‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 80 sur 121 · SUCCÈS DES INSURGENTS · texte numérisé non relu

SUCCÈS DES INSURGENTS

Bravo, messieurs les Insurgents, Vainqueurs dans une juste guerre, Vous donnez par vos sentiments Un peuple de plus à la terre ; Fermes, courageux, patients, Doués d'une franchise altière, Libres surtout !... voilà mes gens.

i. Le public suivait avec passion les péripéties de la lutte engagée entre l'Angleterre et l'Amérique et manifestait hautement ses sympathies pour les insurgés. « A la cour comme à la ville, écrit le comte de Ségur, chez les grands comme chez les bourgeois, parmi les militaires comme parmi les financiers, au sein d'une vaste monarchie, sanctuaire antique des privilèges nobiliaires, parlementaires, ecclésiastiques, la cause des Américains insurgés fixait toutes les attentions et excitait un intérêt général. De toutes parts l'opinion pressait le gouvernement royal de se déclarer pour la liberté républicaine et semblait lui reprocher sa lenteur et sa timidité. Les ministres, entraînés peu à peu par le torrent, craignaient cependant de rompre avec les Anglais et d'entreprendre une guerre ruineuse ; de plus, ils étaient retenus par la sévère probité de Louis XVI, le plus moral des hommes de son temps. La neutralité paraissait un devoir au monarque, parce qu'aucune agression anglaise ne justifiait à ses yeux une démarche hostile contre la couronne britannique. » La capitulation de Saratoga triompha des hésitations de Louis XVI et de ses ministres, et un traité de commerce, suivi peu après d'un traité d'alliance, fut conclu entre la France et l'Amérique.

Année 1778. 155

Après des exploits éclatants, Il faudrait un jour, pour bien faire, Envoyer danser vos enfants Sur les débris de l'Angleterre.

Apprenez bien aux nations Qu'il en est une qui méprise Les despotes pâles et blonds Respirant le feu des charbons Et les brouillards de la Tamise.

Viendra le temps qu'avec éclat Vous renverserez les tribunes De ces marchands, hommes d'Etat, Petits consuls dans les communes.

Cependant, soit dit entre nous, Avec tant de philosophie, Comment diable vous battez-vous N'ayant pas une académie ? Nous qui pensons, à peine, hélas !

Conservons-nous quelque énergie ; Nos esprits seuls font du fracas, Nos âmes sont en léthargie.

Heureusement on voit sur pied, Sans compter les économistes, Des Piccinistes, des Gluckistes Qui se battent pour des pamphlets, S'escarmouchent par des injures, Et nos valeureuses brochures Nous consolent de vos succès.

[c6 Clair ambault-Maurep as.

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