donc, messieurs de Boston,

Se peut-il qu'au siècle où nous sommes,

Du monde troublant l'unisson,

Vous vous donniez des airs d'être hommes.

On prétend que plus d'une fois

Vous avez refusé de lire

Les billets doux que Georges trois

Eut la bonté de vous écrire.

Il paraît, mes pauvres amis,

Que vous n'avez jamais appris

La politesse européenne,

Et que jamais l'air de Paris

N'insinua dans vos esprits

Cette tolérance chrétienne

Dont vous ignorez tout le prix.

Pour moi, je vous vois avec peine

Afficher, malgré les plaisants,

Cette brutalité romaine

I. « Un plaisant vient d'adresser une Epîtrc aux Bostoniens; il leur reproche de vouloir être libres lorsque le despotisme règne sur le monde entier. Cette idée, qui fait le fond de la facétie, donne lieu à des détails très ingénieusement tournés. Il y a de la gaieté, de la vérité et une excellente philosophie, assaisonnée de sarcasmes adroit el piquants contre le gouvernement britannique, et en général contre tous les souverains, car on voit que l'auteur n'est rien moins que royaliste. » {Mon. de Bachaumont.)

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Qui vous vieillit de deux mille ans.

Raisonnons un peu, je vous prie :

Quel droit avez-vOus plus que nous A cette liberté chérie Dont vous paraissez si jaloux ?

D'un pied léger la tyrannie Vole, parcourant l'univers; Ce monstre, sous des noms divers, Ecrase l'Europe asservie; Et vous, peuple injuste et mutin, Sans pape, sans rois et sans reines, Vous danseriez au bruit des chaînes Qui pèsent sur le genre humain ; Et vous, d'un si bel équilibre Dérangeant le plan régulier, Seuls auriez le front d'être libre A la barbe du monde entier!

L'Europe demande vengeance.

Armez-vous, héros d'Albion ; Rome ressuscite à Boston, Etouffez-la dans son enfance :

Dans ses derniers retranchements Forcez la liberté tremblante, Oui toujours plus intéressante Se ferait de nouveaux amants.

Qu'elle expire, et que son nom même, Presque ignoré chez nos neveux, Ne soit plus qu'un mot à leurs yeux Et son existence un problème.

36 Cl air a m b aul t- M aurepas.

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