REFORME DES TREIZE FÊTES
Je vais vous conter, chers amis,
L'article du journal céleste;
Un ange en mes mains l'a remis,
C'est un des anges le plus prestes ;
Il est daté du mercredi,
Il l'eut jeudi, vint vendredi,
Et me le donna samedi.
1. Par un mandement du 12 décembre, l'archevêque de Paris avait ordonné la suppression de treize fêtes du calendrier, et l'almanach royal avait annoncé cette réforme. Mais elle ne s'accomplit pas sans protestation. « On assurait, note Hardy dans son Journal, que le prélat éprouvait de grandes difficultés de la part de son chapitre, par rapport à la suppression de onze fêtes dans le courant de l'année. L'archevêque voulait, disait-on, substituer aux fêtes supprimées deux nouvelles fêtes, dont celle du sacré cœur de Jésus, et établir un jeûne par chaque vendredi des quatre semaines de l'Avent, ce à quoi son susdit chapitre, ennemi reconnu des innovations, refusait de consentir. »
L'archevêque rencontrait d'ailleurs une autre résistance, celle des magistrats, que sa réforme intéressait tout particulièrement : « On commençait à craindre qu'elle n'eût pas lieu, lit-on dans les Mémoires de Bachaumont, par la difficulté qu'elle excitait au Parlement. Les magistrats sentaient que ce serait treize jours de travail de plus pour eux et cette fatigue les alarmait. On les a fait rougir enfin de cette pitoyable raison et après beaucoup de pourparlers et de négociations, le 20 de ce mois, les Grand-Chambre et Tournelle assemblées, il a été enregistré des lettres xi. 13.
150 Clairambault-Maurepas.
Il me dit : J'arrive des cieux :
Ah ! c'est un bacchanal énorme.
On voit mille séditieux
Au sujet de cette réforme.
Les saints qui s'y trouvent compris,
Grands et petits, Font les diables en paradis.
Chez le plus grand des Tout-Puissants On vit douze saints d'une bande, Suivis de milliers d'innocents Faisant tous la même demande :
Mathias crie en vain à Jésus,
patentes du Roi contirmatives d'un mandement de l'archevêque de Paris, portant suppression de plusieurs fêtes dans son diocèse. Ces patentes portent expressément : Enjoignons aux officiers de justice et de police de tenir la main et ordonnons qu aux jours dont les fêtes sont retranchées par le mandement, ils entrent au Palais pour y faire leurs fonctions ordinaires.
« On a publié aussi le mandement de l'archevêque de Paris qu'il a refondu. Il est fort verbeux, fort capucinal, dénué de noblesse et de dignité. Ne voulant rien perdre des jeûnes, le prélat ordonne que les quatre supprimés avec les fêtes qui y donnaient lieu et y obligeaient, seront remplacés par d'autres. »
L'opinion publique se montra généralement surprise de ces réformes :
« On était étonné, écrit Hardy, que M. de Beaumont, pieux comme on le connaissait, et sur le bord du tombeau, eût pu se déterminer d'opérer lui-même une telle innovation, dont il paraissait assez naturel qu'il laissât le soin à celui qui deviendrait son successeur, à moins que le ministère ne lui eût forcé la main sur cet objet, ce que prétendaient quelques personnes. »
Année IJ"8. 151
Par quel abus, Paris ne nous fête-t-il plus?
Les deux Jacques veulent parler, La rage leur ferme la bouche, Ils ne peuvent que bredouiller; Après un silence farouche, Ils sont réduits à bégayer,
A supplier, Qu'on change le calendrier.
Laurent, sur son gril attaché, Gémit d'un si triste salaire ; Barthélémy, tout écorché, Voudrait que ce fût à refaire :
Il jure en jetant les hauts cris
Qu'à pareil prix, Il n'y serait jamais repris.
Que l'on me chôme, dit Mathieu, Ou pour les humains je ne bouge :
Saint Michel crie au fils de Dieu, Je veux qu'on me récrive en rouge, Moi qui piétinais sur Satan ;
Monsieur saint Jean, A bien sa fête une fois l'an.
Philippe et Judas en courroux,
Coadjuteurs en survivance,
N'en sont plus humbles ni plus doux,
C lairambault-Maurepas.
Étalent autant d'arrogance :
Christophe, le moins désolé,
Dit essoufflé, Je ne serai point persiflé. —
De monseigneur 1, pauvre patron, Gros butor, infâme, faux frère, Penses-tu voir longtemps ton nom Subsister en gros caractère ?
Comme nous du rang des élus,
Seras exclu, Répliquent mutins en chorus.
Faisons mieux, ne souffrons jamais Que nos noms soient en jours ouvrables, On nous prendrait pour des benêts, Nous devons être inébranlables :
Chers confrères, pour seul moyen
Tenons-nous bien, Et nous pourrons ne perdre rien.
Dans ce temps, l'Eternel entra; Il demande : Qui vous désole ?
On croirait être à l'Opéra, On n'entend pas une parole.
Au lieu de saints, je vois des fous,
Mais qu'avez-vous, Pour troubler la paix de chez nous?
i. Christophe de Beaumont, archevêque de Paris.
Année i ~j S. 153
Simon commence à pérorer Et se plaint que Beaumont l'abhorre; On entend Marcel murmurer, Martin veut qu'on le déshonore Un autre accourt tout effaré,
C'est saint André, Jurant comme un désespéré.
Saint Thomas dit : Sans me vanter, Je crois en bien valoir un autre; Monsieur saint Pénis va rester Parce qu'il fait le bon apôtre ; Ce saint, quoique décapité,
En vérité, Est le saint le plus 'entêté.
Paix, répond la Divinité,
Ou je vous enverrai tous paître;
Parce que vous avez été
Vous prétendez donc toujours être?
Rien n'est de toute éternité,
La vanité, la vanité
Sied mal avec la sainteté.
54 Clairambault-Maurepas.
LES