IX
[46 Clair ambaul t-AIaurepas.
Cependant l'Angleterre L'a fait déclarer fille
maintien, ses gestes, toutes ses habitudes et principalement ses propos contrastent merveilleusement avec sa nouvelle façon detre, remarquait Grimm, et quelque simple, quelque prude que soit sa grande coiffure noire, il est difficile d'imaginer quelque chose de plus extraordinaire, et, s'il faut le dire, de plus indécent, que MIIc d'Éon en jupe. Je serai, disait-elle l'autre jour à une dame qui voulait lui donner des conseils; je serai sage sans doute ; mais pour modeste cela m'est impossible. N'est-il pas étrange qu'après avoir été si longtemps capitaine de dragons, je finisse par être cornette ? »
L'auteur de l'Espion anglais était de l'avis de Grimm : « Il faut convenir, écrivait-il, qu'elle a encore plus l'air d'être homme depuis qu'elle est en femme. En effet, on ne peut croire du sexe féminin un individu qui se rase et a de la barbe, qui est taillé et musclé en hercule, qui saute en carrosse et en descend sans écuyer, ainsi que le cavalier le plus leste, qui monte les marches d'un escalier quatre à quatre, qui pour s'approcher du feu, avance son fauteuil les mains entre ses cuisses ; en un mot, qui satisfait ses petits besoins en homme. Du reste, le son de sa voix, son ton, ses gestes, ses manières, tout son extérieur dément en elle son vêtement ; on est tenté de penser que c'est une mascarade; elle semble chercher elle-même à accréditer cette opinion par le ridicule de son costume. »
Toutefois, l'auteur de l'Espion anglois ne se prononçait pas catégoriquement ; après avoir exposé à son correspondant les raisons pour et contre, il lui laissait le soin de trancher la question : « Voyons, concluait-il, si vous oseriez résoudre actuellement, en pesant les probabilités de chaque côté, ce problème singulier qui divise aujourd'hui non seulement Paris et la France, mais les concitoyens mêmes de Mllc d'Éon, ses amis, ses parents, dont la plupart semblent encore incertains sur cet objet. »
Aujourd'hui le problème se trouve résolu par le procèsverbal d'autopsie du chevalier qui ne laisse aucun doute sur sa qualité d'homme.
Année I 77 8. 14J
Et prétend qu'il n'a pas De trace de béquille Du père Barnabas.
Jadis il fut garçon, Très brave capitaine ; Pour un oui, pour un non, Chacun sait qu'il dégaine.
Quel malheur, s'il est fille !
Que ne ferait-il pas S'il avait la béquille Du père Barnabas ?
Il est des francs-maçons Un très zélé confrère, Sachant de leurs leçons Les plus secrets mystères.
Pour le coup, s'il est fille, Plus on n'en recevra, Qu'on n'ait vu la béquille Du père Barnabas.
Il fut chargé, dit-on, D'ordres du ministère ; On lui donna le nom D'un extraordinaire ; Ah ! parbleu, s'il est fille, Qui lui va mieux que ça, Si ce n'est la béquille Du père Barnabas.
148 Clairambault-Maurepas.
Pour ses amusements Il a fait vingt volumes Touchant le droit des gens, Dont il sait les coutumes.
Quoique avocat habile, Il ne sait pourtant pas Le droit de la béquille Du père Barnabas.
Qu'il soit fille ou garçon, C'est un grand personnage, Dont on verra le nom Se citer d'âge en âge ; Mais pourtant, s'il est fille, Oui de nous osera Lui prêter la béquille Du père Barnabas ?
Quoiqu'il ait le renom D'être une chevalière, Il paya la façon, Aux yeux de l'Angleterre, D'une petite fille :
Ce qu'on ne ferait pas Sans avoir la béquille Du père Barnabas.
Année i ~~8. 149
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