‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 89 sur 121 · MONSIEUR JEROME · texte numérisé non relu

MONSIEUR JEROME

Connaissez-vous dans le canton Certain savant, bon compagnon, Qui de Copernic, de Newton,

Fait le second tome ?

On devine son nom,

C'est monsieur Jérôme.

i. Jérôme Lefrançais de Lalande, célèbre astronome, membre de l'Académie des sciences et professeur au Collège de France, était le vénérable de la loge maçonnique des Xeuf-Sœurs, où cette chanson fut chantée en son honneur, le 30 septembre, jour de la fête de saint Jérôme. « Quoique tout ce qui se passe dans l'intérieur des francs-maçons doive être un secret, remarquent les Mémoires de Bachaumont, l'amour-propre de l'auteur et du héros a laissé transpirer cette plaisanterie. Pour bien l'entendre, il faut savoir que M. de Lalande est grand amateur du beau sexe et philosophe d'une société douce et aimable. »

L'auteur de Paris, Versailles et les provinces au XVIIIe siècle est moins indulgent pour l'illustre astronome, et il le traite avec fort peu de ménagements. «M. de Lalande, dit-il, joignait à des connaissances rares une vanité absurde qui lui faisait dédaigner comme préjugés populaires non seulement les sentiments qui font le bonheur et la consolation de l'humanité, mais même les répugnances générales que la nature semble avoir placées chez tous les hommes.

« En société, il affectait de sortir de sa poche une boîte pleine d'araignées, de les prendre délicatement avec ses doigts, de les sucer et de les avaler, en soutenant qu'il n'y avait pas de mets plus fin et plus délicieux....

« Il quitta momentanément la capitale pour aller revoir

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Comme un chantre lit au lutrin, Dans les deux il vous lit en plein :

Qu'une comète aille son train,

Crac, vite, il vous l'em paume;

Ce n'est qu'un tour de main Pour monsieur Jérôme.

L'astre qu'il observe le plus Est la planète de Vénus :

Tous ses aspects sont bien connus De ce grand astronome ;

sa patrie (Bourg-en-Bresse) . Ilyfut accueilli avec l'enthousiasme qu'inspirait sa grande réputation... A son retour à Paris, il s'empressa de vanter sa province comme un des sites les moins connus, mais des plus riches de la France et le plus ménagé pour ses impositions. Ce fut d'après ses assertions qu'on doubla les contributions de ce pays, et il ne dut pas être étonné que dans un second voyage toutes les portes lui fussent fermées.

« Il établissait sur les mouvements des astres, sur les variations des saisons des prédictions non seulement plrysiques, mais politiques et morales dont il ornait l'almanach de Gotha, et qui en faisant la fortune de ce petit ouvrage contribuaient à la sienne. C'est là qu'il annonça l'arrivée prochaine d'une prodigieuse comète qui, se rapprochant de la terre, devait l'embraser et la réduire en poudre, prophétie qui alarma beaucoup d'esprits faibles et ne servit qu'à dévoiler son charlatanisme, la comète n'ayant point paru et la terre étant restée aussi fraîche qu'à son ordinaire... Il affectait de prêcher hautement l'athéisme et de soutenir que la matière, étant éternelle, s'était organisée d'elle-même. Ayant peu de moyens de faire valoir un système aussi absurde, il ne répondait aux raisonnements qu'on opposait à ses paradoxes que par un rire sardonique et un mépris insultant que sa figure ignoble rendait encore plus insupportable. »

C lairamb ault-M aurepas.

Les cieux sont toujours nus Pour monsieur Jérôme.

Quand il parle ou quand il écrit, En grand chorus on applaudit; L'innocente Lise se dit :

Cela vaut un royaume.

Ah ! quêtons de l'esprit Chez monsieur Jérôme.

Il raisonne comme un Platon, Il n'agit point comme un Caton Moi, je trouve qu'il a raison, Caton fut trop sauvage, C'était un furibond ; Jérôme est un sage.

NOÊLS POUR L'ANNEE 17781

Par droit incontestable Acquitté tous les ans, Jésus doit dans l'étable Recevoir nos présents ;

1 « Dans ce noël on passe en revue les membres de la Société royale de médecine, sans en omettre aucun et tous ont leur pardon. On ne peut que gémir sur la discorde affreuse ainsi excitée entre des personnes graves et austères qui devraient se respecter davantage et ne pas re-

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De la Société que l'on nomme royale,

Les membres voulant tout avoir, Sous le prétexte du devoir, Vinrent faire cabale.

Suivi de sa cohorte, Prête à commandement, Lassone ouvre la porte Inconsidérément.

nouveler entre eux ces antiques et méprisables querelles de savants en us. » {Mémoires de Bachaumont.)

La Société royale de médecine eut à ses débuts de graves différends avec la Faculté : « On entendait dire, écrivait Hardy au mois d'octobre, que la Société royale de médecine, établie en 1776 par arrêt du Conseil à la sollicitation du sieur de Lassone, premier médecin du Roi, en survivance du sieur de Lieutaud et dans laquelle on avait eu soin d'attirer un certain nombre des plus célèbres médecins de la Faculté de Paris, rendue plus stable et plus permanente par des lettres patentes du Roi en quatorze articles données à Versailles, le 29 août précédent et enregistrées au Parlement le Ier septembre, éprouvait déjà un commencement de dissolution par la retraite de plusieurs des membres qui la composaient, tels que les sieurs Bouvard, Malouet,etc. Ces médecins, un peu plus éclairés que leurs autres confrères associés royaux, tant sur les vrais intérêts de leur corps que sur les projets destructeurs de sa liberté, conçus soi-disant par le susdit sieur de Lassone, qui ne se proposait rien moins, selon les apparences, que de devenir le supérieur en chef de la Faculté de médecine de Paris, comme le sieur Pichault de Lamartinière l'était de l'Académie royale de chirurgie, paraissaient vouloir se réunir au plus grand nombre des membres de ladite Faculté, lesquels, peu disposés à se laisser mettre en esclavage, se donnèrent toutes sortes de mouvements pour secouer le joug qu'on cherchait à leur imposer, en travaillant à obtenir, s'il était possible, la révocation des susdites lettres

Clairambault-AIaurepas.

Joseph court aussitôt et se prend à lui dire Ici de quel ton entrez-vous ?

Voyez, apprenez que chez nous Il n'est point de Zaïre.

Pour déguiser sa honte, Il présente son fils,

patentes, à l'enregistrement desquelles le procureur général du Parlement ne s'était prêté, disait-on, que malgré lui. »

Le différend s'aggrava chaque jour davantage, si bien qu'à la fin de décembre, la Faculté résolut de recourir aux grands moyens : « Depuis plus de quinze jours, il existait une scission pleine et entière entre la Faculté de médecine de Paris et ceux des membres de cette faculté qui composaient la Société royale de médecine, au point que cette Faculté avait arrêté par un décret en forme, de ne plus s'assembler à l'avenir et de ne procéder à aucun cours d'études jusqu'à nouvel ordre, s'en tenant à donner toujours les consultations gratis pour les pauvres dans ses écoles et à continuer de voir des maladies ; au moyen de quoi tous les exercices se trouvaient suspendus, sans que le bruit qu'on avait fait courir que le décret de ladite Faculté serait cassé par un arrêt du Conseil se fût encore réalisé. On annonçait même que l'Université se disposait à intervenir en faveur de la Faculté de médecine. Tout le monde était fort impatient de voir le dénouement de cette querelle singulière. »

Mais le public n'attendit pas longtemps : « Une lettre de cachet obligea la Faculté à reprendre ses cours interrompus, tandis que la Société royale qui avait jusqu'alors tenu ses séances au Collège de France, était autorisée à les transférer au Louvre, dans la salle même où le ministre du département de Paris avait coutume de donner ses audiences. Cette mesure, tout en donnant une consécration nouvelle à la Société royale, avait pour but de l'éloigner de son ennemie, dont le chef-lieu était rue Saint-Jean-de- Bcauvais, dans les vieilles écoles de droit. »

Année i 7 ~8.

Et commence un long conte

De ses talents exquis.

L'âne l'interrompit : Est-ce ainsi qu'on nous joue On sait, dit-il, depuis longtemps Le goût, l'esprit et les talents

Qu'il a pris à Padoue.

Lassone pour réponse, Comptant sur la faveur, Avec emphase annonce Qu'il est son successeur :

Je le forme à plaisir pour notre souveraine;

Ah ! s'écria Joseph surpris,

Outre le père, avoir le fils ;

Grand Dieu, sauvez la Reine !

Yicq d'Azir se présente,

Il ose se nommer.

Le bœuf en épouvante

Croit qu'on va l'assommer ; Ah ! Jésus, s'écrie-t-il, ce boucher m'embarrasse : Au lieu d'apporter guérison, Il a sans rime ni raison

Exterminé ma race.

Après ce secrétaire, Arrivent vingt élus.

L'âne se mit à braire :

Soyez les bien venus, Frères, je vous connais, vous êtes de ma clique;

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