LA BATAILLE D'OUESSANT
Écoutez bien la nouvelle Que je vais vous raconter, Le récit est très fidèle, Vous pouvez tous y compter; Il s'agit de notre gloire, De valeur et de succès; Dès qu'on parle de victoire Ça regarde les Français.
D'Orvilliers, hors de la Manche2, Arborait depuis longtemps,
le sel de nos anciens et toute la gaieté française, a été fort accueilli à la ville et même à la cour. On sait que M. le comte de Maurepas, qui aime la raillerie et la souffre, l'a goûté beaucoup et l'a entendu chanter à sa table en petit comité. Il est sur un air très à la mode au retour du Parlement, les Revenants, en sorte que cet air même fait épigramme. » [Mêm, de Bachaumont.)
1. « Tandis qu'à Paris on persifle M. le duc de Chartres sur sa prétendue victoire, remportée dans le combat
aval d'Ouessant, nos forts retentissent de chansons à sa gloire et à la gloire du ministre ; en voici une faite à Bordeaux par le fils d'un négociant nommé Péricy. » {Mêm. de Bachaumont.)
2. Louis Guillouet, comte d'Orvilliers (1708-1791), fils d'un gouverneur de la Guyane française, était entré en 1728 dans la marine où il se distingua, notamment sous les ordres de la Galisscnnière, durant la guerre de Sept
172 C l airambaul t-AIaurepas.
Pavillon et flamme blanche Entouré de braves gens.
Keppel1 paraît, on le pique; Animé par le dépit, Il va comme un hérétique Attaquer le Saint-Esprit'1.
Aisément on imagine Qu'en voyant ce furibond, Le Saint-Esprit l'illumine D'une nouvelle façon; D'Orléans, qui vient combattre, Faisant pointer ses canons, Se bat comme un Henri quatre; C'est l'usage des Bourbons.
D'Orvilliers, qui partout veille, Chauffe l'anglais amiral,
ans. Nommé lieutenant général en 1777, i! fut appelé au commandement de la flotte qui sortait de Brest pour aller tenir tête aux Anglais. Après la bataille d'Ouessant, il ne reprit la mer qu'au mois de juin 1779 et fit une campagne maladroite et inutile qui le couvrit de confusion et l'obligea à quitter le service.
1. L'amiral Keppel, accusé d'incapacité et de lâcheté par sir Hugh Palliser, qui commandait l'aile gauche de la flotte anglaise, fut mis en jugement à Portsmouth, le 9 janvier 1779. Le procès dura un mois et se termina par l'acquittement de l'accusé, auquel les Chambres votèrent même des remerciements.
2. C'était le nom du vaisseau que montait le contreamiral Lamotte-Piquet et sur lequel était embarqué le duc de Chartres.
Année ij~8. 173
Qui baisse bientôt l'oreille Devant l'affreux bacchanal.
Que faire? A quoi se résoudre?
Il se sauve au fil de l'eau, Disant qu'il a vu la foudre Embraser tout son vaisseau.
Poursuivant ce téméraire, Nos trois braves généraux, Sur les côtes d'Angleterre Ont fait briller leurs fanaux ; Keppel, en ruse fertile, A bientôt su leur prouver Qu'un marin vraiment habile Sans fanaux peut se sauver.
Sartine accourt de Versailles, La joie était dans son cœur; Louis apprend la bataille Avec le nom du vainqueur; Quel doux transport d'allégresse Produit cet exploit fameux !
Tout lui plaît, tout l'intéresse Dans ses sujets valeureux.
D'un avenir bien sinistre, Je vois l'Anglais menacé; Laissons faire ce ministre Il a si bien commencé; Avant la fin de la guerre
174 C I airain b au 1 1- AI au repas.
Il fera, je le prédis,
La police en Angleterre,
Comme il l'a faite à Paris.